Position ferme, zéro polémique : le collectif No Shtandart in Europe répond une deuxième fois au solliciteur anonyme

En moins de 24 heures, le collectif No Shtandart in Europe répond pour la deuxième fois au même interlocuteur anonyme utilisant un pseudo. Le collectif ré-insiste sur le fait qu’il s’appuie uniquement sur des éléments publics et vérifiables, applique le droit européen et les sanctions en vigueur, et ignore totalement narratifs alternatifs, interprétations personnelles ou tentatives de polémique.
  1. Deuxième courrier de réponse de No Shtandart In Europe
  2. FAQ – Le Shtandart et les sanctions de l’Union européenne
  3. Deuxième courrier reçu de « Fabio Caeso Gallus », auquel il est répondu
  4. Capture écran du deuxième courrier reçu de « Fabio Caeso Gallus »
  5. Réponse initiale au premier courrier de « Fabio Caeso Gallus »
  6. Annexe : note d’analyse de la correspondance de « Caeso Fabius Gallus »

Deuxième courrier de réponse de No Shtandart In Europe

De: No Shtandart In Europe <noshtandartineurope@gmail.com>
à: Fabio Caeso
Date: 14 déc. 2025 16:24
Objet: Re: Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Cher Monsieur,

Le collectif No Shtandart in Europe a publié une FAQ publique qui précise son objet, son cadre d’analyse et les éléments factuels sur lesquels il repose.

Elle répond aux questions que vous soulevez et explicite clairement le périmètre de notre action, limitée à l’application du droit européen et des sanctions en vigueur. Vous en trouverez le texte sur la page d’accueil site du collectif : https://sites.google.com/view/shtandart/home

Elle est, aussi, reprise ci-dessous.

Bien cordialement,

Le collectif No Shtandart in Europe


FAQ – Le Shtandart et les sanctions de l’Union européenne

1. Quel est le mandat du collectif ?

Le collectif agit dans le cadre d’un seul mandat clairement défini : la mise en œuvre et l’application du droit de l’Union européenne, en particulier du cinquième volet des sanctions adoptées suite à l’agression militaire de la Fédération de Russie contre l’Ukraine.

Le collectif n’a pas pour objectif de poursuivre des intérêts politiques partisans, ni d’agir à des fins morales ou idéologiques. Ses actions se fondent strictement sur le droit et sur des faits vérifiables.

2. Le collectif évalue-t-il les intentions ou opinions politiques du capitaine ou de l’équipage ?

Non. Le collectif ne juge pas les intentions personnelles, les opinions politiques ni la conscience des personnes embarquées ou associées au navire.

Son analyse se limite exclusivement à :

  • des faits publics et documentés,
  • des décisions administratives et judiciaires,
  • le cadre juridique applicable de l’Union européenne.

3. Le Shtandart agit-il sous les ordres directs du Kremlin ?

 Le collectif n’a jamais affirmé l’existence d’ordres directs, d’instructions opérationnelles ou de missions clandestines.

Ces questions relèvent du droit pénal ou du renseignement, domaines qui dépassent le mandat du collectif et le cadre des sanctions européennes.

4. Pourquoi évoque-t-on le soft power, la diplomatie culturelle ou l’influence ?

Ces notions sont utilisées comme catégories d’analyse, telles que définies dans la recherche académique et par les institutions internationales.

Le soft power ne suppose pas :

  • des messages politiques explicites,
  • un endoctrinement, ni
  • des directives formelles.

Il désigne l’exploitation symbolique, culturelle et médiatique d’objets, d’événements ou de dispositifs servant les intérêts stratégiques d’un État.

5. Le collectif accuse-t-il le Shtandart de propagande ?

Le collectif documente l’utilisation du Shtandart dans des dispositifs de communication, de représentation diplomatique et dans la narration de l’imaginaire impérial russe, sur la base de sources publiques et vérifiables.

Il ne s’agit pas d’une accusation pénale, mais d’une observation analytique étayée par des faits, des publications officielles et des relais médiatiques.

6. Pourquoi le Shtandart est-il concerné par les sanctions européennes ?

 Les sanctions européennes s’appliquent à :

  • des entités,
  • des actifs, et
  • des dispositifs

qui contribuent, directement ou indirectement, aux intérêts stratégiques de la Fédération de Russie.

Les répliques de navires historiques sont explicitement visées par ce cadre juridique.

7. Le collectif cherche-t-il à empêcher des individus de naviguer ou à donner des leçons de morale ?

Non. Le collectif ne se substitue pas à la conscience individuelle.

Il rappelle simplement que, dans l’espace juridique européen, le respect du droit s’impose à tous, quelles que soient les motivations personnelles ou les appréciations subjectives.

8. Pourquoi le collectif ne répond-il pas indéfiniment aux demandes de « preuves » ?

Le collectif met à disposition une documentation publique abondante et sourcée.

Il n’a pas vocation à :

  • reformuler sans cesse les mêmes analyses,
  • répondre à des demandes de preuve relevant du pénal ou du renseignement,
  • ni participer à des débats spéculatifs.

9. Que doivent faire les personnes souhaitant embarquer sur le Shtandart ?

Le collectif n’émet aucune directive individuelle.

Il appartient à chacun de prendre ses décisions en connaissance du droit applicable, des sanctions en vigueur et des conséquences juridiques possibles.

10. La position du collectif peut-elle évoluer ?

La position du collectif ne pourra évoluer que si :

  • le cadre juridique européen est modifié, ou
  • de nouvelles décisions juridictionnelles sont rendues.

En l’absence de tels éléments, la position reste stable et définitive.

Note de publication : Cette FAQ est destinée à l’information publique et reflète la position de No Shtandart in Europe. Elle n’est mise à jour qu’en cas de modification légale ou réglementaire.


Deuxième courrier reçu de « Fabio Caeso Gallus », auquel il est répondu

De: Fabio Caeso 
à: No Shtandart In Europe <noshtandartineurope@gmail.com>
Date: 15 déc. 2025 07:01
Objet: Re: Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Je vous remercie pour votre réponse détaillée et pour le temps que vous avez consacré à m’éclairer.

Je dois avouer que certains passages me laissent perplexe et j’aimerais vous demander quelques précisions si vous en avez l’occasion.

Vous écrivez :
« Son exploitation sert les objectifs stratégiques et informationnels de la Fédération de Russie, comme l’attestent les documents officiels et analyses spécialisées. »
De quels documents exactement s’agit-il ? J’ai lu les articles que vous avez mentionnés, mais je ne trouve pas de preuve directe que le navire lui-même, ou son équipage, agit sur instruction du Kremlin. Est-ce que ces documents sont des rapports d’agences de renseignement, des déclarations officielles russes, ou des analyses d’experts ? Cela me trouble car je ne vois pas de lien direct entre le bateau et un agenda politique russe, même si la Russie le défend, ce qui semble plutôt à l’avantage de la russie que du bateau.

Concernant le documentaire que vous mentionnez, est-il possible qu’il s’agisse simplement d’un moyen de financer les opérations du navire, plutôt que d’un outil de propagande ? Le capitaine semble chercher des moyens de survivre financièrement, et le documentaire pourrait être une tentative de capter des fonds, sans intention politique.

Vous écrivez aussi :
« Son exploitation sert aujourd’hui un appareil d’influence hostile aux valeurs européennes. »
Je comprends que le capitaine agit de manière provocatrice, en défiant les sanctions et en entrant dans des ports sans autorisation. Mais est-ce que cela suffit à dire qu’il sert un appareil d’influence ? Y a-t-il des preuves que des idées pro Poutine ou anti Ukraine sont enseignées ou diffusées à bord ? Ca m’inquiéterait beaucoup. Ou que des membres d’équipage sont recrutés ou formés pour servir un agenda politique ?

Malgré tous les documents que vous m’avez transmis, je n’arrive toujours pas à répondre à ma question initiale : comment le Shtandart sert-il les intérêts du Kremlin ? Est-ce par des missions diplomatiques, des contacts avec des officiels russes, des financements cachés, ou autre chose ? J’ai un peu du mal à comprendre la notion de soft power que vous invoquez souvent d’ailleurs.

Sinon, en réflechissant à tout cela, je me demande ce que deviendra ce bateau d’ici quelques années. Va-t-il retourner en Russie, ou finira-t-il en cale sèche dans un port de Turquie, faute de moyens ou de soutien logistique ? Le capitaine semble vouloir continuer à naviguer, mais sans port d’attache stable en Europe, sa survie me paraît incertaine.

Merci pour votre attention,

Bien cordialement,

Fabio


Capture écran du deuxième courrier reçu de « Fabio Caeso Gallus »

Fabio Caeso, caeso.fabius.gallus@gmail.com, Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Réponse initiale au premier courrier de « Fabio Caeso Gallus »


Annexe : note d’analyse de la correspondance de « Caeso Fabius Gallus »

Pseudo : « Caeso Fabius Gallus »

1. Objet de la note

Cette note vise à analyser la correspondance reçue sous le pseudo « Caeso Fabius Gallus », afin de préciser :

  • le degré de spontanéité et de bonne foi de la demande,
  • la nature et le contexte de la demande,
  • la cohérence des questions posées,
  • les intentions plausibles sous-jacentes,
  • la conduite appropriée du collectif.

2. Traçabilité de l’adresse électronique

Les recherches publiques montrent que :

  • l’adresse caeso.fabius.***@***il.com n’apparaît dans aucune parution publique identifiable,
  • aucune occurrence n’a été trouvée sur forums, réseaux sociaux ou plateformes techniques,
  • sa seule présence publique connue résulte de publications du collectif lui-même.

Conclusion partielle :
L’adresse semble créée spécifiquement pour cet échange ou utilisée de façon ponctuelle et dissimulée.

3. Analyse du pseudo

Le pseudo « Caeso Fabius Gallus » :

  • est d’inspiration latine classique, à connotation érudite,
  • sans lien apparent avec un usage courant, maritime ou générationnel,
  • est manifestement élaboré et réfléchi.

Conclusion partielle :
Il traduit une volonté de distanciation identitaire et de contrôle de la mise en scène discursive. Il ne correspond pas à une démarche personnelle naïve ou ordinaire.

4. Analyse du contenu et de la dynamique argumentative

L’examen des messages révèle :

  • reformulation répétée des mêmes questions sous différents angles,
  • déplacement systématique du cadre d’analyse :
    • du droit vers l’intention,
    • des faits documentés vers la preuve pénale,
    • des sanctions vers la morale individuelle,
  • insistance sur l’absence :
    • d’ordres directs,
    • de discours explicites,
    • de missions formalisées.

Ces éléments correspondent à des schémas classiques de neutralisation, visant à :

  • relativiser le raisonnement juridique,
  • imposer un standard de preuve inadapté,
  • créer une zone de controverse ou polémique.

5. Réponse du collectif

Le collectif :

  • reste strictement dans son mandat légal,
  • s’appuie exclusivement sur :
    • le droit de l’Union européenne,
    • des faits publics et documentés,
    • des décisions administratives et juridictionnelles,
    • refuse toute personnalisation, spéculation ou débat d’intention.

Cette posture est juridiquement cohérente, stratégiquement stable et robuste face aux tentatives de déplacement du débat.

6. Évaluation des intentions probables

Sans attribution personnelle, il apparaît que :

  • la démarche ne vise pas prioritairement l’information,
  • elle tend à produire :
    • de la matière polémique,
    • des éléments exploitables discursivement,
    • un affaiblissement du cadre juridique.

L’hypothèse d’un interlocuteur agissant comme relai ou intermédiaire argumentatif est cohérente avec les faits observés.

7. Conduite ultérieure

Il est décidé de :

  • ne pas prolonger l’échange au-delà des réponses publiques fournies,
  • renvoyer systématiquement vers la FAQ du collectif,
  • s’abstenir de toute discussion individualisée ou réactive,
  • considérer toute relance comme une stratégie de diversion.

8. Conclusion

Cette analyse confirme que :

  • la solidité de la position du collectif repose sur des éléments tangibles, vérifiables et juridiques,
  • l’interlocuteur s’inscrit dans une logique narrative et interprétative,
  • l’asymétrie est nette : le droit contre le récit.

Aucune action supplémentaire ne sera entreprise.


Réponse à une demande de documentation et de preuves concernant le lien « Shtandart »-Russie

Le texte qui suit constitue une réponse écrite à une demande de clarification portant sur les liens entre le navire russe Shtandart et la Fédération de Russie. Il s’inscrit dans une démarche strictement factuelle et méthodologique : aucune hypothèse ni interprétation n’y est formulée, les éléments présentés reposant exclusivement sur des sources publiques, institutionnelles et journalistiques vérifiables.

