Qu’est-ce que nous a appris, sur la France, l’affaire des Mistral?

Que nous apprend sur la France l'affaire des Mistral - Bernard Grua Que nous apprend, sur la France, l’affaire des Mistral? Ce document présente l’intégralité d’un texte rédigé pour notre ami disparu récemment, le regretté Laurent Chamontin, qui en a compilé des extraits afin d’illustrer, par un encadré, une partie de son livre : « Ukraine et Russie pour comprendre ».

4. « No Mistrals for Putin », unique mouvement organisé de protestation contre la livraison des Mistral

4.1. Etranger: consternation, indignation, mobilisation
4.2. France: passivité et propagande
4.3. France: gangrène du corps social

4.1. Etranger: consternation, indignation, mobilisation

Si l’on s’attache à une vision internationale, au fur et à mesure que la date de la première livraison approche, un seul pays, la Russie, s’y montre ouvertement favorable. La plupart des Etats occidentaux et orientaux (dans le cas du Japon) font connaître leur opposition d’autant plus vivement qu’ils sont proches géographiquement de la Russie. Les autres pays sont neutres. A moins de se rapprocher encore plus clairement du régime de Poutine, la France est donc très isolée.

Elle l’est d’autant plus que la livraison prévue est illégale car en contradiction avec la « Position Européenne Commune », qui interdit de livrer du matériel militaire à un pays agresseur. L’idéal serait donc de laisser croire que la Russie n’intervient pas dans le Donbass. Est ce la raison pour laquelle la France laisse parler aussi légèrement le Général Gomart, dont les propos sont largement repris par la presse russe et ses supplétifs, Est ce la raison pour laquellle le Gouvernement se garde bien de divulguer ce qu’il sait de la présence d’officiers russes à l’Est de l’Ukraine, comme l’a confirmé la commission de défense parlementaire à Informnapalm?

4.2. France: passivité et propagande

Au niveau français, la classe politique est majoritairement favorable à la livraison ou, au mieux, muette tant le « Monde russe », qu’elle confond trop facilement avec le régime de Vladimir Poutine, bénéficie d’une bienveillance idéalisée. Aucun homme politique ne s’y oppose véritablement de façon ferme et insistante, si l’on met de côté quelques très courtes communications comme celles de Yannick Jadot, Hervé Morin, Bruno Le Maire, et Alain Juppé. Le PS et le Gouvernement, après quelques mois de cacophonie calamiteuse, se voient imposer un mutisme absolu. Le Front National, le reste de l’extrême droite, les communistes, une bonne partie de l’extrême gauche et la plupart des hommes politiques de droite (Bertrand, Fillon, Sarkozy, de Villiers…) sont ouvertement pour la livraison quand ils ne relayent pas directement et consciemment la propagande de Moscou, tel Thierry Mariani, député français, ambassadeur officieux de Vladimir Poutine à l’Assemblée Nationale. Entre juillet 2014 et septembre 2015, la presse du Kremlin, notamment par l’intermédiaire de « Sputnik« , paraissant en de nombreuses langues dont le français, se déchaîne littéralement en cherchant à affoler la population sur les conséquences d’une non-livraison. Ce pilonnage est repris par tous les médias ou blogs favorables au Kremlin avant de finir comme une vérité établie dans la pensée commune.

4.3. France: gangrène du corps social

Le Front National, épaulé par la large poutinosphère hexagonale, se montre ouvertement le « parti de l’étranger » tant il se range délibérément du côté de l’adversaire de la France dans ce qui devient un litige international d’une ampleur exceptionnelle. Outre de peu reluisants procédés diffamatoires à l’égard des activistes ne partageant pas les positions du FN et de la droite extrême, on y lit des arguments invraisemblables qui ne résistent pas à l’analyse en ce qui concerne les conséquences d’une non-livraison. On ne peut pas les citer tous sans risquer de lasser le lecteur. En voici quelques-uns uns : risque de chômage pour des milliers de travailleurs (alors que le contrat était à 80% d’avancement et qu’il y avait 10 ans de carnet de commande), risque de pénalités allant jusqu’à 10 milliards d’Euros (près de 10 fois le montant du contrat), casse de l’industrie, interdiction par la Russie de cession des bâtiments à un autre acquéreur, vente à la Chine, perte de crédibilité de la France et ruine des contrats exports, coût pharaonique du gardiennage, sabordage des Mistral présenté comme la solution la plus « économique », possibilité pour la Russie de construire rapidement un « équivalent Mistral ». Même les grands médias nationaux oubliant toute prudence et tout esprit critique rapportent, ad nauseam, ces affirmations délirantes. Seuls deux journaux locaux, « Presse Océan » et « Ouest-France », tentent de garder la tête froide et continuent à faire correctement leur travail en publiant des informations vérifiées. Ils sont accompagnés de quelques trop rares enquêtes sérieuses telles celles de « RFI/France 24 », « France Culture » et, partiellement, « Le Monde ».

