Affaire Mistral, des questions qui restent ouvertes.

Affaire mistral, des questions qui restent ouvertes Bernard Grua
Des années après le réglement de l’affaire, il reste des questions que l’on aimerait pouvoir poser au gouvernement français afin de tenter de comprendre comment notre pays a pu se trouver impliqué dans un scénario aussi calamiteux, un scénario où sa crédibilité internationale a été durement malmenée et où la cohésion du corps social a été ébranlée.

Pourquoi ne pas avoir dénoncé le contrat Mistral dès mars 2014 en arguant des accords d’ Helsinki, des actes fondateurs de la CEI et du protocole de Budapest à l’égard desquels la Russie s’est mise dans l’illégalité internationale et a renié sa signature en annexant la Crimée et en lançant une guerre dans le Donbass. Les seules paroles de Gérard Araud à l’ONU auraient été suffisantes (voir annexe). Quelles sont les considérations ou les groupes de pressions français qui ont repoussé aussi longtemps la décision de rupture qui s’imposait?

Pourquoi ne pas avoir dit clairement ce que nous savions, et ce que nous savons, sur la présence russe dans le Donbass. Pourquoi tenir un discours aussi sibyllin tel que:« pour l’instant les conditions ne sont pas réunies ». Le peuple français est plus généreux que bien de ses hommes politiques. Il y a un discours auquel il particulièrement réceptif, c’est celui des Droits de l’Homme. Le peuple français à la différence de ses politiques, est majoritairement sceptique à l’égard de Vladimir Poutine. Correctement informé, il aurait probablement soutenu le gouvernement dans sa décision.

Pourquoi ne pas avoir clairement expliqué aux français ce qu’étaient les Mistral, c’est à dire des bâtiments militaires d’invasion plutôt que de laisser dire qu’il s’agissait de navires hôpitaux, de car-ferries, de barges, de navire de transports? Pourquoi avoir maintenu notre peuple aussi longtemps dans l’ignorance ou la confusion?

Pourquoi s’être cramponné à une position intenable en livrant, jusqu’en juin 2014, les arguments qui allaient être exploité ad nauseam par la propagande russe et ses supplétifs: indépendance de la France, parole donnée, catastrophe économique.

Pourquoi avoir déserté le champ de la guerre médiatique et avoir laissé Sputnik malmener à ce point la population française à coup de mensonges répétés, qui ont créé le bruit de fond et ont été repris par tous nos médias. Pourquoi avoir laissé les médias français, sans réponse à leurs questions les poussant ainsi à reprendre les arguments de la partie adversaire de la France dans ce litige, c’est à dire le Kremlin.

Pourquoi François Hollande a-t-il annoncé qu’il avait pris la décision, le 22 juillet 2014, de livrer le premier Mistral à l’automne 2014 après avoir dit, jusque là, que la décision ne serait prise qu’en octobre 2014?

Jusqu’à quand l’Elysée a-t-il cru pouvoir livrer les Mistrals à la Russie? A quel moment, et à la suite de quel(s) évènement(s) la décision a-t-elle été prise de ne pas livrer.

Pourquoi ne jamais avoir dit clairement aux Français les raisons finalement retenues pour l’annulation du contrat Mistral et pourquoi ne pas avoir expliqué les conséquences de cette rupture? En clair, ce que nous y gagnerions, ce que nous y perdrions et ce que nous ne perdrions pas?

Pourquoi ne pas avoir sollicité financièrement nos alliés qui demandaient à ce que cette livraison ne se fasse pas? Pourquoi avoir refusé d’envisager une solution européenne ? Pourquoi ne pas avoir profité de l’intérêt des Canadiens lorsqu’ils le manifestaient et avant que le matériel russe ne soit installé à bord?

Pourquoi ne pas avoir profité du fait que les Américains avaient exprimé leur opposition à la cession pour les mettre au pied de leurs responsabilités et pour leur demander un achat ou une participation financière en utilisant une partie des 6 milliards d’Euros, qui n’ont rien coûté au contribuable américain, puisqu’ils ont été extorqués à  une banque française, la BNP.

Pourquoi, alors que les chantiers STX étaient en plein emploi, à la différence de 2011, a-t-on laissé ce contrat serrer de plus en plus la corde autour de notre cou en accumulant les coûts et les sources de litige à venir: finitions de l’ex-Vladivostok, accueil et formation des marins de Poutine à St Nazaire pendant plusieurs mois, rattachement de la poupe (construite à St Petersbourg) de l’ex-Sébastopol à St Nazaire à partir de la mi juillet 2014, installation d’équipement russe à bord limitant, de ce fait, leur possibilité de cession à d’autres acquéreurs?

Quel était la part du Sénit 9 dans le montant total du contrat mistral ? A-t-il été installé sur l’ex-Vladivostok et l’ex-Sébastopol? A-t-il été livré à l’Egypte?

Pourquoi le gouvernement préférait-il que le Front National manifeste devant le Smolniy, le 7 septembre 2014, plutôt que le collectif « No mistrals for Putin ». Comment le gouvernement a-t-il perçu le mouvement « No Mistrals for Putin ». Son opinion a-t-il évolué dans le temps?

Quelles leçons le Gouvernement a-t-il tiré de cette affaire Mistral?Que prévoyez-vous effectivement de faire pour l’opinion et les médias français cessent d’être le jeu de la propagande poutinienne qui cherche à détruire notre pacte social directement ou par l’intermédiaire de ses relais ?

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Annexes:

Intervention de Monsieur Gérard Araud au Conseil de Sécurité de l’ONU concernant les agissements du Kremlin en Ukraine (Crimée et Donbass)

1er mars 2014 – Conseil de sécurité – Situation en Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

3 mars 2014 – Conseil de sécurité – Situation en Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

13 mars 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

15 mars 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

19 mars 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

13 avril 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

16 avril 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

29 avril 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

18 Juillet 2014 – Conseil de sécurité – Ukraine – Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France aux Nations-Unies

Publié par Bernard Grua

Bernard Grua, auditeur, expérience internationale, Sciences Po Paris, officier de Marine de réserve. Langues: français, anglais, allemand, espagnol. Hobbies: photographie, géopolitique, patrimoine maritime, reportages

3 commentaires sur « Affaire Mistral, des questions qui restent ouvertes. »

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