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Текст інформаційної записки українською мовою
Nantes, le 19 janvier 2026
La présente note vise à exposer de manière circonstanciée l’évolution de l’affaire du navire russe Shtandart.
Elle présente les démarches entreprises depuis 2022 par le collectif pan-européen No Shtandart in Europe, ainsi que l’absence persistante d’implication des services diplomatiques de l’Ukraine en France, en contraste avec l’action déterminée d’autres ambassades ukrainiennes en Europe. Elle intervient dans un contexte juridique désormais clarifié par les juridictions nationales françaises et par la Cour de justice de l’Union européenne.
Elle se fonde sur des éléments juridiques et administratifs, ainsi que sur des documents publics et vérifiables.
1. Interdictions du navire Shtandart en Europe (année 2025)
Au cours de l’année 2025, le collectif pan-européen No Shtandart in Europe a obtenu que le navire propagandiste russe Shtandart soit interdit, en application des sanctions de l’Union européenne ou de sanctions nationales, par sept États européens, qu’ils soient ou non membres de l’Union. Cette interdiction concerne l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark, la Belgique, l’Espagne et le Portugal, soit l’ensemble des pays où le navire a tenté d’accoster l’an dernier, à l’exception de la France.
Le détail de ces décisions figure dans le rapport intitulé « Navire « Shtandart » : exclusions et restrictions d’escales en Europe en 2025 ». Dans tous les États précités, les procédures ont été closes en moins de quinze jours. En France, en revanche, cette affaire se prolonge depuis plus de trois ans et demi.
2. Soutiens ukrainiens et implication des ambassades en Europe
Depuis le début de cette fraude russe, le collectif a reçu le soutien de personnalités résidant en Ukraine ainsi que d’associations ukrainiennes issues de différentes diasporas. Le « Mémorandum sur la participation des acteurs ukrainiens et de la diaspora ukrainienne dans l’affaire du navire russe « Shtandart » (2022–2025) » en atteste.
Par ailleurs, un appui déterminé a été apporté par les ambassades d’Ukraine en Espagne, en Irlande et au Royaume-Uni. À cet égard, la lettre adressée par l’ambassade d’Ukraine en Irlande aux autorités portuaires de Dublin constitue un exemple particulièrement significatif d’intervention diplomatique effective.
3. Information et sollicitations adressées à l’ambassade d’Ukraine en France
Depuis juin 2022, l’ambassade d’Ukraine en France est régulièrement informée par le collectif No Shtandart in Europe des actes irréguliers liés au Shtandart. Elle a également été sollicitée de manière directe à plusieurs reprises. La liste des courriers transmis est explicite.
Aucune réponse n’a été reçue, à une seule exception près. En une occasion, un retour indirect a été obtenu : le conseiller politique de l’ambassade, par l’intermédiaire de M. Oleh Koval, a recommandé de ne pas s’opposer à la participation illégale du Shtandart au festival maritime Fécamp Grand’Escale, en mai 2024.
4. Échange public du 5 mars 2025 à Nantes
Le jeudi 5 mars 2025, dans une salle de l’hôtel de ville de Nantes, Monsieur l’Ambassadeur d’Ukraine en France a tenu une réunion devant une assistance d’environ 150 personnes. Celle-ci comprenait des élus ainsi que des représentants d’associations de Bretagne et des Pays de la Loire. Le fondateur et porte-parole du collectif No Shtandart in Europe a été interrogé publiquement sur le Shtandart.
À cette occasion, il a rappelé à Monsieur l’Ambassadeur que des démarches avaient été entreprises afin de mettre un terme au contournement des sanctions. Il a notamment exposé que des réponses avaient été obtenues de la Commission européenne, qu’une confirmation avait été apportée par le Conseil européen — c’est-à-dire par les 27 États membres de l’Union —, ainsi qu’une ordonnance du tribunal administratif de Rennes et un arrêt du Conseil d’État. L’ensemble de ces institutions a confirmé la légitimité de l’action engagée (Voir annexe 1).
