Qu’est-ce que nous a appris, sur la France, l’affaire des Mistral?

Que nous apprend sur la France l'affaire des Mistral - Bernard Grua Que nous apprend, sur la France, l’affaire des Mistral? Ce document présente l’intégralité d’un texte rédigé pour notre ami disparu récemment, le regretté Laurent Chamontin, qui en a compilé des extraits afin d’illustrer, par un encadré, une partie de son livre : « Ukraine et Russie pour comprendre ».

5. « No Mistrals for Putin », témoin, catalyseur ou acteur de la rupture du contrat Mistral?

5.1. Eveil des consciences
5.2. Acteurs de la rupture
5.3. Un bien long chemin vers le dénouement

5.1. Eveil des consciences

Les chiffres présentés ci-dessus (§ 4.4.) ne semblent pas en mesure, à eux-seuls, d’expliquer le changement du cours des événements. Surtout si l’on se rappelle que le 22 juillet 2014, cinq jours après la destruction du vol MH17 par un missile russe, François Hollande annonce la décision ferme de livrer le Vladivostok en octobre de la même année (2014). Personne ne peut s’expliquer cette sorte de baroud du déshonneur sur une position que l’on peut, sans être devin, imaginer comme devenant rapidement intenable. Personne ne peut comprendre un tel parjure après que les principaux ministres aient soutenu pendant des mois que la décision de livraison du Vladivostok ne serait pas prise avant octobre 2014.

Les exactions criminelles du Kremlin se poursuivent dans le Donbass. Les images du groupe d’irréductibles du poste avancé de St Nazaire, les photos et les vidéos de la grande manifestation kievienne (on ne peut plus compter les autres manifestations qui ont eu lieu devant l’ambassade de France à Kyiv…) font le tour du monde. Elles réveillent les tièdes. Alors que le Président de la France refuse de le voir, le mouvement « No Mistrals for Putin » est déjà devenu mondial. « No Mistrals for Putin » est le catalyseur d’une réaction en chaîne. Obama comprend finalement qu’il convient de garder un silence prudent pour ne pas envenimer les débats. Mais des menaces de boycott civil pèsent sur les filiales étrangères des entreprises françaises. On parle même d’exclure la France d’appels d’offre internationaux. Les parlementaires européens proposent une solution. François Hollande leur répond avec désinvolture. Les membres de l’alliance atlantiques rabrouent de plus en plus vivement leurs homologues français. Il faudra probablement du temps avant que la vérité se fasse connaître mais il y a lieu de penser que la mobilisation de la société civile est déterminante. Elle fait découvrir la réalité de la menace Mistral. Elle pousse cette menace sur le devant de la scène. Elle encourage les hommes politiques et les Dirigeants des nations en situation de risque, qui voient leurs concitoyens manifester devant eux, à appuyer, de plus en plus fermement, dans leur pays (telle l’Ukraine dès le lendemain de la grande manifestation de Kiev), une non-livraison des BPC.

5.2. Acteurs de la rupture

Il est vraisemblablement faux de dire que les USA sont l’élément essentiel de la rupture du contrat Mistral. En effet, en France, chaque affirmation de Washington suscite des bouffées d’anti-américanisme et donc des prises de positions favorables au Kremlin, comme on a pu le constater dès mai 2014. Ensuite, si la France livre les Mistral, il est certain qu’une grande partie du réarmement en cours des pays d’Europe de l’Est délaissera la France au profit des USA. En clair, les Etats-Unis ont tout à gagner en cas de livraison des BPC à la Russie de Vladimir Poutine.

Le rideau de fumée américain sur lequel les organes de presse se focalisent ainsi que le camp pro-Kremlin dissimule le travail méthodique mais moins observé de la Pologne contre la livraison. Pourtant, elle y avance des arguments tangibles et potentiellement ravageurs. On peut raisonnablement penser que ce sont les représentant des pays européens à l’OTAN et au sein de l’UE qui font véritablement fait pencher la balance, de même que les marchés polonais. La destruction du vol MH17, en juillet 2014 et l’implication du Kremlin dans la boucherie de la bataille d’Ilovaïsk, Donbass, en août 2014 y tiennent, de plus, une part considérable.

5.3. Un bien long chemin vers le dénouement

  • Le 15 octobre 2013, le premier des deux BPC, le Vladivostok, est mis à l’eau en catimini en raison des désaccords (déjà) entre la France et la Russie au sujet… de la Syrie. Un mois et demi plus tard commencent les événements de Maidan, puis ceux de Crimée et du Donbass.
  • Le 30 juin 2014, les 550 marins russes (équipage des BPC et du navire accompagnateur Smolniy) arrivent à St Nazaire pour plusieurs mois de formation.
  • Le 15 juillet 2014, la poupe (partie arrière du Sébastopol), construite à St Petersbourg, arrive à St Nazaire et commence immédiatement à être assemblée au reste de la coque.
  • Le 3 septembre 2014, veille du sommet de l’Otan, François Hollande annonce la suspension de la livraison du premier Mistral jusqu’en novembre.
  • Le 7 septembre No Mistrals for Putin manifeste devant l’enclos des 550 marins du Kremlin et met fin à l’idylle russo-nazérienne. (LIEN)
  • Le 25 novembre 2014, l’Élysée fait part du report « sine die » de la livraison de ce même navire, tant que la « crise » en Ukraine ne sera pas réglée.
  • Le 26 novembre 2014, Jean-Yves le Drian, Ministre de la Défense de la France est en Pologne pour la finalisation du contrat de 50 hélicoptères Caracal.
  • Le 5 décembre 2014 la France fait savoir qu’elle ne livrera probablement jamais les navires Mistral à la Russie.
  • Le 18 décembre 2014, les marins russes quittent St Nazaire.
  • Le 5 août 2015 la France et la Russie finalisent leur accord pour mettre fin au contrat Mistral disant que La France remboursera 949,8 millions d’Euros (avances reçues de la Russie: 893 millions; dédommagement de frais auxquels les Russes avaient été exposés: 56,7 millions).
  • Le 23 septembre 2015 la France signe, avec l’Egypte, la vente des deux Mistral pour 950 millions d’Euros.

Par ailleurs, l’année 2015 marque un niveau record des exportations françaises d’armement. Même s’il n’y a guère lieu de s’en réjouir, ce record achève de démolir l’ensemble des arguments pro-livraison. Ses propagateurs, tout à leur jeu de destruction du corps social français selon la mission qui leur a été confiée, à Vienne, par Konstantin Malofeïev, selon l’idéologie d’Alexandre Douguine, commettent leur dernier attentat médiatique en s’appuyant sur un article du « Canard Enchaîné » que l’on a connu mieux inspiré et plus scrupuleux de la vérité.

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Publié par Bernard Grua

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