Maïdan, de la révolution romantique à la révolution du sacrifice

Maidan, la Révolution de la Dignité ukrainienne: souvenirs d’un Nantais. Comment un embrasement romantique, libéral et national a soulevé Kyiv avant de basculer en une révolution du sacrifice, dans l’incompréhension occidentale?

1. L’Ukraine une « Petite Russie »?

Monastère du Sauveur-Saint-Euthyme sous la neige à Souzdal, anneau d'or, Russie © Bernard Grua 2010
Monastère du Sauveur-Saint-Euthyme sous la neige à Souzdal, anneau d’or, Russie photo Bernard Grua 2010

J’ai voyagé dans différents pays de l’ex-URSS, Tajikistan, Kirghizstan, Ouzbékistan et, bien sûr, Russie. J’ai visité ce dernier pays de nombreuses fois, principalement la Sibérie, en été et en hiver.

Village sur la route de la Kolyma, Iakoutie, Sibérie - 27/12/2010 - photo Bernard Grua DR
Village sur la route de la Kolyma, Iakoutie, Sibérie – 27/12/2010 – photo Bernard Grua DR

J’ai beaucoup d’amis russes. J’ai cherché à mieux comprendre les origines de leur pays. M’étant penché sur l’histoire officielle, j’ai cru comprendre, à tort, que pour connaître les racines russes il convenait de s’intéresser à l’Ukraine. Avant les événements de ces derniers mois, j’ai donc eu l’occasion d’aller deux fois, là aussi en en été et en hiver, en Ukraine : Kyiv, Ivano-Frankivsk, Loutsk, Lviv, Carpates, région de Shatsk.

Montagnards des Carpates se rendant au marché du lundi, Kosmach, Carpates, Ukraine 26/12/2011 - photo Bernard Grua DR
Montagnards des Carpates se rendant au marché du lundi, Kosmach, Carpates, Ukraine 26/12/2011 – photo Bernard Grua DR
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Maïdan, petite brisure d’écorce calcinée et meurtrie, ne rompt pas

La journée du 18 février 2014

A Kyiv, capitale ukrainienne, la journée du 18 février 2014, marque un tournant dramatique, aussi bien par la cruauté de la répression menée dans le Parc Marinsky que par l’assaut donné au camp du Maidan. Au cours de la nuit suivante, la Révolution de la Dignité, ne tenait plus, au milieu des flammes, qu’un bout de la place de l’indépendance. Elle a dû sa survie miraculeuse au fait qu’une poignée d’activistes était prête au sacrifice et au fait que le fragile cordon ombilical de la rue Krechtchatik n’a pas été coupé. Le pouvoir défait sur le terrain a, alors, abattu sa dernière carte par le massacre de la rue de l’Institut, le 20 février. L’armée ayant refusé de suivre le président Viktor Ianoukovitch dans sa folie meurtrière, ce dernier avait pris la fuite le 22 au matin.

Il faut, tout d’abord, présenter deux catégories d’individus qui ont joué un rôle important.

Les Berkouts sont des policiers anti-émeute choyés par le pouvoir de Ianoukovitch. Ils forment une sorte de garde prétorienne.

Les Titouchky, pluriel de Titouchko, sont des jeunes voyous payés par le pouvoir pour créer du désordre et de la violence, ceci allant jusqu’ à la torture et jusqu’au meurtre, afin de justifier la répression des forces de sécurité, terroriser les activistes et discréditer la révolution. Au cours de la matinée du 18 février 2014, une importante foule a quitté Maïdan pour manifester devant la Rada (le Parlement). Plutôt que de s’y rendre directement, elle s’est vue imposer un large détour pour remonter presque l’intégralité de la rue de l’Institut (Institutskaya Vulitsia), avant de rejoindre le Parc Marinsky en tournant par la rue Kriposniy. Toutes les rues latérales sur la gauche de celle de l’Institut étaient barrées par des camions derrière lesquels se trouvaient des compagnies de Berkouts. Plus loin, sur la droite, et en retrait, se trouvait aussi un très large groupe de Titoushky et de Berkouts pour tenir le terrain menant au bâtiment de l’administration présidentielle. L’étirement de cette foule importante, la rendait sujette à des embuscades, à une prise en étau et à une atomisation en plus petites cellules. Aujourd’ hui, certains se demandent si cela n’était pas un piège délibéré et si des provocateurs n’étaient pas chargés de mettre le « feu aux poudres ».

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