À travers l’étude de ce cas précis, l’article interroge plusieurs enjeux contemporains : l’application effective des sanctions européennes, les pratiques de contournement observées dans certains espaces portuaires, ainsi que l’usage de dispositifs culturels et patrimoniaux comme instruments d’influence politique.


De: No Shtandart In Europe noshtandartineurope@gmail.com
à: Fabio Caeso 
Date: 14 déc. 2025 16:24
Objet: Re: Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Cher Monsieur,

Je vous remercie pour votre courrier du 13 décembre 2025 par lequel vous demandez de la documentation et des preuves concernant le lien Shtandart-Russie. Vous y ajoutez des propositions d’interprétation.  

Pour avoir beaucoup voyagé en Fédération de Russie, j’ai pu constater que les codes de communication publique y diffèrent sensiblement de ceux en vigueur en Europe occidentale. Il existe fréquemment, en Russie, une dissociation entre le discours public et les propos tenus dans des cercles privés, phénomène bien documenté dans les régimes autoritaires. Pour ce qui est de Vladimir Martus, capitaine et propriétaire, de facto, du Shtandart, il est important de comprendre, en plus, à quel auditoire il s’adresse. À des compatriotes ou à des Européens ? Ensuite, il faut savoir plus précisément à qui il parle. Aux autorités, à la justice ou aux médias ? Le tout est impacté par les interlocuteurs, le contexte ou le calendrier. Les contenus, souvent anachroniques, divergent voire se contredisent, ce qui ne permet pas d’en tirer une analyse fiable. Je ne me livrerai donc à aucune déduction ou supposition.

Je me contenterai de vous exposer des faits documentés. Ce sera à vous de vous forger votre propre opinion quant à savoir si ce navire et son propriétaire, de facto, correspondent à vos valeurs et à votre vision du monde.

Pour naviguer sur le Shtandart, choisir des destinations sans sanctions.

Si vous souhaitez vraiment naviguer sur le navire russe Shtandart, je ne peux que vous conseiller de rejoindre une de ses croisières en Méditerranée orientale ou méridionale. Là-bas, il n’est pas soumis aux interdictions portuaires européennes prises en application des sanctions résultant du massacre de Boutcha. Il peut y afficher un programme et s’y conformer.

En Europe, le contexte est très différent. Vous avez vu le navire lors des Tall Ships Races. Mais cette tournée estivale de 2025 fut un désastre. 

Aucun des accostages constatés n’a fait l’objet d’une autorisation régulière connue à ce jour. Irrégulièrement, le Shtandart est entré dans les ports de Clogherhead (Irlande), Inverie (Ecosse), et Hvide Sande (Danemark). Il a dû écourter son programme et passer le mois d’août ainsi qu’une partie de septembre 2025 entre La Rochelle et l’île d’Aix. Ensuite, il est allé vagabonder sur les côtes d’Espagne et du Portugal, accumulant là aussi les infractions ou les tentatives d’infractions. De ce fait, les pays qui lui sont devenus les plus hostiles sont le Portugal, l’Espagne, le Danemark et l’Irlande.

Je vous invite à lire le compte-rendu interne des pratiques de Vladimir Martus au Portugal. On y découvre le fonctionnement structurellement illégal de son navire et les conséquences pour ses équipiers ou clients.

La France, haut lieu de contournement des engagements internationaux

En France, le Shtandart a pu participer à la Semaine du Golfe, du 26 mai au 1er juin 2025, avec l’appui du préfet de département, Michaël Galy, et du président de l’organisation, Thierry Verneuil. Vous trouverez, en pièce jointe, le courrier que j’ai envoyé, hier, à ce dernier. Je vous en recommande la lecture. Dans les 61 notes bibliographiques, vous trouverez réponse à quasiment toutes vos questions. Ce texte est aussi disponible en ligne.

Le navire russe Shtandart est protégé par le directeur du port de plaisance de La Rochelle, Patrice Bernier, par la municipalité et par le préfet de Charente-Maritime, Brice Blondel, ex chef de cabinet d’Emmanuel Macron. Ce petit monde s’est accordé pour écarter les exigences résultant du cadre juridique applicable.  Pour l’instant, cela fonctionne encore. Mais les faits sont avérés et les acteurs concernés sont identifiés par des sources primaires. Je m’en suis expliqué sur Desk-Russie. Je ne parierai pas sur la pérennité du système et encore moins sur un embarquement ou un débarquement à La Rochelle.

Le Shtandart comme vecteur d’un imaginaire impérial russe

Vladimir Martus se prétend opposant au régime russe ce qui “justifierait” son forcing dans les ports européens. Il n’en est rien. Je vous suggère de lire les articles de Ouest-France par la numéro deux de la rédaction Bretagne.

De notre côté nous avons examiné les sources russes qui démontent ce narratif.

Pour ce qui est des liens de Vladimir Martus avec les services russes, le sujet a été déjà abordé dans la plupart des textes précédents. Néanmoins, la mission diplomatique de Tchesmé, d’octobre 2021, en constitue un élément factuel particulièrement probant comme l’est le communiqué du Consulat général de Russie en juillet 2025.

Il faut ouvrir sur une mise en perspective qui est encore insuffisamment prise en compte dans le débat public français. Je citerai à nouveau le quotidien Ouest-France et une de mes publications sur le Diploweb.

Conclusion

Si vous persistez à vouloir embarquer sur le Shtandart, je vous renouvelle mon conseil de rejoindre ce navire à l’Est ou au Sud de la Méditerranée. En Europe, au vu de ce qui précède, du durcissement en cours et de l’ordonnance de la Cour de justice européenne (CJUE), du 22 août 2025, cela serait, à mon avis, une source de coûteuses déconvenues.

Bien cordialement,

Bernard Grua


Courrier reçu, auquel il est répondu

De: Caeso Fabius Gallus 
à: noshtandartineurope@gmail.com
Date: 13 déc. 2025 20:47
Objet: Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Bonjour Monsieur Grua,

Je vous contacte pour solliciter votre avis et des documents que vous avez accumulé depuis plusieurs années.

Je m’appelle Fabio, je suis un jeune passionné de voile. J’ai navigué sur des tallships cet été lors des Tall Ship Races, et j’ai pu voir le Shtandart parmi la ligne de départ de la course d’Aberdeen, sa silhouette m’a tout de suite marquée quand je l’ai vu aux jumelles. Vu que je préparais un peu mes navigations de l’an prochain, j’ai fait quelques recherches et ce navire m’a vraiment donné l’impression de remonter le temps. J’aimerais vraiment embarquer dessus un jour pour voir de près sa réalisation et voir comment il navigue. J’ai l’impression qu’il s’agit du seul navire en bois de cette envergure et avec cette qualité de détails historiques dans sa conception.
En me renseignant sur l’histoire du bateau, je suis tombé sur votre site où j’ai lu quelques articles. J’imagine que vous avez donc déjà compris mon dilemne.

C’est particulièrement en lisant votre article du 25 juillet 2025 que j’ai eu un moment d’hésitation. Je suis partisan de l’Europe, je déteste Poutine, et je considère son invasion de l’Ukraine comme un crime contre l’humanité. Je ne veux pas, même par inadvertance, soutenir quoi que ce soit qui puisse soutenir ce gouvernement totalitaire et abject.

Voilà ce qui me turlupine un peu, et j’aimerais vraiment votre avis. Vous avez clairement accumulé une quantité énorme d’informations sur ce bateau, et je pense que vous êtes une personne capable de me répondre avec précision.

Premièrement, le pavillon de complaisance, vous avez raison, c’est suspect. Moi aussi, ça me révolte ce concept : les pétroliers russes qui continuent d’entrer dans nos ports pour faire entrer des énergies fossiles puantes de corruption, les bateaux qui exportent de l’uranium vers la Russie parce qu’on ne sait pas traiter nos déchets… c’est un système qui tourne en rond, et qui profite à ceux qui veulent contourner les sanctions, pendant que nos politiques font les aveugles et les sourds.

Ensuite, la gestion du bateau. Vous montrez très clairement que tout passe par le capitaien même si sa fille citoyenne finlandaise) est “propriétaire” sur le papier. On dirait qu’il fait ça pour contourner les sanctions en effet. Mais est-ce que c’est un problème en soi ? Il est né en Russie, oui, mais ça n’en fait pas un criminel. J’ai des amis russes et ukrainiens, et ils sont tous contre la guerre (sans quoi ça ne pourrait être mes amis). Certains ont même fui leur pays pour ne pas être complices. Est-ce que vous avez des informations sur a un lien direct du capitaine avec le régime ? Espion, influenceur pro-Poutine ou pro-guerre … ?

Concernant l’AIS désactivé. Là, je suis un peu perdu. Sur les bateaux non commerciaux, il me semble que ce n’est pas obligatoire de l’avoir ? Beaucoup de bateaux de ce type le désactivent en mer, parfois pour des raisons techniques, parfois parce qu’ils naviguent loin des routes commerciales. Pour moi cest l’inverse : la flotte fantome ne dissimule pas sa position, on sait très bien où ces bateaux sont. C’est juste qu’ils soutiennent l’économie de guerre Russe en pleine lumière, aux yeux de la bonne hypocrisie mondiale.

En fait, ce qui me déciderait vraiment, c’est de savoir : y a-t-il des preuves concrètes d’un lien entre le Shtandart et le régime russe ? Je n’ai pas envie de louper l’opportunité d’embarquer sur ce bateau mais en même temps je ne veux pas soutenir Poutine. Vous comprenez mon dilemne ?

Je comprends que la propagande russe cherche à encenser le bateau, mais ça me semble presque contre-productif : ça renforce l’Europe dans sa décision de le bannir. Et inversement, je ne vois aucune activité du bateau qui soutiendrait activement le régime sanguinaire de Poutine. Pas de communications pro-guerre ou anti ukraine, pas de soutien logistique, pas de campagne de désinformation,… juste un voilier qui navigue, avec des jeunes à bord, qui apprennent la mer. Si j’ai bien compris, il y a des gens de toutes les nationalités à bord, j’ai l’impression qu’on peut y retrouver l’ambiance des Tall Ship Races.

Est-ce que vous avez des documents qui montrent que le Shtandart sert les intérêts du Kremlin ? Vous dites dans l’article que vous pouvez les mettre à disposition, ça m’aiderait beaucoup !

Je vous remercie d’avance pour votre réponse. J’ai l’impression que vous êtes bien placé pour de me donner une réponse claire, nuancée, et sincère. Vu vos articles, il me semble que nous partageons notre aversion de Poutine et la sympathie pour le peuple ukrainien agressé.

Avec tout mon respect pour votre travail,

Fabio


Capture écran du courrier reçu

Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Que faut-il conclure de la participation de la frégate russe « Shtandart » à la Semaine du Golfe 2025 ?

À la suite de l’article du Parisien du 30 novembre 2025, nous publions notre courrier adressé au Président du Directoire de la Semaine du Golfe concernant le navire russe Shtandart.
Ce document, riche de 61 notes et liens, démontre que la responsabilité du contournement des sanctions européennes incombe au préfet de département, tandis que la préfecture maritime est entièrement mise hors de cause. Il peut également servir de référence bibliographique si le contrevenant persiste dans son intention d’accoster dans les ports bretons au premier semestre 2026.

No Shtandart in Europe
C/O Association Franco-Ukrainienne Tryzub

À l’attention de :
M. Thierry Verneuil
Président du directoire de la Semaine du Golfe
10 Rue Henri Becquerel
56000 Vannes

Copies :
Commission européenne
– Ceclant Premar Atlantique

Préfet de la région Bretagne
– Préfet du Morbihan
– Presse :Ouest-France, Le Parisien, Le Télégramme, TF1

Objet : Que faut-il conclure de la participation de la frégate russe « Shtandart » à la Semaine du Golfe 2025 ?

