Sabordage des Mistral: pourquoi le Kremlin et le Front National exigeaient-ils leur immersion?

Pourquoi sabordage des Mistral Soutnik Frnt National, Jean-Claude Blanchard, Gauthier Bouchet

Comme bien souvent dans cet imbroglio, on en est réduit aux hypothèses. Celles exposées ci-dessous peuvent être inexactes. Elles ont quand même le mérite de donner du sens à une suite d’événements, qui n’en avait pas réellement jusque-là.

1. Et si le sabordage des Mistral n’était pas seulement une fable ?

1.1. L’hypothèse d’un sabordage promu pour forcer une livraison des Mistral à la Russie…

Dans L’Express, le 26 mai 2015, j’ai démonté la chaîne de désinformation, qui avait promu la fable du sabordage des Mistral jusqu’à en faire une quasi-certitude reprise non seulement par la poutinosphère mais aussi par des médias ayant pignon sur rue. Sabordage des Mistral: « Comment les médias français ont été manipulés » . Ce papier a été partagé plus de 1200 fois sur Facebook et aimablement repris dans l’ouvrage de notre regretté ami, Laurent Chamontin, publié par Pierre Verluise dans le Diploweb. A l’époque, je considérais qu’il s’agissait seulement d’une manoeuvre destinée à affoler l’opinion afin de la pousser à réclamer la livraison, au Kremlin, de ces navires d’invasion. De fait, des actions en ce sens ont été lancées, telle qu’une pétition dont un des premiers signataires fut Thierry Mariani, à l’époque, représentant de Vladimir Poutine à l’Assemblée Nationale et dont la fidèle collaboration ne s’est jamais démentie depuis lors. Mais cette interprétation n’était vraisemblablement pas suffisante. Il y avait peut-être autre chose qui n’avait pas été envisagée jusqu’à ce jour.

1.2. … se heurte au fait que Moscou avait d’autres intérêts plus immédiats.

Il est logique de considérer que le Kremlin, en mai 2015, et même avant, avait définitivement fait son deuil des Mistral, sinon il aurait mis un frein, au moins temporaire, à ses agressions extérieures, dont l’horreur de la bataille de Debaltseve, en janvier 2015, fut un exemple dramatique. Les troupes russes y ayant participé sont, au minimum: 8e brigade de fusiliers motorisée de la garde, 18e brigade de fusiliers motorisée de la garde, 20e brigade de fusiliers motorisée de la garde (en renfort), 5e brigade de chars de la Garde, 25e régiment de Spetsnaz (forces spéciales), éléments de la 232e brigade lance-roquettes multiples. Toutefois, les Siloviki, à la tête du pays de Pouchkine, avaient parfaitement compris le potentiel de ces navires. Ils y avaient même été formés. Dans l’éventualité d’une non-livraison à la Russie, les repreneurs semblaient se bousculer au portillon. Cela affaiblissait sérieusement le Kremlin dans son bras de fer contre la France, tout en l’inquiétant dans ses projets impérialistes. Dès lors, il était important d’en dégoûter tout acquéreur potentiel ne partageant pas la vision stratégique de Moscou.

Cette opération de dépréciation des performances des bâtiments de la classe Mistral peut expliquer l’évolution du discours russe. A la mi-novembre 2014 le Kremlin se fait menaçant et Rogozine lance un ultimatum exigeant que le Vladivostok soit livré avant la fin de ce même mois. Début décembre 2015, Alexandre Orlov, ambassadeur de la Russie à Paris dit: « On l’a commandé, on l’a payé, on l’attend ». « On ne renonce pas ». « Je ne vais pas révéler tous les secrets, mais le délai prévu par le contrat n’est pas encore expiré. On a encore quelques temps ». En avril 2015, Vladimir Poutine précise que la non-livraison est « sans importance ». Le 26 mai 2015, en pleine intox sabordage (voir ci-dessous), alors que le Kremlin n’a plus aucune chance de se voir livrer les Mistral, la Russie affirme qu’elle n’en veut plus. Comme si elle en avait encore le choix. Comme si ces navires s’avéraient soudainement inaptes à remplir leur mission.

On ajoute que la Russie se fait forte de construire un navire comparable dans de brefs délais. Les années passant, l’analyse de Dimitri Halby (juin 2015) démontant l’inanité d’une telle prétention se trouve confirmée. Dans le meilleur et le plus fantaisiste des cas, l’équivalent Mistral russe, le « Lavina », ne serait pas disponible avant 2025, soit dix ans après que Poutine ait été privé des navires d’invasion français. Mais ce n’est toujours pas ce dont il nous faut, aujourd’hui, parler.