En France, aucune ONG, aucun homme politique, aucune association ne participe au mouvement contre la livraison des Mistral. Malgré tout, une voix isolée se place sur le plan moral en parlant fort et clair dans un éditorial, résumant parfaitement, même s’il n’y fait pas référence, le combat humaniste qui anime « No Mistrals for Putin ». Elle est celle qui a pourtant le plus à perdre de lecteurs en s’opposant à la livraison. Il s’agit de François Régis Hutin l’homme d’honneur qui dirige le groupe auquel appartiennent « Ouest France » et « Presse Océan ». Dans son quotidien on y lit aussi deux interventions remarquables de François Hesbourg et Bruno Tertrais. Ailleurs, c’est le désert parfois teinté, dans le meilleur des cas, d’un léger sentiment de mauvaise conscience.

4.4. « No Mistrals for Putin », seuls mais ensemble…

Finalement, « No Mistrals for Putin » est l’unique mouvement organisé, qui lutte contre la livraison des Mistral. Il est remarquable de noter qu’il a été lancé par trois personnes, qui ne se connaissaient pas auparavant, qui n’avaient aucune expérience de l’action politique, du journalisme, de la communication publique ou du militantisme.

On peut y voir un exemple particulièrement encourageant d’une mobilisation endogène de la société civile ayant su rassembler par delà les frontières un groupe de citoyens qui partagent les mêmes valeurs et une même vision consciente de l’Histoire en train de s’écrire, Histoire dans laquelle ils décident d’être acteurs. Sur la base des 6000 personnes sympathisantes de la communauté Facebook « No Mistrals for Putin », on peut tenter de comprendre la composition de la population du mouvement.

Pour chaque catégorie on reprendra les six premiers groupes les plus importants:

Pays: Ukraine 1468 (24% du total des sympathisants), Etats Unis 649 (11%), France 492 (8%), Pologne 436 (7%), Lituanie 324 (5%), Allemagne 267 (4%)… Si on ramène la population des sympathisants à la population totale du pays concerné, le classement devient fort différent: 1ère Lituanie, 2ème Estonie, 3ème Ukraine, 4ème Lettonie, 5ème Géorgie, 6ème Pologne. On trouve donc en tête des pays de l’Ex URSS (les 5 premiers) ou du pacte de Varsovie (Pologne) ayant un rivage maritime. La France se situe au 7ème rang devant le Canada. Les USA se trouvent à la 11ème place.

Villes: Kyiv 757 (13% du total des sympathisants), Vilnius 212 (4%), Varsovie 202 (3%), Paris 165 (3%), Lviv 130 (2%), Tbilissi 123 (2%). On n’y voit aucune ville américaine. Alors que les détracteurs du mouvement disent qu’il est payé et organisé, par les USA.

Langues: anglais 2 334 (39% du total des sympathisants), ukrainien 781 (13%), russe 670 (11%), français 460 (8%), polonais 376 (6%), allemand 227 (4%). On note que, dans le collectif, le nombre des russophones est supérieur de 45% à celui des francophones.

Composition des fans de No Mistrals For Putin

 FansPop. (milliers)Rang en
% de population
Lituanie33529390.114
Estonie1321 3130.101
Ukraine1470442910.033
Lettonie6620010.033
Géorgie14644900.033
Pologne439380050.012
France497663180.008
Canada176357020.005
Allemagne272811970.003
UK211631820.003
USA6563188820.002

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Publié par Bernard Grua

Bernard Grua, auditeur, expérience internationale, Sciences Po Paris, officier de Marine de réserve. Langues: français, anglais, allemand, espagnol. Hobbies: photographie, géopolitique, patrimoine maritime, reportages

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