Le porte-parole a souligné que, dans le contexte français, cette mobilisation ne pouvait pas aller plus loin sans un relais institutionnel approprié.
5. Absence d’intervention et éléments contextuels
Pour expliquer l’absence d’intervention de ses services, le responsable de l’ambassade d’Ukraine a évoqué l’existence d’un « problème bureaucratique ». Le porte-parole du collectif a répondu que cette situation devait plutôt être analysée comme résultant de l’existence de réseaux d’influence russes opérant au sein de l’appareil d’État français. Des documents internes, dont le collectif a obtenu copie, attestent de l’existence de passe-droits confidentiels allant en ce sens.
Dans ce contexte, une implication des services diplomatiques de l’Ukraine en France apparaît nécessaire. Cette demande a été renouvelée par écrit le 13 mars 2025. Aucune réponse n’a, là encore, été reçue. À ce jour, mi-janvier 2026, aucune action n’a été engagée.
6. Contexte général et alerte antérieure
La France demeure un pays historiquement russophile et relativement peu sensibilisé aux mécanismes d’ingérence de Moscou. Cette réalité avait déjà été portée à l’attention de l’agence nationale d’information ukrainienne, Ukrinform, il y a plus de cinq ans.
« L’expert a également souligné les défis qui attendent le successeur d’Oleh Shamshur, Vadym Omelchenko. “Le poste d’ambassadeur à Paris n’a rien à voir avec le glamour, le prestige, les avantages ou l’insouciance que pourrait offrir la Ville Lumière. L’Ukraine a besoin d’un diplomate francophone de haut niveau, car les réseaux d’influence de Moscou restent anciens, puissants, complexes et opaques”, a fait remarquer M. Grua.»
Ukrinform, 16 juin 2020
7. Coopération antérieure du collectif avec l’ambassade d’Ukraine en France
La situation actuelle contraste avec celle observée en octobre et novembre 2023. À cette période, Monsieur l’Ambassadeur et ses collaborateurs avaient sollicité le concours du collectif No Shtandart in Europe. Ils lui demandaient de contribuer à la préparation d’un déplacement officiel à Nantes, notamment en ce qui concerne les contacts avec les associations, les autorités locales et la presse. Cette mission, assurée à titre bénévole, a été menée avec diligence et a donné lieu à des retours d’information transmis dans les meilleurs délais.
8. Clarification juridique par la CJUE et risques à venir
Le 22 août 2025, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)s’est prononcée et a confirmé, une nouvelle fois, que les sanctions européennes s’appliquent bien au Shtandart depuis le 16 avril 2022. Après la décision de la CJUE, l’absence d’action ne peut plus être imputée à l’incertitude juridique, mais relève désormais d’une responsabilité politique.
Le navire, actuellement en Turquie, prévoit de revenir faire escale dans des ports français en juin 2026, comme l’indique une croisière commercialisée par la société Kombat-Tour de Smolensk. Il n’est toutefois pas exclu qu’il se présente plus tôt sur les côtes françaises, puisqu’il est annoncé à Bizerte, en Tunisie, le 28 avril 2026. Dans ces conditions, il apparaît urgent que l’ambassade d’Ukraine en France se saisisse de ce dossier afin d’y mettre un terme, à l’instar des ambassades d’Ukraine en Espagne, en Irlande et au Royaume-Uni.
9. Conclusion
La « saga » du Shtandart constitue à la fois une faute de l’appareil d’État français, un élément préjudiciable à l’image des services diplomatiques de l’Ukraine en France et une remise en cause du régime des sanctions ainsi que des institutions européennes. Il apparaît désormais nécessaire d’y apporter une conclusion définitive.
Une intervention de l’ambassade d’Ukraine en France, en vue d’obtenir l’interdiction du navire russe dans les eaux territoriales françaises, y contribuerait de manière déterminante, à l’image de ce qui est déjà mis en application en Espagne et au Portugal.