Un des moyens les plus probants de « montrer » que les Mistral sont de mauvais navires de guerre est de faire croire que les plus hautes autorités françaises, y compris militaires, sont prêtes à les faire disparaitre en pleine mer. Et, rêvons un peu, le mieux serait de les convaincre à agir de la sorte. La partition est délirante. Mais elle va être écrite, à quatre mains, par la propagande du Kremlin et par la fachosphère française dans une remarquable harmonie.

1.3. Coulons ce dont on ne peut disposer.

"Médias: Paris pourrait détruire les Mistral commandés par Moscou" - Sputnik 06/05/2015. Premier article russe, en français, qui parle de sabordage.
« Médias: Paris pourrait détruire les Mistral commandés par Moscou »Sputnik 06/05/2015. Premier article russe, en français, qui parle de sabordage.

Le meilleur moyen de s’assurer qu’il n’y aura aucun acquéreur autre que russe est de faire disparaître ces navires. C’est-à-dire, les couler. Le sabordage n’est peut-être pas seulement une fable, comme je l’avais cru, mais bien un objectif. Ce qui expliquerait les efforts déployés pendant des semaines par les organes de propagande de Moscou.

Sputnik "Mistral: Tous au sabordage! Parés à la manoeuvre!" - Sputnik 10/05/2015
« Mistral: Tous au sabordage! Parés à la manoeuvre! » – Sputnik 10/05/2015
Sputnik - "La france est en mer avec les Mistrals, des EXPERTS suggèrent de couler les navires"
Sputnik - "Renseignement (!) militaire" - 18/05/2015
« La france est en mer avec les Mistrals, des EXPERTS suggèrent de couler les navires »
Sputnik – « Renseignement (!) militaire » – 18/05/2015

Il n’est pas nécessaire que les supplétifs français de la capitale eurasiatique soient pleinement conscients de cette démarche. Le désir de vengeance nihiliste de ces « patriotes » n’a pas besoin d’instructions directes pour vouloir noyer en haute mer des armes navales que leur donneur d’ordre et bailleur de fonds n’a pas pu obtenir, quel qu’en soit le coût pour la France. En celà, ils sont les dignes disciples du seul chef d’Etat, voire du seul Etat, auquel ils prètent allégeance. L’histoire de ces dernières années montre que Vladimir Poutine est adepte de représailles allant juqu’au meutre, y compris à l’étranger, à l’égard de ceux, journalistes, opposants politiques, intellectuels, voire peuples, qui, un jour, se sont mis en travers de son chemin.

Gauthier Bouchet, fils de Christian Bouchet (éditeur et ami d’Alexandre Douguine) et élu Front National (aujourd’hui Rassemblement National) de Saint Nazaire, explique clairement, dès le début, ce qu’il attend de la thèse Moscou/FN du sabordage :

« couler les Mistral pourrait accroître les tensions sociales à St Nazaire. »

Cela n’est pas pour déplaire au Kremlin attentif à promouvoir le chaos dans un monde occidental, dont le modèle est un concurrent insupportable à son système de rente prédatrice. Charité bien ordonée commençant par soit-même, Gauthier Bouchet oeuvre, en plus, à favoriser la désespérance dans laquelle prospère le Front National, avant et après avoir été re-baptisé en Rassemblement National.

Gauthier Bouchet, élu Front National de saint Nazaire: "couler les Mistral pourrait accroître les tensions sociales" - Sputnik 08/05/2015
Gauthier Bouchet, élu Front National de saint Nazaire: « couler les Mistral pourrait accroître les tensions sociales » – Sputnik 08/05/2015

Pour être sûr d’être bien entendu, Gauthier Bouchet en rajoute une couche, le 19 mai 2015, dans un nouvel article sabordage de Sputnik, partagé sur Facebook par Blanchard, son partenaire du FN, qui lui tresse des lauriers:

"La solution la plus probable est de saborder les navires en mer" - Jean-Claude Blanchard, élu Front National St Nazaire - facebook 19/05/2015
« La solution la plus probable est de saborder les navires en mer » – Jean-Claude Blanchard, élu Front National St Nazaire – facebook 19/05/2015

« Ils sentent bien que si les Mistral qui ont été construits, qui ont nécessité des millions d’heures de construction, ne sont pas livrés, ça a à la fois des conséquences locales sur notre emploi, sur la crédibilité de notre industrie d’armement au niveau international (on en voit les premiers effets avec le recul de l’Inde sur le dossier Rafale*). Puis cela a des conséquences quasiment symboliques en termes d’image concernant la possibilité que la France puisse au XXIe siècle demeurer une puissance à la fois mondiale et indépendante »

*Le recul de l’Inde sur les Rafales est un autre des nombreux hoax russo-FN montés afin de faire pression pour la livraison des Mistrals.