Le 13 décembre 2025

Monsieur le Président,

La participation de la frégate russe Shtandart à la Semaine du Golfe, du 26 mai au 1er juin 2025, constitue une anomalie au sein de l’Union européenne. Vos récentes déclarations dans Le Parisien du 30 novembre 20251, selon lesquelles « les mesures contre ce bateau sont disproportionnées » et qu’il ne contribue pas à « l’effort de guerre russe », appellent une clarification indispensable. Il convient de rappeler les obligations légales et les faits incontestables :

  • Le Shtandart est visé par les sanctions européennes depuis le 16 avril 2022 (Règlement 833/2014 et décision du Conseil de l’UE).
  • Sa participation à l’événement s’inscrivait en contradiction avec les sanctions européennes applicables.
  • Son exploitation sert les objectifs stratégiques et informationnels de la Fédération de Russie, comme l’attestent les documents officiels et analyses spécialisées.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), la plus haute juridiction de l’Union, a confirmé le 22 août 20252, l’applicabilité des sanctions aux répliques de navires historiques, y compris le Shtandart. Elle a, ainsi, rappelé l’obligation pour les organisateurs d’événements nautiques de s’y conformer strictement.

Dans les pages qui suivent, il ne s’agit pas d’opinions. Nous présentons une analyse structurée et documentée, fondée exclusivement sur des sources primaires, des textes réglementaires et des décisions judiciaires. Chaque section met en évidence les implications légales, administratives et géopolitiques de la présence du navire russe à la Semaine du Golfe 2025. Toute éventuelle erreur factuelle peut bien entendu être corrigée sur présentation de sources primaires.

  1. Le Shtandart dans le champ des sanctions européennes depuis le 16 avril 2022 – rappel des textes, des décisions et de leur portée.
  2. Un conseil juridique en conflit d’intérêt ? – examen des conseils reçus et de leur conformité aux obligations légales.
  3. Port ou mouillage ? Préfet de département ou préfet maritime ? – clarification des responsabilités administratives.
  4. La Semaine du Golfe et la promotion de l’impérialisme russe – analyse du rôle symbolique et informationnel du navire.
  5. Les risques inhérents à une collaboration avec les intérêts russes – conséquences légales, diplomatiques et réputationnelles.
  6. La Semaine du Golfe et la « Kaliningrad atlantique » – mise en perspective géopolitique.
  7. Une victoire russe contre les sanctions, les institutions européennes et la signature de la France – évaluation des implications juridiques.
  8. Une défaite pour le patrimoine maritime et pour la Bretagne – conséquences sur le plan culturel et patrimonial
  9. Notes par ordre d’apparition
  10. Bibliographie thématique des sources citées.

Ce courrier est disponible au format PDF.


1. Le Shtandart dans le champ des sanctions européennes depuis le 16 avril 2022

À l’aune de la décision de la CJUE du 22 août 2025, il convient d’examiner avec précision le cadre juridique qui s’impose à tous les États membres depuis avril 2022. 

Le Shtandart, MMSI 5189992553, entre dans le champ du cinquième volet des mesures restrictives pris, le 8 avril 2022, en sanction du massacre de Boutcha4

Josep Borrell, haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, 8 avril 2022 :
« Ces dernières sanctions ont été adoptées à la suite des atrocités commises par les forces armées russes à Boutcha et dans d’autres lieux sous occupation russe. L’objectif de nos sanctions est de mettre un terme au comportement irresponsable, inhumain et agressif des troupes russes et de montrer clairement aux décideurs du Kremlin que leur agression illégale a un coût élevé. »

Frégate russe Shtandart, les atrocités commises par les forces armées russes à Boutcha
Boutcha

Il ne s’agit pas de prévenir une éventuelle « contribution à l’effort de guerre russe ». Il est question de sanctionner la Russie pour des crimes reconnus internationalement5. Ceci est formalisé dans l’article 3 sexies bis du règlement UE nº 833/2014 entré en application le 16 avril 20226.

1. Il est interdit de donner accès après le 16 avril 2022 aux ports situés sur le territoire de l’Union à tout navire immatriculé sous pavillon russe.
2. Le paragraphe 1 s’applique aux navires qui ont changé leur pavillon russe ou leur numéro d’immatriculation russe pour le pavillon ou le numéro d’immatriculation de tout autre État après le 24 février 2022.
3. Aux fins du présent article, on entend par « navire » :
a) un navire relevant du champ d’application des conventions internationales pertinentes… 


Le texte sur lequel vous vous appuyez — volontairement ou non — est l’article 4 quinvicies de la déclaration PESC nº 2024/1744 du Conseil européen daté du 24 juin 20247. Cette décision est postérieure de plus de deux ans à l’adoption du dispositif visant la frégate russe.

1. En ce qui concerne tout navire inscrit sur la liste figurant à l’annexe XVI, il est interdit, directement ou indirectement :
a) de donner accès aux ports, aux zones d’ancrage et aux écluses…
2. L’annexe XVI comprend les navires qui :
a) transportent des biens et technologies utilisés dans le secteur de la défense et de la sécurité, depuis ou vers la Russie, aux fins d’une utilisation dans ce pays ou pour la guerre menée par la Russie en Ukraine… 

L’article 4 quinvicies présente des mesures restrictives sectorielles. Elles ne concernent pas le Shtandart, comme le montre la liste de 27 navires figurant à l’annexe XVI.


Dans la même décision, le voilier concerné est visé par l’article 4 nonies bis.   

b) le paragraphe 3, point a) [article 3 sexies bis, règlement UE n⁰ 833/2014], est remplacé par le texte suivant :
«a) un navire relevant du champ d’application des conventions internationales pertinentes, y compris les répliques de navires historiques; »

Cet amendement visait uniquement à recadrer certains fonctionnaires français qui s’étaient livrés à une réécriture inexacte du règlement de l’UE. Nous avions alerté la Commission européenne, à plusieurs reprises, sur ces formulations trompeuses. Selon nos preuves écrites, il s’agit notamment de la DGAMPA, de la DNRED et du SGMer8. De cette manière, l’affaire Shtandart a pris racine au cœur même de l’appareil d’État français, engendrant une situation que la France ne parvient pas à résoudre. Les autres pays occidentaux ont su appliquer strictement le droit et éviter de telles dérives. 

L’article 4 nonies bis n’est pas un ajout. Il ne crée pas de nouveau régime. Il précise que les répliques historiques comme le Shtandart restent soumises aux sanctions depuis le 16 avril 2022. Ceci est confirmé par la liste de l’European Maritime Safety Agency (EMSA) de plus de 4 000 navires mentionnée par Le Télégramme, le 25 novembre 20259. On y retrouve le trois-mâts banni, alors que ce fichier a été communiqué aux autorités portuaires par la DGAMPA.


La distinction entre le 4 quinvicies et le 4 nonies bis est fondamentale. Ils ont des objectifs et des champs d’application différents. Le mélange des deux, voire la substitution de l’un à l’autre, ne trompent pas la justice. En revanche, ils égarent les organisateurs des événements maritimes ainsi que les médias. Ils offrent un paravent aux soutiens du navire russe dans l’administration. Ils créent, dans le public, des fractures qui n’ont pas lieu d’être. Nous pensons que cette confusion n’est, peut-être, pas seulement le fruit d’une incompétence. Il pourrait s’agir probablement d’une stratégie délibérée.

Frégate russe Shtandart : distinction entre l'article 4 quinvicies et l'article 4 nonies bis
Distinction entre l’article 4 quinvicies et l’article 4 nonies bis

Il peut être utile de préciser que les embarcations mentionnées au point b) et plus particulièrement au point c) du paragraphe 3 de l’article 3 sexies bis du règlement (UE) n° 833/2014, ne sont, par nature, pas susceptibles de « contribuer à l’effort de guerre russe ». Cette considération est toutefois sans incidence sur leur inclusion dans le champ d’application des mesures portuaires arrêtées le 8 avril 2022.

3. Aux fins du présent article, on entend par « navire »:
a) voir ci-dessus
b) un yacht d’une longueur égale ou supérieure à 15 mètres, ne transportant pas de marchandises et ne transportant pas plus de douze passagers; ou
c) un bateau de plaisance ou un véhicule nautique à moteur au sens de la directive 2013/53/UE du Parlement européen et du Conseil10.

À cet égard, il convient de rappeler que la directive 2013/53/UE définit les bateaux de plaisance – sous sanctions – comme les unités dont la longueur de coque est comprise entre 2,5 mètres et 24 mètres, ainsi que les véhicules nautiques à moteur. Ne sont ainsi exclues de cette définition que des embarcations dépourvues de capacité maritime significative, telles que les barques à rames, canoës, kayaks, gondoles, pédalos, planches de surf et, le cas échéant, certains engins de type jet-ski. Le voilier mixte russe, avec ses moteurs dégageant une puissance combinée de 1 120 chevaux, ne rentre objectivement pas dans le domaine des embarcations dépourvues de capacité maritime significative.


En synthèse, le Shtandart est bien proscrit dans les ports européens en sanction du massacre de Boutcha. Ce n’est pas à l’équipage du navire russe, à ses avocats ou à ses lobbyistes de dicter l’esprit et le texte des mesures restrictives prises contre la Fédération de Russie. Que ce règlement s’adresse à l’opinion, aux événements maritimes ou aux autorités françaises, il reste de la seule responsabilité des 27 États membres du Conseil européen.


2. Un conseil juridique en conflit d’intérêt ?

Ce rappel du cadre juridique permet d’aborder un second élément tout aussi déterminant. Il s’agit de la manière dont certains acteurs ont entretenu une confusion juridique autour du Shtandart

Votre réponse reprend des amalgames et des anachronismes. Ces éléments sont diffusés par les réseaux pro-russes et par le principal avocat du Shtandart, connu pour ses échecs à répétition. Les allégations de ce dernier sont à prendre avec la plus grande prudence. En effet, on observe que ce prestataire travaille à la fois pour les festivals maritimes et pour le navire russe contournant les sanctions. Cette configuration réunit plusieurs critères habituellement associés à un conflit d’intérêt. Pour limiter les risques, il serait pertinent de s’appuyer sur un juriste véritablement indépendant.

Le Télégramme, le 25 novembre 2025 :
« Avocat du Shtandart, Maître *** précise qu’un pourvoi a été formé contre l’ordonnance du tribunal de l’Union européenne — selon nos informations, elle ne devrait pas se tenir avant la deuxième moitié de l’année 202611… et qu’une procédure au fond en nullité est toujours pendante devant le tribunal administratif de Rennes. »

Les recours invoqués ne sont pas suspensifs et n’ont pas force exécutoire. Ils ne remplacent donc ni la loi, ni les décisions judiciaires. Ils ont peu de chances d’aboutir. Le mémoire en réplique au tribunal de Rennes illustre le désordre et la faiblesse de leurs arguments12

En conséquence de leurs démarches contentieuses, les conseils du navire ont déjà été déboutés, pour ce même discours, par : 

  • le Conseil européen comme mentionné ci-dessus – déclaration PESC nº 2024/1744, 
  • l’ordonnance nº 2403878 du tribunal administratif de Rennes, le 11 juillet 202413,
  • l’arrêté nº 496439 du Conseil d’État, le 18 novembre 202414
  • l’ordonnance ECLI:EU:T:2025:807, affaire T-446/24, de la Cour de justice européenne (CJUE), le 22 août 202515.

Cour de justice européenne, le 22 août 2025 :
«  53. À la lumière de ce qui précède, même si la modification de l’article 3 sexies bis, paragraphe 3, sous a), du règlement n° 833/2014, apportée par le règlement attaqué devait être annulée, cette annulation ne procurerait aucun bénéfice aux requérants, étant donné que le navire historique [confidentiel] resterait, en tout état de cause, couvert par l’interdiction d’accès aux ports et aux écluses de l’Union prévue à l’article 3 sexies bis, paragraphe 1, du règlement no 833/2014…
54. Partant, le chef de conclusions visant l’annulation du règlement attaqué doit être rejeté comme étant irrecevable… »

Il faut revenir sur les motifs de la décision de la CJUE. Le citoyen russe Vladimir Martus, sa fille Mariia Martus et la société Martus TV GmbH, contrôlée à 100% par M. Martus et son épouse Mme Irina Ermakova16, attaquaient les 27 États membres du Conseil européen devant la Cour de justice européenne. Ils demandaient l’annulation d’une partie de la décision de politique extérieure de sécurité commune (PESC) du 24 juin 2024. Ce genre d’action ne relève plus du soft power. Dans la presse russe, elle apparaît sous la rubrique « guerre des sanctions ».

Ce coûteux entêtement judiciaire défie la rationalité. Il pourrait s’expliquer par la personnalité de M. Vladimir Martus ou par l’intérêt de ses prestataires juridiques. Mais la cohérence de cette stratégie interroge. Il n’est pas possible d’exclure des motivations s’écartant de la stricte logique juridique, voire une potentielle ingérence extérieure. Il sera éventuellement possible de s’en faire une idée grâce aux développements suivants.


