Quand le narratif se fissure : réponse à une critique méthodologique, troisième courrier du collectif au solliciteur anonyme

Position ferme, zéro polémique : le collectif No Shtandart in Europe répond une deuxième fois au solliciteur anonyme
Ce texte reproduit et contextualise le troisième courrier de réponse du collectif No Shtandart in Europe à un interlocuteur se présentant le pseudonyme Caeso Fabius Gallus. Après deux premiers échanges courtois et argumentés, ce dernier courrier permet de clarifier plusieurs points essentiels : la nature juridique du travail du collectif, l’usage précis des notions de soft power, sharp power et guerre hybride, la place des sources, le rôle des médias, ainsi que les contraintes liées à l’action publique et à la notoriété dans un dossier sensible impliquant des réseaux pro-russes.

Il illustre surtout un mécanisme désormais bien identifié : l’effondrement progressif d’un discours critique lorsque celui-ci se heurte à des faits documentés, à des sources primaires vérifiables et à une jurisprudence consolidée. Loin d’un échange d’opinions, ce courrier rappelle ce qui distingue un narratif militant d’une approche fondée sur le droit et les preuves.


Troisième courrier de réponse de No Shtandart In Europe

De: No Shtandart In Europe <noshtandartineurope@gmail.com>
à: Fabio Caeso <caeso.fabius.gallus@gmail.com>
Date: 21 déc. 2025 10:20
Objet: Re: Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Cher Monsieur,

Je prends note de votre message et je vous remercie de l’attention que vous avez portée à notre FAQ. Je réponds maintenant aux interrogations de votre troisième courriel.

1. Un collectif “juridique” ?

Comme indiqué précédemment, le mandat du collectif No Shtandart in Europe porte sur l’application du droit européen et des sanctions en vigueur. Depuis son origine, le mot d’ordre est la mise en œuvre complète du 5e volet des sanctions pris, le 8 avril 2022, après le massacre de Boutcha. Il est applicable depuis le 16 avril 2022 via l’article 3 sexies bis du règlement UE nº 833/2014 tel qu’interprété par la Commission européenne. 

Lors du démarrage, nous faisions confiance à l’État de droit. Nous pensions que nous n’avions qu’à expliquer. Puis nous avons compris que cela ne suffirait pas. Nous devions démystifier la fiction d’un Shtandart “opposant au régime russe”, « exilé politique”, “navire de la paix”, “bateau humanitaire”, “navire de réfugiés” ayant un “équipage ukrainien à 50 %”, etc. Ces diversions étaient systématiquement invoquées contre les rappels à la loi, par le navire, par son réseau, y compris certains hauts fonctionnaires, et par des organisateurs de festivals maritimes. Il faut relire la presse de 2022 et 2023 pour mesurer l’importance du phénomène. 

Nous avons donc été conduits à enquêter. Pourtant, jamais nous n’aurions pu imaginer ce que nous allions découvrir, notamment dans les sources russes.

Petit à petit, les masques et les paravents ont commencé à tomber, le bruit de fond à changer, la jurisprudence à se consolider contre le contournement des mesures restrictives. Le collectif peut se recentrer sur son objet juridique initial.

2. Le soft power 

Vous évoquez le soft power. La définition en est très clairement donnée dans l’article que j’ai publié dans le Diploweb et que je vous ai recommandé. 

Le concept de soft power, introduit par Joseph Nye (2004, Soft Power : The Means to Success in World Politics), désigne la capacité d’un acteur politique à influencer un autre sans recourir à la coercition, notamment par des moyens culturels ou idéologiques.”

https://www.diploweb.com/Russie-Du-soft-power-a-la-guerre-hybride-Etude-de-cas-d-une-influence-russe-en-Europe-le-Shtandart.html

Au minimum depuis juillet 2024, le soft power ne s’applique plus au Shtandart, après ses actions coercitives contre les autorités locales, l’État et les institutions européennes. Il faut y ajouter :

  • ses chantages humanitaires (afin de détourner le paragraphe 4 de l’article 3 sexies bis),
  • ses campagnes médiatiques (comme à Brest en juillet 2024),
  • ses infractions ou tentatives d’infractions (comme Clogherhead, Hvide Sande…) 