L’affaire ne manque pas de sel lorsque l’on lit que l’organe de propagande du Kremlin et leurs comparses locaux feignent de s’émouvoir d’une rumeur, afin de mieux la crédibiliser. Alors qu’ils l’ont créée et qu’ils ne cessent de l’alimenter. Voilà une manière bien ironique et impudique de se féliciter du travail de « ré-information » ainsi accompli.

« Gauthier Bouchet, conseiller communautaire à la Carène et conseiller municipal et de quartier à Saint-Nazaire, a fait savoir dans une interview à la radio Sputnik que ce n’est pas le type de rumeurs qui enchante les habitants de Saint-Nazaire. »

Jean-Claude Blanchard & Gauthier Bouchet du Front National à Saint Nazaire. Les clients et les fournisseurs de la propagande du Kremlin. De zélés collaborateurs et agents d'une puissance étrangère.
Jean-Claude Blanchard & Gauthier Bouchet du Front National à Saint Nazaire. Clients et les fournisseurs de la propagande du Kremlin. De zélés collaborateurs et agents d’une puissance étrangère, partie adverse de la France dans le litige Mistral.
Le délire du sabordage ayant fait long feu, Moscou doit trouver un autre moyen afin de s’assurer n’avoir jamais le futur ex-Vladivostok ou le futur ex-Sébastopol sur sa route. Rien n’interdit, d’ailleurs, de penser que ces différentes options ne soient pas menées de front.

2. Et si le nouvel acquéreur des Mistral faisait partie de l’accord dénouant le contrat avec la Russie ?

2.1. Paris n’a jamais considéré une reprise des Mistral par un ou plusieurs de ses alliés.

En avril 2020, en parcourant les publications de la page « No Mistrals for Putin » (aujourd’hui « No Military Alliance with Putin »), on identifie une foison d’articles externes, y compris au plus haut niveau, montrant à quel point nombreux sont ceux qui réfléchissaient à des alternatives de reprise permettant d’éviter que les Mistral ne tombent dans les mains du Kremlin. À vrai dire, cela en est impressionnant et cela montre une véritable solidarité stratégique, qui n’a pas été assez soulignée. Le plus étonnant reste l’indifférence manifestée par François Hollande à l’égard de toutes ces pistes (OTAN, Europe, Canada, voire USA…). Elles auraient pourtant permis d’alléger le fardeau financier représenté par des navires inutilisés. La passivité inconcevable du Chef de l’Etat parisien, quant à ces portes sorties, n’a jamais trouvé aucune sorte d’explication satisfaisante. Alors on peut tenter d’en imaginer une.

2.2. Ce ne seraient pas les négociations franco-russes de dénouement du contrat qui auraient traîné.

Je prétends toujours, comme je l’annonçais en direct sur i-Télé le 15 mai 2015, qu’il serait farfelu d’imaginer que Moscou eut pu s’opposer contractuellement à tout nouveau repreneur**.

**Propos confirmés le surlendemain par Bernard Prezlin, spécialiste de la Marine, rédacteur de « Flottes de combat ».

15 mai 2015 - La rédaction parisienne d'i-Télé affirme une clause inexistante d'un contrat qu'elle n'a pas lu en s'appuyant sur les dires de Rogozine, adversaire déterminé de la France dans le litige Mistral et ailleurs.
15 mai 2015 – La rédaction parisienne d’i-Télé affirme une clause inexistante d’un contrat qu’elle n’a pas lu en s’appuyant sur les dires de Rogozine, adversaire déterminé de la France dans le litige Mistral et ailleurs.

Le journaliste de la rédaction parisienne d’i-Télé dit (00:29)

« cela voudrait dire que ces Mistral ne pourraient pas être revendus, d’après le contrat, à d’autres pays. Là aussi (?), c’est une perte nette pour la France. Il faut, aussi, y penser ».