Je vous ai fait, Monsieur le Président, une proposition de rencontre le 2 mai 202517. Il est regrettable qu’elle n’ait pu avoir lieu. Appuyé par des sources primaires incontestables, j’aurais pu vous éclairer sur la réglementation européenne. J’aurais aussi pu présenter les liens du capitaine et propriétaire de facto du Shtandart avec le régime russe. 

Il est vraisemblable que notre rencontre aurait pu permettre à vos fêtes maritimes d’éviter 

  • de subir des pertes financières significatives liées à l’annulation d’embarquement de la part d’entreprises alertées sur la vraie nature de Vladimir Martus ; 
  • d’être partie prenante d’une prestation irrégulière ; 
  • de soutenir, même indirectement, la culture impérialiste russe comme nous allons le comprendre plus tard.

Le Shtandart est interdit dans les ports de l’Union européenne. Le préfet du Morbihan, qui n’a pas non plus donné suite aux propositions de rencontre18 19, avait le devoir de prendre un arrêté d’interdiction comme il en a le mandat exprès20. C’est ce qu’ont fait les préfets du Finistère, des Côtes d’Armor, d’Ille-et-Vilaine et de la Manche. Au lieu de cela, il a été dit que le navire russe était dans le chenal entre Port Blanc (Baden) et l’île aux Moines et non dans un port21. Cette affirmation sera analysée dans la section suivante. 

Auparavant, on signale que notre collectif a reçu deux réponses du ministère britannique des transports en charge de l’application des sanctions pour le Royaume-Uni22. Nous avons été destinataires de plusieurs réponses de la Commission européenne. Ceci est à mettre en rapport avec les nombreux courriers adressés au préfet du Morbihan, qui sont, tous, restés lettre morte. Nous l’avions, par ailleurs, mis en copie d’une nouvelle alerte envoyée à la Commission européenne23. En France, ce silence dure depuis trois ans et demi. Nous avons compris qu’il s’agit d’un comportement classique de la part de représentants de l’État engagés dans le contournement du règlement européen en faveur du contrevenant de Saint-Pétersbourg.


3. Port ou mouillage ? Préfet de département ou préfet maritime ?

Sur le terrain, cette confusion théorique s’est traduite par une application inexacte des règles et de la compétence administrative. Toutefois, que le Shtandart soit considéré comme au port ou au mouillage, il était en infraction. 

Le chenal entre Baden et l’île aux Moines est étroit et profond. Il est soumis à un fort courant. C’est pourquoi le voilier de M. Vladimir Martus aurait représenté un danger pour la navigation, particulièrement de nuit. Il est impossible qu’il ait pu y stationner. L’ancrage y est d’ailleurs interdit, comme le montre la carte ci-jointe. En réalité, le navire russe était amarré sur un coffre, prévu à son attention. Cet équipement se trouvait dans le périmètre du port du Lério (Île-aux-Moines), en haut, à droite de la carte.

Frégate russe Shtandart : Chenal Baden - Île aux Moines, Port Blanc et port du Lério
Chenal Baden – Île aux Moines, Port Blanc et port du Lério
la frégate russe Shtandart sur coffre dans l'anse du Lério
Le Shtandart sur coffre dans l’anse du Lério

Les zones de mouillage d’attente et les chenaux d’accès sont classés, comme faisant partie des espaces portuaires. Ils sont donc sous la responsabilité du préfet de département en ce qui concerne l’application des sanctions de l’UE.

Chapitre XI-2 de la Convention SOLAS (Safety of Life at Sea) / ISPS (International Ship and Port Facility Security)24:
« 9. Installation portuaire désigne un emplacement, tel que déterminé par le Gouvernement contractant ou par l’autorité désignée, où a lieu l’interface navire/port. Elle comprend les zones telles que les zones de mouillage, les postes d’attente et leurs abords à partir de la mer, selon le cas…  »

Le texte européen transposant/complétant l’ISPS25 reprend cette acception. Le Code des ports maritimes26 français fait de même.

Pour aller plus loin dans l’analyse, admettons que cette objection ne soit pas retenue, pour l’instant. On dira simplement que le navire russe était la nuit « au mouillage » et qu’il le quittait en journée pour faire naviguer les invités de ses entreprises clientes.

Alors, le Shtandart était en contradiction avec les instructions que Ceclant Premar Atlantique lui a communiquées le 16 août 202427. Celles-ci prévoient que : 

  • les demandes de mouillage sont faites avec un préavis minimum de 24 heures ; 
  • elles sont espacées de trois jours ;
  • la liste nominative des personnes rejoignant le bord est communiquée à l’avance. 

M. Vladimir Martus a rendu compte de ces consignes sur la page Facebook de Shandart Project. « Restrictions for port entry from Maritime administration is still in force ». Il les a tournées en dérision. « Sometimes it become even more ridiculous, see copies of their mails below28. » 


Il en résulte que, indépendamment de l’angle sous lequel on envisage sa participation à la Semaine du Golfe, le trois-mâts russe était bien dans l’irrégularité. Toutefois, au vu de ce qui précède, c’est la responsabilité de l’autorité départementale du Morbihan qui doit être mise en cause et non pas celle du préfet maritime.


4. La Semaine du Golfe et la promotion de l’impérialisme russe

Mais les implications de cette venue ne se limitent pas aux aspects réglementaires. Elles relèvent également d’un contexte politique et symbolique majeur. Cette dimension est celle qui présente le plus de difficultés de compréhension pour nos compatriotes français. Il faut néanmoins essayer de s’y plonger si l’on veut tenter de comprendre pourquoi la présence du trois-mâts de Saint-Pétersbourg, dans le Morbihan, suscite autant de réactions en France et à l’étranger. Dans cette sphère, son impact dépasse largement celui de la non-conformité juridique de sa prestation.

L’organisation de l’événement et les médias, en guise d’introduction du navire contrevenant, ne manquent pas de citer M. Vladimir Martus. Celui-ci présente systématiquement son yacht privé comme la réplique de la première frégate de Pierre le Grand. Cela surprend, notamment parce qu’il annonce être pour moitié ukrainien. II va parfois jusqu’à attester indûment avoir la double nationalité16. 

Or le souverain russificateur et sa disciple Catherine II29 suscitent une répulsion historique auprès du peuple ukrainien. D’autant que le même tsar est utilisé par Vladimir Poutine dans le but de “justifier” ses crimes de guerre et ses crimes contre l’humanité en Ukraine30. Enfin, ceci témoigne d’une certaine désinvolture à l’égard de ceux à qui M. Martus affirme avoir rompu tous les liens avec la Russie. 

D’après l’enquête du quotidien Ouest-France, publiée le 23 mai 2025, le Shtandart serait un véhicule de la « guerre hybride russe »31. Il se situe très au-delà du soft power comme je l’ai démontré de façon circonstanciée dans le texte paru sur le Diploweb, le 25 novembre 202532.

Le pavillon impérial russe a flotté sur le golfe du Morbihan, en tête du grand mât du Shtandart, pendant tout l’événement. Pour beaucoup de personnes affectées par les drames en Europe de l’Est, cette image fut un choc.

Le pavillon impérial russe a flotté sur le golfe du Morbihan, en tête du grand mât du Shtandart, du 26 mai au 1er juin 2025.
Du 26 mai au 1er juin 2025, le pavillon impérial russe a flotté sur le golfe du Morbihan, en tête du grand mât du Shtandart.

Car la « Grande culture russe », pour reprendre une expression, qui reste à la mode en France, est bien la matrice d’un suprémacisme à l’origine de la guerre en Ukraine33.

Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature):
« Je me suis rendu compte que la guerre nous habitait. Que c’était notre culture. Les gens parlent de la grande culture de la Russie, mais l’élément principal de cette « grande culture russe », c’est la guerre. »34


5. Les risques inhérents à une collaboration avec les intérêts russes 

Les réactions publiques et médiatiques à la présence du Shtandart révèlent, elles aussi, l’existence d’une incompréhension profonde des risques associés.

France3-regions, 2 mai 202535 :
Le patron de la Semaine du Golfe, très en colère contre le collectif « No Shtandart in Europe » ne comprend pas [a] le « harcèlement [b] » et « l’acharnement [b] dont fait l’objet ce navire mythique de la part d’un collectif dont on ne sait réellement qui il représente [c] ».

a) « [Le patron de la Semaine du Golfe]ne comprend pas. » Le collectif a fourni toutes les explications nécessaires aux préfets du Morbihan et à laSemaine du Golfe dès janvier 2023 afin qu’ils comprennent les motifs de sa mobilisation.36 

b) « Harcèlement » et « acharnement ». Ici, nous avons un exemple de l’inversion victimaire promue, depuis plusieurs années, par M. Vladimir Martus et son principal avocat auprès :
– des autorités,
– de la justice,
– des événements maritimes,
– et des médias.

Il en existe des exemples récents.
– Il est possible de citer la lettre du capitaine du Shtandart envoyée à l’administration maritime française37.
– Elle a des répliques adressées à ses homologues du Royaume-Uni et de Norvège.
– C’est aussi le cœur du sujet d’un communiqué du navire daté de septembre 202538.

c) « Un collectif dont on ne sait pas vraiment qui il représente.  »
– Le collectif a manifesté à Vannes et à Port-Blanc en 2023. Les médias régionaux et nationaux l’ont interviewé et en ont rendu compte.
– M. Gérard d’Aboville, précédent président de la Semaine du Golfe, avait été destinataire d’une proposition de rencontre. Il n’en a pas accusé réception, mais a lancé, en mai 2023, une tentative de procédure-bâillon par l’intermédiaire du même avocat que le voilier russe39.
– L’actuel président a reçu une offre de réunion, le 2 mai 2025. Il n’y a pas répondu non plus, sauf par presse interposée comme on l’observe ici.

Première tentative de procédure-bâillon, d’Aboville/Semaine du Golfe, 2023

Mise en demeure reçue de Maître ***, avocat de la Semaine du Golfe et du Shtandart, 15 mai 2023
…Aussi, par la présente, ma cliente (la Semaine du Golfe) vous met en demeure de cesser, sans délai :
– toute utilisation de ses dénomination, marque et nom de domaine, et vous demande de modifier les titres, articles et liens hypertextes, et de supprimer tout hashtag et mots clés, contenant ses signes distinctifs ;
– toute diffamation ou même injure à l’encontre La Semaine du Golfe du Morbihan et/ou Monsieur Gérard d’Aboville et à supprimer l’intégralité de vos publications se rapportant à eux.
À défaut, j’ai d’ores et déjà reçu instructions de saisir les juridictions compétentes afin de vous y contraindre…

Un navire, désormais sous pavillon des Îles Cook, ne contribuant pas à l’effort de guerre ? 

France3-regions, 2 mai 2025 :
Et d’ajouter (le patron de la Semaine du Golfe) : « le bateau ne transporte pas d’hydrocarbures ou je ne sais quoi qui pourrait participer à l’effort de guerre russe [d]. De plus, il n’est plus sous pavillon russe [e] et même si son capitaine Vladimir Marcus (sic), dont la mère est Ukrainienne [f], est russe, l’équipage est multiculturel ».

d) On a vu précédemment que le cinquième volet des mesures restrictives visant, entre autres, le Shtandart, ne concerne pas « la participation à l’effort de guerre russe » mais sanctionne le massacre de Boutcha.

e) « Il (le Shtandart) n’est plus sous pavillon russe ». Le navireest passé sous pavillon de complaisance des Îles Cook le 6 juin 202440. C’est une des pratiques qu’il a en commun avec la flotte fantôme russe41. Néanmoins, selon le règlement (UE) nº 833/2014, présenté ci-dessus (§ 1), un changement de pavillon ne permet pas de sortir du champ des sanctions européennes. La presse et les organes de propagande de Russie, quant à eux, continuent à parler du « русский корабль » (bateau russe), du « российское судно » (navire russe), du « российский парусник » (voiler russe) ou de la « российский фрегат » (frégate russe).

f) « Vladimir Marcus (sic), dont la mère est Ukrainienne. » Selon l’acte de naissance de M. Vladimir Martus, sa mère, Mme Galina Arkadievna, était ethniquement russe42.