Pour le collectif pan-européen
No Shtandart in Europe
Autres références et documents : voir annexes
No Shtandart In Europe
Email: noshtandartineurope@gmail.com
Website: https://bit.ly/No-Shtandart
Facebook: groups/noshtandartineurope
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Ce document est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).
Annexe 1
Références juridiques et administratives (Shtandart)
| Date | Autorité | Acte / Décision | Objet / Contenu | Langue |
| 8 avril 2022 | Conseil européen | Cinquième volet des mesures restrictives | Mesures restrictives, y compris portuaires, sanctionnant le massacre de Boutcha | fr |
| 16 avril 2022 | Conseil européen | Article 3 sexies bis du règlement (UE) n° 833/2014 | Entrée en vigueur des sanctions portuaires de l’UE concernant les navires battant pavillon russe | fr |
| 24 juin 2024 | Conseil européen | Décision (PESC) n° 2024/1744, article 4 nonies bis | Confirmation explicite que les sanctions portuaires de l’UE s’appliquent également aux répliques de navires historiques | fr |
| 7 juillet 2024 | Préfet du Finistère | Arrêté | Interdiction de l’accès du Shtandart à tous les ports du département | fr |
| 11 juillet 2024 | Tribunal administratif de Rennes | Ordonnance n° 2403878 | Rejet du recours du Shtandart contre l’arrêté du préfet du Finistère | fr |
| 12 juillet 2024 | Commission européenne | Lettre à No Shtandart in Europe | Confirmation de l’application des sanctions portuaires de l’UE au navire | fr |
| 27 juillet 2024 | Direction de la marine marchande espagnole | Mesure administrative et de police | Évacuation et interdiction du Shtandart dans les eaux territoriales espagnoles | es |
| 18 novembre 2024 | Conseil d’État | Arrêt n° 496439 | Rejet du recours du Shtandart contre l’ordonnance du tribunal administratif | fr |
| 7 août 2025 | Commission européenne | Lettre à No Shtandart in Europe | Confirmation de l’application des sanctions au Shtandart | fr |
| 22 août 2025 | Cour de justice de l’Union européenne | Affaire T-446/24, ordonnance | Confirmation de l’application des sanctions portuaires au Shtandart depuis le 16 avril 2022 | fr |
| 24 septembre 2025 | Autoridade Marítima Nacional (Portugal) | Interpellation et mesure administrative | Interpellation de cinq membres d’équipage et interdiction du navire Shtandart dans les eaux territoriales | pt |
Annexe 2
Contexte relatif au porte-parole du collectif
Le porte-parole du collectif pan-européen No Shtandart in Europe a, depuis 2013, participé à diverses actions publiques en lien avec l’Ukraine et le contexte géopolitique régional. Ces éléments sont communiqués à titre strictement contextuel afin d’éviter toute interprétation erronée de la présente démarche.
- Soutien formel reçu du Conseil municipal de Boutcha (Ukraine), 1er mai 2025. source
- Création d’une plateforme nationale d’information relative aux manifestations ukrainiennes du 24 février 2024. source
- Organisation du Forum des associations ukrainiennes de l’Ouest et création du site internet associé, 27 novembre 2023. source
- Participation au comité ayant conduit à l’annulation du festival de cinéma russe « De Lviv à l’Oural » à Nantes, mars–avril 2022. source
- Contributions à des médias et plateformes d’analyse : Ukrinform, Ukraine Crisis Media Center, InformNapalm, Desk-Russie, Le Diploweb
- Contribution à l’ouvrage de géopolitique de Laurent Chamontin, Ukraine et Russie pour comprendre, 2016. source
- Participation à la création et représentation du mouvement international No Mistrals for Putin, 2014–2015. source
- Témoignage lors des événements de la Révolution de la Dignité (Euromaidan), 2013–2014. source