A-t-il pu lire un contrat couvert par le secret défense? A-t-il, a minima, eu une confirmation du côté français? Rien de cela. Il se contente de reprendre les nouvelles menaces de Rogozine parues dans Kommersant et qu’on lui a traduit du russe. On aurait envie de lui demander s’il savait vraiment qui était Rogozine. S’il avait bien compris que l’on était sur un litige international économique et géopolitique pour un montant qui tournait autour du milliard d’Euros, où le bluff était permanent et où les fake-news tombaient comme les ardoises par jour de grand vent. S’il avait conscience qu’il était utilisé par la partie adverse de la France. S’il se souvenait que dans le métier de journaliste, qu’il était censé pratiquer, on se doit de vérifier et de croiser ses sources. Au lieu de cela, cet animateur du petit écran s’exhibe comme un influenceur imprudent et un relais de la propagande russe. Il en a été plus ou moins de même de la part de tous ceux qui ont communiqué sur cette journée de dupes et auxquels j’ai, passablement écoeuré, fait parvenir la note argumentée suivante: « Mistral, 15 Mai 2015: Les Médias Français À La Remorque Du Kremlin ».

Un autre élément, qui illustre à quel point la France était tétanisée par les éléments de langage du Kremlin, est le fait qu’aucun journaliste digne de ce nom ou aucun expert n’a pensé à émettre l’idée que si la vente des Mistral ex-russes était impossible, alors la Marine Nationale aurait pu en avoir l’usage et revendre, d’occasion, deux de ses trois BPC. Enfin, j’ajoute que le correspondant nantais d’i-Télé et de Canal+, un sympathique et bon professionnel, qui couvrait l’affaire Mistral pour leur compte, m’a confirmé (mi-mai 2015!) ignorer totalement ce qu’était « Sputnik ». « C’était un engin spatial, non? » . Misère, les coquelicots en fleur et le ciel bleu printanier ne pouvaient lutter contre un lourd et déprimant sentiment d’accablement!

Mistral Vladivostok dans le bassin de Penhoet, St Nazaire 15/05/2015 - Photo Bernard Grua
Mistral Vladivostok dans le bassin de Penhoet, St Nazaire 15/05/2015 – Photo Bernard Grua

On peut, en revanche, raisonnablement penser que le Kremlin souhaitait conditionner son retrait du contrat Mistral, sans pénalités ou sans trop d’histoires, à son approbation de l’acquéreur de substitution. Cet accord non contractuel pouvait être un élément de transaction. Cela expliquerait pourquoi les « négociations » ont autant traîné. Dans ce cas, ce ne serait pas l’élaboration de la transaction franco-russe qui connaissait un calendrier étiré mais la nouvelle vente. Il était nécessaire d’identifier un demandeur, qui ne se trouverait pas en opposition, dans les années à venir, avec les visées extérieures du Kremlin. Il fallait construire le contrat avec ce nouvel acheteur et s’assurer du financement. La vente, approuvée par Moscou, a probablement été conclue avant que ce dernier appose sa signature sur un document matérialisant son désengagement. Il s’agit, pour l’instant, d’une des seules explications concevables du délai de signature.

2.3. Une alternative pharaonique

Le général Abdel Fattah al-Sissi était le bon candidat à la reprise des Mistral. De fait, si l’on a annoncé qu’une grande partie du financement venait d’Arabie Saoudite, l’Egypte ne contrarie pas les plans moyen-orientaux de Poutine. Elle fait même partie des soutiens de Bachar el-Assad.

L’Opinion – Jean-Dominque Merchet 25/09/2015:

Les BPC sont des bâtiments conçus pour projeter des forces (hélicoptères et amphibies) à longue distance, pas pour de la surveillance côtière… A quoi bon un porte-hélicoptère pour des missions qui peuvent être effectuées depuis la terre ? S’agit-il de transporter des troupes par exemple au Yémen ou en Libye ?Il y a, évidemment, une part de prestige militaire et national dans l’achat de ces 2 BPC. Sont-ils les outils militaires dont l’Egypte a besoin ?

Que l’Egypte n’ait pas réellement l’usage de ces bateaux gris et que ceux-ci, les plus grands du monde arabe, flattent l’ego d’un dictateur, n’entrent pas en ligne de compte. Que le Caire se montre incapable d’utiliser les Mistral au niveau réel de leur capacité opérationnelle est plutôt un élément favorable. Que la vente des hélicoptères russes destinés à armer les BPC, devenus égyptiens, fut un éternel feuilleton à rebondissement pour lequel les officines du Kremlin crient régulièrement victoire, avant d’être démenties dans les mois suivants, c’est une autre histoire. En tout cas, on peut pertinemment imaginer qu’il y a là, aussi, des milliards de roubles potentiels d’une chasse gardée moscovite validée par Paris.