France3-regions, 2 mai 2025 :
Dans l’attente d’une potentielle décision prise par le préfet du Morbihan, Thierry Verneuil précise « on serait ravi de l’accueillir » et « de toute façon, si le Shtandart veut mouiller avec son ancre dans la baie de Kerdelan [g] entre Larmor-Baden et l’Île-aux-Moines, on ne pourra l’empêcher [h]  ». 

g) Le Shtandart n’a pas “mouillé avec son ancre dans la baie de Kerdelan ». Ainsi qu’il a été expliqué (§ 3), il était amarré sur un coffre, prévu à son attention, dans leport du Lério.

h) “on ne pourra l’empêcher. » Comme exposé ci-dessus (§ 3), les mouillages, hors zones portuaires, sont soumis à l’approbation préalable de Ceclant Premar Atlantique.


Jusqu’à récemment, M. le Président, vous avez été un cadre dirigeant du groupe Bic, lequel a mené et continue à mener un important volume d’affaires en Russie43

Mais, aujourd’hui, il y a un conflit en cours, qui est le plus meurtrier sur notre continent depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y a un pays agresseur et un peuple agressé. Il n’est pas possible d’espérer mener des affaires avec une partie et de faire croire à sa compassion pour l’autre partie.

L’auteur de ces lignes a eu de profonds liens avec la Russie. Certains de ses reportages ont été publiés par Russia Beyond, média d’État russe44. Il aurait pu, lui aussi, être considéré comme faisant preuve de complaisance pro-russe. Mais il a affiché son engagement aux côtés des Ukrainiens dès 2014.

Conseil municipal de Boutcha, 1er mai 202545 :
“Nous apprécions grandement vos efforts pour attirer l’attention sur l’inadmissibilité de la présence du voilier russe Shtandart au large des côtes françaises, en violation des sanctions de l’UE, ainsi que sur les activités de M. Bernard Grua et d’autres activistes qui défendent la justice et les valeurs européennes.”


6. La Semaine du Golfe et la « Kaliningrad atlantique »

Cette série de défaillances locales s’inscrit dans un environnement plus large. La France apparaît, malgré le discours de son chef de l’État, comme une zone d’exception au sein de l’Union européenne. 

Citons à nouveau le principal conseil, familier contre le collectif lanceur d’alerte de procédures judiciaires à répétition, dont la déontologie peut être questionnée.46 On lit dans Le Parisien du 30 novembre 2025 : « L’avocat du Shtandart, Me ***, précise que des recours sont en cours et que le bateau est toujours le bienvenu au port de la Rochelle. »

Les recours invoqués ont déjà été démystifiés (§ 2). Il faut s’intéresser à ce que l’avocat prétend de La Rochelle. Une telle affirmation contredit la position de l’ensemble des autres pays de l’Union européenne, de la Grande-Bretagne et de la Norvège. L’échec de la tournée estivale 2025 du Shtandart l’a démontré.

La « Kaliningrad atlantique », selon une expression qui fait florès aujourd’hui, est hors la loi française et européenne. Elle doit rester un repoussoir, jamais une référence. Ce qui s’y passe est le résultat d’une stratégie délibérée sur le long terme. Elle concerne de nombreux acteurs de la Charente-Maritime, mais aussi de l’extérieur du département. Néanmoins, les figures principales en sont le préfet et le maire, récemment démissionnaire. On rappelle que la complicité de contournement des sanctions européennes est passible de poursuites pénales.

  • Ces dispositions sont prévues dans la directive (UE) 2024/1226 du 24 avril 2024.47 Il est souligné, en l’espèce, qu’être un « agent public » est considéré comme « circonstances aggravantes ».
  • En France, le décret nº 2025-470 a été publié au journal officiel le 28 mai 2025.48 Il est principalement mis en œuvre par l’article 459 du Code des douanes et par l’article 574-3 du Code monétaire et financier (CMF). 

Les liens de La Rochelle avec les intérêts russes sont largement exposés dans un article que j’ai publié sur Desk-Russie de Mme Galia Ackerman.49


7. Une victoire russe contre les sanctions, les institutions européennes et la signature de la France 

À cette fragilité institutionnelle, s’ajoute le rôle de M. Vladimir Martus dans l’écosystème d’influence russe.

Pour mesurer le jeu trouble de votre invité pétersbourgeois, on peut se référer à la publication du journaliste danois, M. Martin Riber Jakobsen.50 Il faut y ajouter le compte-rendu d’un équipier du Shtandart, relatif au Portugal. Il y détaille le caractère structurellement illégal des opérations de ce navire.51

M. Vladimir Martus se présente, en Europe, comme un opposant au régime russe depuis 2009. Pourtant : 

  • Il a quitté la Russie suite à des infractions aux règles de sécurité du transport de passagers et non pas en raison d’un désaccord politique52.
  • Il a été le sujet d’un documentaire sur RT, en 201453.
  • Il s’est réjoui, en 2016, de l’embarquement de marins russes à bord du Khersones, grand voilier volé à l’Ukraine54
  • Il a mené, en octobre 2021, une mission diplomatique sous les auspices de Vladimir Poutine et avec le financement de l’administration présidentielle russe55 56

Ce personnage ambivalent reste fidèle à lui-même. Son équipée portugaise de septembre 2025 en est la démonstration. C’est bien ce que laissait prévoir ses nombreux contacts avec les organes de propagande russes.57 La virulence de sa défense par le Consulat général russe, en juillet 2025, lève toute ambiguïté.58 

M. Vladimir Martus est célébré comme un héros national de la lutte contre les sanctions et les institutions européennes. Il peut vous être reconnaissant, M. le Président. Vous avez organisé sa venue à la Semaine du Golfe 2025. Votre décision a eu pour effet involontaire de soutenir sa promotion de l’impérialisme russe et sa campagne contre les institutions européennes. 

Cela a offert au Shtandart une vitrine patrimoniale, alors que la Russie détruit en Ukraine des sites culturels, des infrastructures civiles, des foyers, des villes, une histoire et un peuple. Ce contraste souligne l’importance d’évaluer avec précision les effets d’une telle visibilité dans un contexte de guerre menée contre un pays européen.

Au 25 novembre 2025, l’agression russe avait entraîné la destruction ou l’endommagement de 1 630 sites du patrimoine culturel et de 2 437 infrastructures culturelles en Ukraine. Parmi ces sites affectés, 151 relèvent du patrimoine national, 1 326 du patrimoine local et 153 sont nouvellement identifiés comme biens patrimoniaux. Au total, 36 sites ont été entièrement détruits59. Ces données n’incluent pas l’ensemble des dommages survenus dans les territoires occupés.

De plus, la manifestation a été, pour le capitaine et propriétaire de facto du yacht privé russe, l’occasion d’une tribune médiatique exceptionnelle. Elle lui a permis de se présenter, ainsi que son navire, comme une victime. Cette mise en scène occulte la réalité : ce sont les populations ukrainiennes qui subissent les bombardements de ses compatriotes, avec leur cortège de morts, de blessés et de familles brisées.

Par la suite, M. Vladimir Martus pensait probablement pouvoir bénéficier de son réseau d’influence. Il jouissait aussi du lobbying de la Directrice générale adjointe – et Directrice commerciale – de Sail Training International60. Mais les autorités maritimes du Royaume-Uni, de Norvège et du Danemark, averties par nos soins, lui ont fermé la porte des Tall Ships Races, en juillet dernier61. Elles ont simplement appliqué la législation en vigueur.

La Semaine du Golfe du Morbihan est le seul événement auquel le Shtandart a participé au cours de l’année 2025. Cette exception dérange et pose des questions.

Au-delà du narratif qui entoure un « navire mythique », M. le Président, il convient de s’attacher aux faits, à la loi et aux actions du régime représenté par le Shtandart. Nous sommes aujourd’hui dans un contexte d’affrontements internationaux déclenchés par la Russie. En raison des éléments connus sur le capitaine, les mesures contre le navire ne sont pas “disproportionnées”. Elles sont conformes au droit européen et à la décision de la CJUE du 22 août 2025, qui a validé l’ensemble des positions relatives à l’interdiction du Shtandart. Elles s’appuient sur une jurisprudence solide et relèvent d’un principe de précaution lucide.


8. Une défaite pour le patrimoine maritime et pour la Bretagne 

Ces éléments cumulés conduisent à une conclusion qui dépasse largement le seul cas d’un voilier historique.

La justification avancée pour autoriser la participation du Shtandart à la Semaine du Golfe 2025 n’est recevable ni juridiquement, ni moralement, ni historiquement.

Les faits sont établis :

  • le navire entrait clairement dans le champ des sanctions ;
  • sa présence constituait une violation manifeste de l’esprit et de la lettre du règlement européen ;
  • son exploitation sert aujourd’hui un appareil d’influence hostile aux valeurs européennes.

Autoriser un tel navire dans un événement emblématique, et majeur, de la Bretagne affaiblit la crédibilité de la France dans l’application du droit de l’Union. Ce geste offre une victoire symbolique à un régime engagé dans une guerre d’agression, située à moins de 1 200 km de Strasbourg. 

Trois départements bretons sur quatre ont pris des arrêtés d’interdiction conformément au règlement européen. Le Morbihan s’en est abstenu. Il a accueilli le contrevenant russe lors de la Semaine du Golfe. Cette décision l’iso­le du consensus régional fondé sur le respect du règlement européen. Cette exception reste incompréhensible, sauf à considérer que la loi ne s’applique pas de façon uniforme selon les préfets, nommés par le président d’une République « une et indivisible ». En laissant entrer ce voilier, le représentant vannetais du pouvoir exécutif a permis au Shtandart d’enfoncer un coin dans l’État de droit, ce dont Moscou peut se réjouir.

Un second constat s’impose. La France est aujourd’hui le pays le plus accommodant envers la frégate russe. Pourtant, contrairement à ceux qui appliquent strictement le règlement européen, elle est la seule à faire l’objet de poursuites judiciaires engagées par l’envoyé de Saint-Pétersbourg. Ce paradoxe souligne la fragilité de la position de la France et la solitude dans laquelle ce choix la place au sein des États membres.

Il en va de la crédibilité des institutions, du respect du droit de l’Union et de la dignité du patrimoine maritime breton.

Cette erreur, pour les organisateurs, laissera des conséquences durables et regrettables, y compris sur la réputation de l’événement. Cette faute pour les autorités départementales restera un blâme permanent. Elle les expose à des interrogations légitimes, y compris d’ordre administratif et juridique. De telles décisions ont imprimé leur marque, tant auprès des défenseurs du patrimoine maritime que des citoyens attachés à l’intégrité des institutions européennes et au sort du peuple ukrainien.

Je vous prie de bien vouloir agréer, M. le Président, l’expression de mes salutations distinguées.

Bernard Grua
Nantes, Bretagne, France 

  • Fondateur et porte-parole du collectif pan-européen No Shtandart in Europe, depuis juin 2022
  • Bénévole à l‘Association Franco-Ukrainienne Tryzub de Nantes, depuis février 2022
  • Cofondateur et porte-parole du mouvement international No Mistrals for Putin (2014-2015)
  • Témoin de la Révolution de la Dignité ukrainienne (2013-2014)
  • Contributeur à Desk-Russie, Diploweb, InformNapalm, l‘Express, Pamir Times, Russia Beyond, Ukrinform
  • Ancien officier de marine

