Sabordage des Mistral: Comment le kremlin a-t-il manipulé l’opinion francaise »

Comment le Kremlin et le FN ont-ils manipulé l'opinion.

Addendum préliminaire :
Une revue, très postérieure, de cette chaîne de manipulations nous permet de découvrir une surprise inattendue. Le Kremlin a, dès le premier jour, démenti la faisabilité d’une telle hypothèse et a même démoli, en phase avec les arguments de « No Mistrals for Putin », la nécessité d’une océanisation des BPC. Toutefois, ces communications furent publiées seulement en russe avant d’être oubliées très promptement pour, au contraire, systématiser un discours pro-sabordage en cas de non-livraison des Mistral Vladivostok et Sébastopol à la Russie de Poutine. De nouvelles perspectives sont présentées dans le texte : Pourquoi le Kremlin et le Front National exigeaient-ils le sabordage des Mistral Vladivostok et Sébastopol? En effet, l’objectif de la mystification, à la vue des événements subséquents, s’avère plus large que ce qui est exposé dans le présent article datant de mai 2015.

Toutefois, le modèle de la désinformation (hoax Kremlin -reprise fachosphère – répétition et amplification de la fake news – rumeur – fait établi), exposé ci-dessous, reste toujours et plus que jamais d’actualité, tant il est dupliqué en permanence et tant l’opinion ainsi que les médias français restent naïfs par rapport au recyclage et à la banalisation des fake-news moscovites.

L’Express: article édité et mis en une par la rédaction 
bernard-grua, publié le 26/05/2015 à 14:25

Notre contributeur Bernard Grua démontre comment, dans l’affaire des Mistral, le Kremlin est parvenu à faire naître une rumeur et manipuler une partie de l’opinion publique française.

La fable de l’immersion en haute mer des BPC Mistral de Saint-Nazaire est un exemple concret de la façon dont le Kremlin utilise ses réseaux d’information et ses relais locaux pour orienter l’opinion française dans un sens qui lui est favorable, tout en créant des opportunités politiques pour ses soutiens hexagonaux. 

Naissance d’une rumeur

Le 6 mai, Sputnik, organe d’information du Kremlin, titre: « Paris pourrait détruire les Mistral commandés à Moscou ». L’article brosse un tableau assez large du litige Mistral, en décalage par rapport au titre. Il se contente de citer un article du Figaro en deux phrases:

« Paris étudie la possibilité de détruire les porte-hélicoptères Vladivostok et Sébastopol en cas de leur non-livraison à la Russie. Les deux navires pourraient ainsi être sabordés en pleine mer. »  

Le Figaro qualifiait cette hypothèse d’impensable, ce que Sputnik se garde de signaler. Ce dernier s’appuie de plus sur le fait que le quotidien citerait « un officier de l’armée française proche du dossier », alors qu’il ne citait que des sources anonymes, pas nécessairement militaires et en tout cas non-officielles. La rumeur est lancée. 

D’autre journaux feront leurs titres d’un sabordage des Mistral tout en citant Sputnik. Le même jour, TASS, lui aussi organe d’information du Kremlin, titre, en anglais, sur un sabordage des BPC. TASS sous-titre qu’une autre solution envisagée par Paris est de détruire ces navires. Peu importe si le corps de l’article apporte des nuances en disant que ces options sont inenvisageables. Sur les réseaux sociaux, promptes à s’enflammer, on partage et on commente des titres sans pour autant lire le détail des textes. Russia Today est tout aussi direct: « La France est prête à couler les Mistral« . La mécanique s’enclenche. La presse ukrainienne et britannique y succombent aussi. 

Une hypothèse d’école noyée et démentie dans un article du Figaro, est, en moins de 24 heures, devenue une rumeur qui s’inscrit durablement dans le bruit de fond. Les relais s’y emploient. Les sites complotistes et les blogs extrémistes vont largement en reprendre le message. Sputnik en sera le chef d’orchestre. La rumeur va bientôt devenir une vérité énoncée par la France.  

Le 7 mai, Sputnik peut finalement asséner: « Va-t-on couler les Mistral non livrés à la Russie? » 

Relais FN

Sputnik, canal privilégié des « informations » que le Kremlin diffuse en France, tend souvent son micro au FN. De son côté, ce dernier s’en sert fréquemment pour justifier ses dires. Sputnik nous explique, le 8 mai 2015, en s’appuyant sur l’élu local FN Gauthier Bouchet, que « couler les Mistral pourraient provoquer des tensions sociales ». De son côté, le Front National publie en s’appuyant sur Sputnik: « G. Bouchet: Couler les Mistral pourrait accroître les tensions sociales à Saint-Nazaire ». 

Le 10 mai 2015, Sputnik renouvelle le message: « Mistral: Tous au sabordage! Parés à la manoeuvre! » Le site ajoute: « Et voici qu’on apprend que les Américains seraient en état d’obliger les Français à… faire couler leurs propres bateaux! » Toujours en citant ce même article du Figaro paru cinq jours avant, qui pourtant, n’en faisait pas état. Le message répété est devenu une vérité. 

Le 17 mai 2015, Sputnik donne le sceau officiel à ce qui est devenu « la vérité ». Il mentionne l’amiral Bernard Rogel, chef d’Etat Major de la Marine (CEMM), sans rapporter exactement les propos qu’il a tenu au journal Le Monde, et annonce que « la France n’a pas besoin des Mistral russes ». Immédiatement après, le sous-titre devient: « Les militaires français estiment que les porte-hélicoptères doivent être sabordés en mer. » Pour le coup, aucune source n’est citée. De là à imaginer que ce sont les propres dires du CEMM, il n’y a qu’un pas que Sputnik franchit le même jour dans sa traduction de l’article en allemand. « Französischer Admiral zu Mistral-Affäre: Versenkung wäre die beste Lösung » (« Un amiral français au sujet de l’affaire Mistral: le naufrage serait la meilleure solution »). 

Le 19 mai, Sputnik demande: « La saga des Mistral toucherait-elle à sa fin? » Et de citer le président des Jeunes Droite Populaire, Pierre Gentillet. « Le sabordage des BPC Mistral serait une solution d’échec. Avant de penser ce que nous ferons en cas de non-livraison des navires, concentrons nos espoirs dans l’hypothèse d’une livraison (même tardive) des Mistrals. » Effectivement, on peut, maintenant, se demander si une livraison (« même tardive ») des BPC ne serait pas une alternative plus raisonnable que le coût exorbitant d’un dédommagement de la Russie face un sabordage impossible pourtant devenu, dans les esprits, inéluctable. 

Dans un nouvel article, Sputnik écrivait le 20 mai au détour d’une question: « On est en rapports permanents avec toute l’équipe FN (Front National) en Bretagne -Jean-Claude Blanchard, Christian Bouchet et d’autres personnalités ». Le même jour le Front National Saint-Nazaire communique: « La solution la plus probable à ce stade est de saborder les navires en mer, ce qui coûterait à l’Hexagone quelque 20 millions d’euros. » Et conclut, le 22 mai: « Signez l’appel pour la levée des sanctions et la livraison des Mistrals à la Russie. » 

Par Bernard Grua, porte-parole du collectif « No mistrals for Putin ». 

Une version russe de cet article a été publié sur le site Ukrinform: Во Франции Разоблачили Манипуляции Российских СМИ Относительно « Мистралей»

Publié par Bernard Grua

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