2.4. La sortie de Moscou et l’entrée simultanée du Caire dans le deal Mistral

La transaction terminant le contrat Mistral franco-russe a été signé le 5 août 2015. La vente des BPC, à l’Egypte, a été officialisée en septembre 2015. Il a été officiellement communiqué que les premières discussions avec l’Egypte entre le Président Hollande et le Général al-Sisi ont démarré, le 6 août, dès le lendemain de l’accord russe, lors de la cérémonie d’inauguration du doublement du canal de Suez. Il est permis d’en douter. On peut, au contraire, avec du recul, considérer qu’il s’agit de deux accords simultanés, dont l’annonce fut séparée par un très court délai de convenance. On ne peut pas s’enlever de l’esprit qu’il existe une clause, à ce sujet, dans le document final signé par Paris et Moscou. Mais ceci n’est pas affirmation. C’est une simple suggestion.

2.5. Un dénouement « win-win »?

Il a été dit, à juste titre, que la France s’est bien sortie de l’affaire Mistral en dépit des élucubrations d’un palmipède déchainé. Dimitri Halby dans l’Obs a démontré que la perte de deux milliards d’Euros annoncée inconsidéremment par le volatile relevait du charlatanisme. Notons que la somme qui sera versée en septembre 2015 à Moscou correspond, au million près, au bas de la fourchette déterminée par ce même Dimitri Halby dès octobre 2014.

De son côté, le Kremlin a des raisons d’être satisfait. Les navires d’assaut n’ont pas été livrés à une puissance susceptible de contrecarrer ses visées expansionnistes. Cerise sur le gâteau, les Mistral n’ayant pas été sabordés, il est toujours possible, pour Moscou, d’espérer vendre au Caire de quoi équiper ce qui reste, pour l’instant, des plateformes flottantes et une toile de fond mégalomaniaque. Ensuite, pour ne pas perdre la face, faire croire à la population russe que les Mistral étaient inutiles fut un jeu d’enfant. Des « experts » français se sont laissés « convaincre ».

Finalement, le dindon de la farce fut… le vieux Jean-Claude Blanchard, un des militants du parti de Marine Le Pen qui s’est le plus investi en faveur de la livraison, à la Russie, des Mistral de Saint-Nazaire. Il a été exclu du « Rassemblement National » en octobre 2019, en dépit de tous ses services rendus. Et le jeune Gauthier Bouchet  a empoché la mise en devenant la tête de liste locale. « Tu quoque mi fili! ».

Conclusion:

A la lumière des événements subséquents, l’analyse du scénario de l’océanisation des Mistral « russes » doit être révisée par rapport au démontage qui en avait été réalisé « à chaud », en mai 2015. Le décryptage, novateur à l’époque, du mécanisme de désinformation visant à créer un bruit de fond s’imposant comme un fait établi, où collaborent ouvertement le Kremlin et ses tributaires français, reste pertinent. En revanche il n’avait vraisemblablement pas pour but de forcer une livraison à la Russie même si, marginalement, ce souhait restait présent chez les poutinophiles hexagonaux, comme nous l’a si bien montré Thierry Mariani. Les objectifs étaient plutôt, dans le désordre, de contribuer au chaos social, de déprécier la qualité opérationnelle de ces navires et d’influer sur la désignation du nouvel acquéreur, à défaut d’en empêcher toute reprise.

La dimension psychologique doit, elle aussi, être prise en compte comme dans tout ce qui concerne Vladimir Poutine, objet d’un véritable culte pour la fachosphère de notre pays . En ce sens, il ne faut pas en sous-estimer la dimension haineuse, voire francophobe, et la volonté de représailles partagées par tous les intervenants ayant contribué à la mystification. Il n’est pas exclu que certains en Russie ou en France aient été convaincus que le sabordage, qu’ils appelaient de leurs voeux, fut possible. Sur d’autres affaires impliquant Moscou et ses propagandistes français, on a pu lire et entendre des fake news autrement plus insensées.

Il n’en demeure pas moins de nombreuses questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponses dans cette bien obscure affaire Mistral. Mais le voile des années est tombé sur cette histoire inconcevable, qui reste à écrire. Elle n’intéresse plus les Français et est maintenant enfouie dans les sables des déserts d’Afrique et d’Arabie. Gageons que nombreux sont ceux ne souhaitant pas qu’elle en sorte.

Publié par Bernard Grua

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