Notes par ordre d’apparition

  1. Le Parisien – L’étrange croisière pirate en Bretagne du Shtandart, la frégate « russe » bannie en Europe, 30 novembre 2025 ↩︎
  2. Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) – ECLI:EU:T:2025:807, Affaire T-446/24, Martus TV GmbH, Mariia Martus et Vladimir Martus contre le Conseil de l’Union européenne, 22 août 2025 ↩︎
  3. Vesselfinder – TS SHTANDART, MMSI 518999255 ↩︎
  4. Consilium Europa – L’UE adopte une cinquième série de sanctions contre la Russie en raison de son agression militaire contre l’Ukraine, 8 avril 2022 ↩︎
  5. Wikipédia – Massacre de Boutcha ↩︎
  6. EUR-Lex – Règlement (UE) no 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine, MAJ 13 avril 2022 ↩︎
  7. EUR-Lex – Décision (PESC) 2024/1744 du Conseil modifiant la décision 2014/512/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine, 24 juin 2024 ↩︎
  8. No Shtandart in Europe – Les autorités françaises et les passe-droits du navire russe “Shtandart”, 15 mai 2025. ↩︎
  9. Le Télégramme – Une agence de voyages russe organise une croisière autour de la Bretagne à bord du Shtandart… interdit d’accès aux ports européens, 25 novembre 2025 ↩︎
  10. Parlement européen et Conseil – Directive 2013/53/UE relative aux bateaux de plaisance et aux véhicules nautiques à moteur, 20 novembre 2013 ↩︎
  11. Curia – Affaire AC-685/25 P EV e.a. contre Le Conseil européen ↩︎
  12. Shtandart – TA de Rennes Mémoire en Réplique annoté, 4 octobre 2024 ↩︎
  13. Tribunal administratif de Rennes – Ordonnance nº2403878 du Tribunal administratif de Rennes, 11 juillet 2024 ↩︎
  14. Conseil d’Etat – Arrêt nº 496439 rejetant le pourvoi du Shtandart, 18 novembre 2024 ↩︎
  15. Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) – ECLI:EU:T:2025:807, Affaire T-446/24, Martus TV GmbH, Mariia Martus et Vladimir Martus contre le Conseil de l’Union européenne, 22 août 2025 ↩︎
  16. Vladimir Martus – Declaration of the managing owner of “TS Shtandart, 6 juin 2024 ↩︎
  17. No Shtandart in Europe – Proposition de dialogue du collectif à l’attention de M. Thierry Verneuil, 2 mai 2025 ↩︎
  18. No Shtandart in Europe – Demande d’entretien avec M. le Préfet du Morbihan – affaire du navire russe « Shtandart », 12 mai 2025 ↩︎
  19. No Shtandart in Europe – Deuxième proposition d’entretien avec M. le Préfet du Morbihan – affaire du navire russe « Shtandart », 28 mai 2025 ↩︎
  20. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – Liste des autorités compétentes, conjointement ou individuellement, pour la mise en œuvre des mesures restrictives de l’Union européenne ↩︎
  21. Ouest-France – Semaine du Golfe. Le sulfureux navire russe Shtandart mouille entre Baden et l’Île-aux-Moines, 25 mai 2025 ↩︎
  22. UK Department for Transport
    Second answer to No Shtandart in Europe, 15 August 2025
    First answer to No Shtandart in Europe, 18 July 2025 ↩︎
  23. No Shtandart in Europe – Alerte sanctions – Le navire russe « Shtandart » et l’organisation de la « Semaine du Golfe » 2025 prévoient un nouveau contournement du règlement UE, 23 mai 2025 ↩︎
  24. Surtymar – Chapitre XI-2 de la Convention SOLAS / ISPS (Safety of Life at Sea) / ISPS (International Ship and Port Facility Security) ↩︎
  25. EUR-Lex – Regulation (EC) No 725/2004 of the European Parliament and of the Council on enhancing ship and port facility security §11, 31 mars 2004 ↩︎
  26. Légifrance – Code des ports maritimes ↩︎
  27. Ceclant Premar Atlantique – Précisions sur les conditions de mouillage du Shandart, 16 août 2024 ↩︎
  28. Shtandart Project – News from SHTANDART, 18 août 2024 ↩︎
  29. Wikipédia – Russification de l’Ukraine ↩︎
  30. France24 – Vladimir Poutine se revendique de Pierre le Grand pour bâtir un Empire, 17 juin 2022 ↩︎
  31. Ouest-France – ENQUÊTE. Le navire russe « Shtandart » mène la guerre de Poutine jusque dans le golfe du Morbihan, 23 mai 2025 ↩︎
  32. Diploweb, Bernard Grua – Russie. Du soft power à la guerre hybride. Etude de cas d’une influence russe en Europe : le Shtandart, 25 novembre 2025 ↩︎
  33. Blog, Bernard Grua – La « grande culture russe », matrice d’un suprémacisme à l’origine de la guerre en Ukraine, 26 octobre 2025 ↩︎
  34. Svetlana Alexievitch : Nous sommes confrontés au fascisme russe, Voxeurop, 2023 ↩︎
  35. France3 – « On serait ravi de l’accueillir ». Le bateau russe Shtandart pourra-t-il participer à la Semaine du Golfe, 2 mai 2025 ↩︎
  36. No Shtandart in Europe – Archives de la catégorie : Semaine du Golfe du Morbihan ↩︎
  37. Shtandart – L’affaire du voilier Shtandart : défendre le patrimoine maritime contre les mauvaises interprétations et le harcèlement, 20 septembre 2025 ↩︎
  38. Vladimir MARTUS, Président de Martus TV GmbH – Lettre ouverte à l’Administration maritime française, 15 mai 2025 ↩︎
  39. *** Avocats – Mise en demeure pour le compte de Gérard d’Aboville et de la Semaine du Golfe du Morbihan, 15 mai 2023 ↩︎
  40. Iles Cook – Certificat provisoire de pavillon de complaisance du navire russe “Shtandart”, 6 juin 2024 ↩︎
  41. Blog, Bernard Grua – Pourquoi le navire sous sanctions “Shtandart » fait-il partie de la flotte fantôme russe ? 25 juillet 2025 ↩︎
  42. Etat civil de Léningrad – Acte de naissance de Vladimir Martus, 20 juin 1966 ↩︎
  43. X/Twitter – Carrière de M. Thierry Verneuil dans le groupe Bic, fil de @benoitmgh, 1er juin 2025 ↩︎
  44. Russia Beyond, Bernard Grua
    Méconnue mais fascinante: la Sibérie au gré des sept clichés les plus prisés d’un voyageur nantais, 8 novembre 2020
    Vallée sibérienne de la Tounka: fascinante héritière des Mongols et observatrice des corps célestes, 3 avril 2019
    Botogol: la mine perdue d’un Français dans les monts Saïan sibériens, 9 septembre 2018 ↩︎
  45. Conseil municipal de Boutcha – Remerciement aux activistes pro-Ukraine de Bretagne ( Бучанська міська рада з «Ні Штандарту у Європі »), 1 mai 2025 ↩︎
  46. No Shtandart in Europe – « Shtandart » : la stratégie de harcèlement judiciaire orchestrée par Me *** et le Russe Vladimir Martus contre Bernard Grua, 5 août 2025 ↩︎
  47. Journal officiel de l’Union européenne – Directive (UE) 2024/1226 Du Parlement européen et Du Conseil, 24 Avril 2024 ↩︎
  48. Légifrance – Décret n° 2025-470 relatif à la coordination et à la coopération entre les autorités chargées d’appliquer les mesures restrictives de l’Union européenne et les autorités répressives, 28 mai 2025 ↩︎
  49. Desk-Russie, Bernard Grua – Quand le navire russe Shtandart et La Rochelle défient les sanctions européennes, 28 septembre 2025 ↩︎
  50. tvSyd – Formodet russisk spionskib lå flere dage i dansk havn: Kaptajn Vladimir hemmeligholdt besøget (Un navire présumé espion russe a séjourné plusieurs jours dans un port danois : le capitaine Vladimir a gardé cette visite secrète), 7 août 2025. ↩︎
  51. VK – “Shtandart” : Une histoire dramatique d’un jeu d’échecs de pirates, ou le second officier Tim contre l’OTAN, 1 octobre 2025 ↩︎
  52.  Komsomolskaïa Pravda – «Штандарт» поступает нестандартно (Le « Shtandart » sort des sentiers battus), 4 novembre 2009 ↩︎
  53. RT doc – Восемнадцать человек на сундук мертвеца (Dix-huit personnes pour le coffre d’un mort), 2014 ↩︎
  54. Vladimir Martus sur VK “Génial ! Les nôtres (marins russes) sont plus nombreux maintenant”, 4 décembre 2016 ↩︎
  55. Russian Geographical Society – The butterfly effect: why the appearance of the Russian sailing frigate excited greece, 1 novembre 2021 ↩︎
  56. Afinskiy Kur’yer (Le courrier d’Athènes), Andrey Maslov (Ambassadeur de la Fédération de Russie à Athènes) – Le terrain n’est pas propice à la propagande anti-russe en Grèce, 18 février 2022 ↩︎
  57. Dossier – Le Shtandart et les médias russes, 2024/2025 ↩︎
  58. TASS – Russia’s Consulate General slams banning frigate Shtandart from entering Scottish harbor, 18 juillet 2025 ↩︎
  59. Ministry of Culture of Ukraine – 1,630 cultural heritage sites and 2,437 cultural infrastructure facilities in Ukraine have been damaged due to russia’s aggression, 4 décembre 2025. ↩︎
  60. Sail Training International – The Tall Ships Races 2025 Request from Shtandart, 25 mars 2025 ↩︎
  61. Sail Training International – Statement regarding Shtandart’s [non] participation in the tall ships races 2025, 15 juillet 2025 ↩︎

Bibliographie thématique des sources citées

La numérotation des sources, au sein des différents thèmes, correspond à l’ordre d’apparition dans le document ci-dessus.

I. Cadre juridique et réglementaire

II. Jurisprudence et décisions judiciaires (France & Union européenne)

III. Presse & enquêtes

IV. Sources russes – Médias d’État, propagande, communication Martus

V. Analyses, études et articles de Bernard Grua

VI. Contexte géopolitique – Russie, Ukraine, idéologie, crimes de guerre

VII. Collectif No Shtandart in Europe – Documents internes, échanges et contexte local

Transmission to Portuguese authorities of an internal document from Russian frigate « Shtandart » proving the structurally illegal nature of its activities

We got the first comprehensive internal description of the structurally illegal operation of the frigate Shtandart. The document in question concerns Portugal. We believe that the maritime authorities, police forces and intelligence services of that country should be informed, especially since the Russian offender is expected to sail in their waters again in spring 2026.

For the attention of:

  • Portuguese Maritime Authorities
  • Embassy of Ukraine in Portugal
  • Ukrainian Associations in Portugal

Subject: Transmission of an internal document regarding operational practices of the Russian frigate Shtandart

4 December 2025

Dear Sir or Madam,

I hereby wish to transmit to the Portuguese authorities an internal document originating from a crew member of the Russian frigate Shtandart, identified under MMSI code 518999255. This text can be accessed through the following link: “Shtandart” : Dramatic story about pirate chess, or First Mate Tim versus NATO. It may also be consulted in the attached PDF file. I believe that the content of this document may be relevant for any administrative, maritime, or security assessment, as it describes internal practices that could constitute infringements or irregularities during the vessel’s operations.

The transmitted text is clearly divided into three sections:

  1. The crew member’s testimony, describing internal procedures, instructions received on board, and circumstances observed during the operation of the Shtandart.
  2. External evidence, such as excerpts from the Portuguese maritime authority’s report, AIS track screenshots, and other elements that independently corroborate various aspects mentioned in the testimony.
  3. Complementary factual information, including publicly verifiable elements and contextual data.

I would like to emphasise that I am not lodging any formal complaint. I am simply providing the competent authorities with a document whose internal nature and operational detail may prove useful in understanding the organisation and functioning of the vessel, as well as any irregular practices observed on board.

I remain at your disposal to provide any further clarification or additional information that may assist in the assessment of the facts submitted here.

Kind regards,

Bernard Grua, Nantes, Bretanha, França
Spokesperson of the international collective

Attachments

Letter addressed to the authorities

Transmissão de documento interno relativo a práticas operacionais  da fragata russa Shtandart
Transmission of an internal document regarding operational practices of the Russian frigate Shtandart

On the same topic

Transmissão às autoridades portuguesas de um documento interno da fragata russa « Shtandart » que comprova a ilegalidade estrutural das suas atividades

Dispomos da primeira descrição interna completa do funcionamento estruturalmente ilegal da fragata Shtandart. O documento em questão diz respeito a Portugal. Consideramos que as autoridades marítimas, as forças policiais e os serviços de informação deste país devem ser informados, tanto mais que o infrator russo deverá navegar novamente nas suas águas na primavera de 2026.

Para atenção de:

  • Autoridades Marítimas de Portugal
  • Embaixada da Ucrânia em Portugal
  • Associações ucranianas em Portugal

Assunto : Transmissão de documento interno relativo a práticas operacionais  da fragata russa Shtandart

4 de dezembro de 2025

Exmos. Senhores,

Por meio da presente, desejo transmitir às autoridades portuguesas um documento interno proveniente de um membro da tripulação da fragata russa Shtandart, identificada com o código MMSI nº 518999255. Este texto pode ser acedido através da seguinte ligação: “Shtandart” – História dramática sobre xadrez pirata ou o imediato Tim contra a NATO. Também pode ser consultado no ficheiro PDF em anexo. Considero que o conteúdo deste documento pode ser relevante para uma eventual avaliação administrativa, marítima ou de segurança, na medida em que descrevepráticas internas suscetíveis de constituir infrações ou irregularidades durante as operações do navio.

O texto enviado encontra-se claramente separado em três partes:

  1. Depoimento do tripulante, descrevendo procedimentos internos, instruções recebidas a bordo e circunstâncias observadas durante a operação do Shtandart.
  2. Provas externas, tais como excertos do relatório da autoridade marítima portuguesa, capturas de ecrã de registos AIS e outros elementos que permitem confirmar, de maneira independente, vários aspetos mencionados no testemunho.
  3. Informações factuais complementares, incluindo elementos publicamente verificáveis e dados de contexto.

Sublinho que não apresento qualquer queixa formal, limitando-me a comunicar às autoridades competentes um documento cuja natureza interna e o detalhe operacional podem ser úteis para compreender a organização e o funcionamento do navio, bem como eventuais práticas irregulares nele observadas.

Permaneço à disposição para fornecer esclarecimentos adicionais ou informações complementares que possam ser úteis para a apreciação dos factos aqui remetidos.

Com os melhores cumprimentos,

Bernard Grua, Nantes, Bretanha, França
Porta-voz do coletivo internacional 

Anexos

Carta enviada às autoridades

Transmissão de documento interno relativo a práticas operacionais  da fragata russa Shtandart
Transmission of an internal document regarding operational practices of the Russian frigate Shtandart

Sobre o mesmo tema

Le Shtandart et les sanctions européennes: troisième avertissement formel pour Kombat-Tour

Sur fond de révélations toujours plus nombreuses concernant les activités clandestines du Shtandart, un troisième avertissement formel a été adressé à la société Kombat-Tour. Vous trouverez ci-dessous le document exposant les faits que les lecteurs français comme russes doivent connaître.

À l’attention de :
Direction de la société Комбат-туры
4B rue Kommunisticheskaya
Smolensk
Russie
+7 906 668-45-55
info@kombat-tour.ru
org@kombat-tour.ru

Copies :
Premar-Ceclant – Préfet Maritime, Commandant en Chef pour l’Atlantique
Préfet du Finistère
Préfet des Côtes d’Armor
Préfet d’Ille-et-Vilaine

Objet : Le Shtandart et les sanctions européennes: troisième avertissement formel pour Kombat-Tour

Le 2 décembre 2025

Chère Madame, Cher Monsieur,

Faisant suite à mes alertes des 6 novembre et 26 novembre 2025 — cette dernière accompagnée d’un article rédigé par l’un des meilleurs spécialistes français de la frégate russe Shtandart (Le Télégramme, 25/11/2025) — je souhaite porter à votre attention de nouveaux éléments publics concernant votre projet de croisière sur les côtes bretonnes en juin 2026

Il y a tout d’abord un article du quotidien Le Parisien, édition du 30/11/2025 : 

Vient, ensuite, une présentation diffusée sur la chaîne de télévision nationale, TF1, le 02/12/2025 : Le point K : Ce bâteau russe qui inquiète les Bretons 

1. Une offre incompatible avec une “croisière familiale”

Les observateurs avertis s’accordent : il est hautement improbable que des citoyens russes ordinaires, même aisés, s’engagent avec femmes et enfants dans une opération comportant autant de risques et d’imprévus.

L’hypothèse d’un simple produit touristique est donc invraisemblable. Il s’agit d’autre chose — une probable “maskirovka”, selon le terme employé par plusieurs analystes bien au fait des liens de Vladimir Martus avec le régime russe et avec ses organes de propagande.

À ce titre, les autorités compétentes, et leurs services de renseignements, s’appuieront notamment sur les éléments révélés au Portugal, par Alexandr Orlov, marin du Shtandart afin d’en déterminer la nature réelle.

Vous trouverez ci-dessous les trois versions de son témoignage :
• Original (VK) — Драматическая история про пиратские шахматы или старпом Тим против НАТО
• Traduction anglaise — Dramatic story about pirate chess, or First Mate Tim versus NATO
• Traduction française — L’histoire dramatique d’un jeu d’échecs de pirates, ou le second officier Tim contre l’OTAN

2. Le témoignage d’Alexandr Orlov : un élément déterminant

Le compte-rendu d’Alexandr Orlov constitue à ce jour la source la plus précise sur les pratiques réelles du navire. Il :

  • confirme le caractère frauduleux et dissimulé des opérations menées à bord ;
  • corrobore les décisions déjà prises contre le navire par l’Espagne, la France, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark et le Portugal ;
  • met en évidence des infractions répétées au droit maritime, au droit des étrangers et aux sanctions européennes ;
  • atteste de la violation manifeste de l’ordonnance de la Cour de justice de l’Union européenne (22 août 2025), qui confirme l’application stricte des sanctions au Shtandart ;
  • démontre que l’équipage agit volontairement hors de tout cadre légal ;
  • constitue une preuve directe mobilisable dans une procédure administrative, médiatique ou judiciaire. 

Il est très éloigné de l’image victimaire que son capitaine, et propriétaire occulte, promeut auprès des autorités et des médias européens. Sous un vernis quasi folklorique, il ne s’agit pas d’un récit anecdotique. Nous avons, ici, la première description interne complète du fonctionnement structurellement illégal du Shtandart.

Il en résulte que :

  • la krysha assurée en Charente-Maritime,
  • les garanties fallacieuses fournies par l’avocat du Shtandart (en échec juridique permanent et en situation manifeste de conflit d’intérêt),
  • ainsi que le narratif construit par Vladimir Martus,

sont désormais marginalisés par les faits.

Il serait extrêmement imprudent de s’y fier.

3. Conséquences pour votre projet

Compte tenu :

  • des risques juridiques sérieux liés aux sanctions européennes,
  • des implications sécuritaires attachées au navire,
  • de la consolidation continue des décisions administratives dans toute l’Union,
  • et du caractère hautement sensible du Shtandart,

je vous invite de nouveau, expressément, à renoncer immédiatement à votre projet de navigation en France et à en informer les autorités compétentes.

Me tenant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, je vous prie d’agréer, Chère Madame, Cher Monsieur,  l’expression de mes salutations distinguées.

Bernard Grua

The « Shtandart » and European sanctions: third formal warning to « Kombat-Tour »

Against the backdrop of new revelations about Shtandart‘s covert activities, a third formal warning was issued to Kombat-Tour. Below is a document setting out the facts that both French and Russian readers should be aware of.

To the attention of:
Management of the company Kombat-Tour
4B Kommunisticheskaya Street
Smolensk
Russia
+7 906 668-45-55
info@kombat-tour.ru
org@kombat-tour.ru

Copies:
Premar-Ceclant – Maritime Prefect, Commander-in-Chief for the Atlantic
Prefect of Finistère
Prefect of Côtes-d’Armor
Prefect of Ille-et-Vilaine

Subject: The Shtandart and European sanctions: third formal warning to Kombat-Tour

December 2, 2025

Dear Sir or Madam,

Following my warnings dated November 6 and November 26, 2025 — the latter accompanied by an article written by one of the leading French specialists on the Russian frigate Shtandart (Le Télégramme, 25/11/2025) — I wish to bring to your attention new public information concerning your planned cruise along the coast of Brittany in June 2026.

First, there is an article published in Le Parisien, edition of 30/11/2025:

Next, a report broadcast on the national television channel TF1 on 02/12/2025: Point K: The Russian ship that has the Bretons worried (Fr)

1. An offer incompatible with a “family cruise”

Informed observers concur: it is highly unlikely that ordinary Russian citizens, even wealthy ones, would commit themselves — with their wives and children — to an operation involving so many risks and unknowns.

The hypothesis of a simple touristic product is therefore implausible. It is something else — a likely maskirovka, to use the term employed by several analysts who are well aware of Vladimir Martus’s ties with the Russian regime and its propaganda organs.

In this regard, the competent authorities, and their intelligence services, will rely in particular on the information revealed in Portugal by Alexandr Orlov, a crew member of the Shtandart, to determine the true nature of the operation.

Below are the three versions of his testimony:

2. Alexandr Orlov’s testimony: a decisive element

Alexandr Orlov’s account is to this day the most precise source regarding the ship’s actual practices. It:

  • confirms the fraudulent and concealed nature of the operations conducted on board;
  • corroborates the decisions already taken against the ship by Spain, France, Ireland, the United Kingdom, Norway, Denmark, and Portugal;
  • highlights repeated violations of maritime law, immigration law, and European sanctions;
  • attests to the clear breach of the order issued by the Court of Justice of the European Union (22 August 2025), which confirms the strict application of sanctions to the Shtandart;
  • demonstrates that the crew deliberately operates outside any legal framework;
  • constitutes direct evidence that may be used in administrative, media, or judicial proceedings.

It is very far from the victimhood narrative that its captain — and covert owner — promotes to European authorities and media. Beneath an almost folkloric veneer, this is not an anecdotal story. It is the first complete internal description of the structurally illegal functioning of the Shtandart.

As a result

  • the krysha allegedly provided in Charente-Maritime,
  • the misleading assurances given by the Shtandart’s lawyer (in constant legal failure and in an obvious conflict-of-interest situation),
  • as well as the narrative constructed by Vladimir Martus,

are now outweighed by the facts.

It would be extremely unwise to rely on them.

3. Consequences for your project

Given:

  • the serious legal risks associated with European sanctions,
  • the security implications linked to the vessel,
  • the ongoing consolidation of administrative decisions across the European Union,
  • and the highly sensitive nature of the Shtandart,

I hereby expressly urge you once again to immediately abandon your planned operation in France and to inform the competent authorities accordingly.

Remaining at your disposal for any further information,
I remain, Dear Madam, Dear Sir,
Yours sincerely,

Bernard Grua

«Штандарт» и европейские санкции: третье официальное предупреждение для «Комбат-Туры»

На фоне всё новых разоблачений о скрытой деятельности «Штандарта» было направлено третье официальное предупреждение компании «Комбат-Туры». Ниже представлен документ, в котором изложены факты, которые должны знать как французские, так и российские читатели.

Кому:
Дирекции компании “Комбат-туры”
ул. Коммунистическая, 4B
Смоленск
Россия
+7 906 668-45-55
info@kombat-tour.ru
org@kombat-tour.ru

Копии:
Premar-Ceclant – Морской префект, Главнокомандующий по Атлантике
Префект департамента Финистер
Префект департамента Кот-д’Армор
Префект департамента Иль-и-Вилен

Тема: «Штандарт» и европейские санкции: третье официальное предупреждение для «Комбат-Туры»

Уважаемая госпожа, уважаемый господин,

В продолжение моих уведомлений от 6 ноября и 26 ноября 2025 года — последнее сопровождалось статьёй, подготовленной одним из лучших французских специалистов по российской фрегате «Штандарт» (Le Télégramme, 25.11.2025) — хочу обратить ваше внимание на новые публичные материалы, касающиеся вашего проекта круиза у берегов Бретани виюне 2026 года.

Прежде всего, имеется статья в ежедневной газете Le Parisien от 30.11.2025:

Далее следует репортаж, показанный на национальном телеканалеTF1 02.12.2025: Точка K: этот российский корабль, который беспокоит жителей Бретани (фр.)

1. Предложение, несовместимое с “семейным круизом”

Опытные наблюдатели единодушны: крайне маловероятно, чтобы обычные российские граждане, даже обеспеченные, отправились с супругами и детьми в операцию, связанную с таким количеством рисков и непредсказуемых факторов.

Гипотеза о простом туристическом продукте выглядит неправдоподобно. Речь идёт о другом — о вероятной «маскировке», согласно термину, который используют ряд аналитиков, хорошо осведомлённых о связях Владимира Мартуса с российским режимом и его пропагандистскими структурами.

В этой связи компетентные органы и их разведывательные службы будут опираться, в частности, на материалы, раскрытые в Португалии моряком «Штандарта» Александром Орловым, чтобы определить истинную природу происходящего.

Ниже приведены три версии его свидетельства:

2. Свидетельство Александра Орлова: ключевой элемент

Отчёт Александра Орлова является на сегодняшний день самым точным источником о реальной практике на борту судна. Он:

  • подтверждает мошеннический и скрытый характер проводимых операций;
  • corroborирует решения, уже принятые против судна Испанией, Францией, Ирландией, Великобританией, Норвегией, Данией и Португалией;
  • выявляет повторяющиеся нарушения морского права, миграционного законодательства и европейских санкций;
  • удостоверяет явное нарушение постановления Суда Европейского союза (22 августа 2025 года), подтверждающего строгую применимость санкций к «Штандарту»;
  • демонстрирует, что экипаж сознательно действует вне какого-либо правового поля;
  • представляет собой прямое доказательство, пригодное для использования в административных, медийных или судебных процедурах.

Его содержание разительно отличается от образа «жертвы», который капитан и скрытый владелец судна пытается продвигать среди европейских властей и СМИ. Под квазилюбопытной внешней оболочкой это вовсе не анекдотический рассказ. Перед нами — первое полноценное внутреннее описание структурно незаконного функционирования «Штандарта».

Отсюда следует, что:

  • «крыша», обеспечиваемая в департаменте Приморская Шаранта,
  • ложные гарантии, предоставленные адвокатом «Штандарта» (постоянно терпящим юридические поражения и находящимся в очевидной ситуации конфликта интересов),
  • а также нарратив, выстроенный Владимиром Мартусом,

теперь вытесняются объективными фактами.

Полагаться на всё это было бы крайне неблагоразумно.

3. Последствия для вашего проекта

С учётом:

  • серьёзных юридических рисков, связанных с европейскими санкциями;
  • вопросов безопасности, непосредственно связанных с судном;
  • постоянного ужесточения административных решений по всей территории Европейского союза;
  • и высокой чувствительности темы «Штандарта»,

я вновь настоятельно призываю вас немедленно отказаться от вашего проекта плавания во Франции и уведомить об этом компетентные органы.

Оставаясь к вашим услугам для получения любой дополнительной информации, примите, уважаемая госпожа, уважаемый господин, выражение моего почтения.

Бернар Груа

The ‘Shtandart’ and European sanctions: second formal warning for Kombat-Tour

On 26 November 2025, a second formal warning was issued to the agency Kombat-Tour concerning its planned cruise aboard the frigate Shtandart in Brittany. An article in Le Télégramme points out that the ship remains banned from European ports due to EU sanctions and French and European court rulings. Continuing with this project would expose the Russian agency to serious legal, commercial and geopolitical risks.

To the attention of:
Management of Kombat Tour
4B Kommunisticheskaya Street
Smolensk, Russia
+7 906 668-45-55
info@kombat-tour.ru
org@kombat-tour.ru

Copies to:
Premar-Ceclant – Maritime Prefect, Commander-in-Chief for the Atlantic
Prefect of Finistère
Prefect of Côtes d’Armor
Prefect of Ille-et-Vilaine

Subject: Transmission of a reference article from Le Télégramme regarding the frigate Shtandart

26 November 2025

Dear Madam, Dear Sir,

On 6 November 2025, I alerted you to the legal and commercial risks associated with your planned cruise aboard the frigate Shtandart, scheduled from 21 to 30 June 2026. For reference, I am attaching this initial letter once again.

You will also find attached an article published yesterday in one of the two leading newspapers of Brittany: “A Russian travel agency organizes a cruise around Brittany aboard the Shtandart… prohibited from European ports.” I am sending you versions in both Russian and English. 

Le Télégramme enjoys strong credibility and wide circulation in the Brest area. The journalist who authored the article is recognized as one of the two French specialists on the Shtandart case. I invite you to review it carefully.

Non-binding personal interpretations

Allow me to provide some useful clarifications. As I have observed during my visits to your country, the separation of powers as applied in Europe is not always well understood in Russia. In the EU, the legislature enacts the law, the judiciary guarantees its interpretation and enforcement, and the executive implements court decisions. The judiciary is fully independent. Consequently, no personal interpretation — whatever the position or network of influence of its author, including the krishas invoked by Mr. Vladimir Martus — can override the law or a court ruling.

Applicable texts and decisions

To date, the texts and decisions applicable to the *Shtandart* are:

  • Regulation (EU) No. 833/2014;
  • Order of the Administrative Court of Rennes (11/07/2024);
  • Decision of the Council of State (18/11/2024);
  • Order of the Court of Justice of the European Union (22/08/2025).

As confirmed by the French authorities in Le Télégramme, your service provider is prohibited from accessing EU ports, and in some cases, the territorial waters of certain States.

Non-suspensive appeals

The article mentions potential appeals announced by the Shtandart’s lawyer. If these appeals are not dismissed, they will take place after June 2026. In any case, it is essential to note that these appeals are not suspensive. The prohibition established by the EU regulation, confirmed by French and European courts, remains fully enforceable. Seizures, penalties, or even arrests are possible in case of violations, and the maritime authorities are preparing accordingly.

Questions regarding the true nature of “clients”

You are likely aware that it is currently extremely difficult for a Russian national, even a wealthy one, to use his payment methods within the European Union. This raises doubts about the feasibility of a family trip including local transportation, accommodation, and dining, before and after any potential boarding of the Shtandart. In this context, your “family cruise” raises questions regarding both its true purpose, the identity of its participants and financial backers, especially as it concerns a strategically sensitive area: the Brittany point and the Crozon peninsula.

Economic irrationality of a return to Europe and the resulting questions

It should be noted that while the Shtandart may still maintain commercial operations in the Eastern Mediterranean, it can no longer provide services for remunerative maritime festivals in Western European countries, notably France. Furthermore, embarking and disembarking cruise clients has now become almost impossible. The summer seasons of 2024 and 2025 were entirely lost. Under these circumstances, a return of the vessel to this geographical area is economically irrational, further raising questions about the true purpose of your cruise, its beneficiaries, and its financial sponsors.

Doubts about the costly legal proceedings of the Shtandart

Finally, since 2024, the Shtandart has cited insufficient liquidity and continually solicits public donations via Martus TV GmbH, Mr. Vladimir Martus’s company. Many are questioning the source of funding for its costly legal proceedings and their true objectives.

Alternative solution

In the interest of your clients, your company, and your legal security, I therefore invite you to cancel this planned cruise around Brittany aboard the Shtandart, and to notify the French authorities of this cancellation. Should you wish to propose a navigation project in Europe nonetheless, I remain at your disposal to recommend heritage vessels approved in France or neighboring countries.

Please accept, Dear Madam, Dear Sir, the assurances of my highest consideration.

Bernard Grua
+33 753 900 344 – BernardGrua44@bernardgrua44
Nantes, Brittany, France
Former Naval Officer

Attachments:

Article from Le Télégramme, 25 November 2025
Letter of 6 November 2025

Le « Shtandart » et les sanctions européennes: deuxième avertissement formel pour Kombat-Tour

Le 26 novembre 2025, une deuxième mise en garde formelle a été adressée à l’agence Kombat-Tour concernant sa croisière prévue à bord de la frégate Shtandart en Bretagne. Un article du Télégramme rappelle que le navire reste interdit d’accès aux ports européens en raison des sanctions de l’Union européenne et des décisions de justice françaises et européennes. Le maintien de ce projet exposerait l’agence russe à de graves risques juridiques, commerciaux et géopolitiques.

À l’attention de : 
Direction de la société Комбат-туры
4B rue Kommunisticheskaya 
Smolensk 
Russie
+7 906 668-45-55
info@kombat-tour.ru
org@kombat-tour.ru

Copies : 
Premar-Ceclant – Préfet Maritime, Commandant en Chef pour l’Atlantique
Préfet du Finistère
Préfet des Côtes d’Armor
Préfet d’Ille-et-Vilaine

Objet : Transmission d’un article de référence du journal Le Télégramme relatif à la frégate Shtandart

Le 26 novembre 2025

Chère Madame, Cher Monsieur,

Le 6 novembre 2025, je vous avais alertés sur les risques juridiques et commerciaux liés à votre offre de croisière à bord de la frégate Shtandart, programmée du 21 au 30 juin 2026. Pour référence, je joins à nouveau ce premier courrier.

Vous trouverez également, ci-joint, un article publié hier dans l’un des deux principaux quotidiens de Bretagne : Une agence de voyages russe organise une croisière autour de la Bretagne à bord du Shtandart… interdit d’accès aux ports européens. Je vous en adresse une version en russe et une en anglais.

Le Télégramme bénéficie d’une forte crédibilité et d’une diffusion importante dans la région de Brest. Le journaliste qui en est l’auteur est reconnu comme un des deux spécialistes français de l’affaire du Shtandart. Je vous invite à en prendre connaissance avec attention.

Interprétations personnelles non opposables

Permettez-moi de vous apporter quelques précisions utiles. Comme j’ai pu le constater lors de mes séjours dans votre pays, la séparation des pouvoirs telle qu’elle s’applique en Europe n’est pas toujours bien appréhendée en Russie. Dans l’UE, le législatif édicte la loi, le judiciaire en garantit l’interprétation et l’application, et l’exécutif met en œuvre les décisions de justice. Le pouvoir judiciaire est pleinement indépendant. Dès lors, aucune interprétation personnelle — quelle que soit la position ou le réseau d’influence de son auteur, y compris les krishas que semble invoquer M. Vladimir Martus — ne peut prévaloir sur la loi ou sur un jugement.

À ce jour, les textes et décisions applicables au Shtandart sont :

  • le règlement (UE) n° 833/2014 ;
  • l’ordonnance du tribunal administratif de Rennes (11/07/2024) ;
  • l’arrêt du Conseil d’État (18/11/2024) ;
  • l’ordonnance de la Cour de justice de l’Union européenne (22/08/2025).

Comme l’ont confirmé les autorités françaises dans Le Télégramme, votre prestataire est interdit d’accès aux ports de l’Union européenne (et même aux eaux territoriales de certains États).

Recours non suspensifs 

L’article mentionne d’éventuels recours annoncés par l’avocat du Shtandart. Si ces recours ne sont pas rejetés, ils s’exerceront après juin 2026. Quoiqu’il en soit, il est essentiel de rappeler que les recours ne sont pas suspensifs. L’interdiction prévue par le règlement européen, confirmée par les juridictions françaises et européennes, demeure donc pleinement applicable. Des saisies, sanctions, voire arrestations, sont possibles en cas de violation, et les autorités maritimes s’y préparent.

Doutes quant à la vraie nature des « clients »

Vous n’ignorez sans doute pas qu’il est aujourd’hui extrêmement difficile pour un ressortissant russe, même fortuné, d’utiliser ses moyens de paiement dans l’Union européenne. Cela rend incertaine la faisabilité d’un voyage familial incluant transports, hébergement et restauration, avant et après tout éventuel embarquement sur le Shtandart. Dans ce contexte, votre « croisière familiale » interroge, tant sur son objectif réel que sur l’identité de ses participants et de ses soutiens financiers, d’autant plus qu’elle concerne une zone stratégiquement sensible : la pointe de Bretagne et la presqu’île de Crozon.

Irrationalité économique d’un retour en Europe et interrogations que cela suscite 

Il est à noter que si le Shtandart peut encore maintenir une activité commerciale en Méditerranée orientale, il ne peut plus être prestataire de festivals maritimes rémunérateurs dans les pays d’Europe occidentale, notamment en France. De plus, l’embarquement et le débarquement de clients croisiéristes sont désormais quasiment impossibles. Les saisons estivales de 2024 et 2025 ont été totalement compromises. Dans ces conditions, un retour du navire dans cette zone géographique ne présente plus aucune rationalité économique, ce qui renforce les interrogations sur la nature réelle de votre croisière, ses bénéficiaires et ses financeurs.

Questions soulevées par la prise en charge des onéreux contentieux juridiques du Shtandart

Enfin, le Shtandart invoque depuis 2024 une insuffisance de liquidités et sollicite continuellement des dons publics via Martus TV GmbH, la société de M. Vladimir Martus. Beaucoup s’interrogent dès lors sur l’origine du financement de ses coûteux contentieux judiciaires et sur leurs véritables objectifs.

Solution alternative

Dans l’intérêt de vos clients, de votre entreprise et de votre sécurité juridique, je vous invite donc à renoncer à ce projet de croisière autour de la Bretagne à bord du Shtandart, et à notifier officiellement cette annulation aux autorités françaises. Si vous souhaitez néanmoins proposer une navigation en Europe, je me tiens à votre disposition pour vous recommander des navires patrimoniaux agréés en France ou dans des pays voisins.

Je vous prie d’agréer, Chère Madame, Cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Bernard Grua
Nantes, Bretagne, France 
Ancien officier de marine 

Pièces jointes :

Article du Télégramme du 25 novembre 2025

Courrier du 6 novembre 2025

Retrouvez tous les articles relatifs à cette croisière sur la page Kombat-tour

Kombat-Tour

Analyse du programme Kombat-Tour : croisière prévue sur la frégate russe Shtandart, illégale en Europe selon la CJUE. Risques juridiques et sécuritaires