Tout ceci est très largement documenté par ailleurs en France, en Irlande, au Danemark, en Espagne et au Portugal. Dans ces deux derniers pays, la frégate russe est, en conséquence, interdite dans les eaux territoriales. Le Shtandart se positionne, aujourd’hui, bien au-delà du soft power

Pour ce navire, une telle notion n’a donc plus aucun intérêt analytique. Elle n’a jamais eu d’intérêt juridique. Je l’ai seulement clarifiée à des fins pédagogiques. Ce terme est encore parfois employé par certains commentaires médiatiques. Mais il ne correspond plus à la réalité du Shtandart, qui relève désormais du sharp power, voire de dynamiques de guerre hybride.

3. Des “opinions” ? Non des sources.

Concernant les opinions ou interprétations alternatives dont vous semblez nous créditer sans les citer précisément, le collectif ne crée pas de narratif. Nous communiquons systématiquement des faits sourcés et vérifiables. 

Depuis trois ans et demi, aucune de nos sources primaires n’a été contestée valablement. Le capitaine du Shtandart s’y est un peu risqué, oralement. Mais il a inventé des arguments différents selon les journalistes. Cela a fait mauvaise impression. 

À notre connaissance, aucun autre acteur n’a rassemblé, organisé et rendu accessible une telle documentation sur l’affaire du Shtandart. La presse française et la presse étrangère s’y réfèrent de plus en plus. Il est vrai que le contenu d’en face est de moins en moins repris.

Toutes nos sources sont publiques, disponibles en ligne, archivées et recoupables. Notre approche, fondée sur le droit et sur les faits, a été confirmée par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) le 22 août 2025. Nos observations, émises depuis 2022, ont été validées. 

Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Le collectif a fait face, pendant longtemps, à une hostilité ouverte, parfois injurieuse, de la part de certaines autorités, d’organisateurs d’événements maritimes, de quasiment tous les médias et du réseau du Shtandart. Il est vrai que la DNRED a distribué une fausse version des mesures restrictives en janvier 2023 et que très peu de personnes ont lu le règlement européen. 

Je me souviens, à titre d’exemple, d’un journaliste d’une radio nationale qui, en mars ou en mai 2023, me posait des questions étranges. Je lui ai demandé s’il avait pris connaissance du texte réglementaire au sujet duquel il m’interviewait. Il m’a répondu qu’il n’avait pas de temps à y consacrer.

4. Référence aux articles précédents 

Vous paraissez surpris que je me réfère, parfois, à certains de mes articles précédents. Ce sont des agrégateurs. En effet, ils ont l’avantage de regrouper les sources par thèmes. On ne peut pas tout réécrire en permanence, car cela ferait des exposés beaucoup trop longs. Mais, là aussi, dans ces agrégateurs, chaque affirmation est appuyée par une source incontestable. De plus, cette méthode permet au lecteur de procéder à des vérifications croisées. Vous pouvez contrôler.

5. Place occupée par deux quotidiens régionaux 

Vous êtes étonné par la place d’un quotidien régional, vous oubliez le deuxième. Pour ce qui est de la presse française, il n’y a que deux journalistes qui maîtrisent ce dossier, fort complexe : un au Télégramme et une chez Ouest-France. Les autres se fondent principalement sur des reprises secondaires, sans travail approfondi. Ils ne vérifient pas, non plus, la véracité de ce qui leur est raconté. Donc nous avons cessé de perdre du temps avec eux. 

Les deux seuls journalistes à maîtriser réellement ce dossier préfèrent reprendre nos sources plutôt que nos propos. Ils nous citent donc bien plus souvent que vous ne le pensez. C’est très bien ainsi. La notoriété, dans les affaires où sont impliqués des réseaux pro-russes, voire russes, est une croix, pas une gratification. C’est aussi la raison qui fait que l’on n’entend pas parler de nos autres activistes dont certains sont très efficaces. 

6. La croix de la notoriété 

Le capitaine du Shtandart aime user de l’argumentum ad personam. Cela évite de répondre sur le fond. Il fait du porte-parole du groupe l’origine de tous ses maux et se moque de l’ “individu isolé qui se prétend un collectif”. Comment une seule personne pourrait-elle faire fermer les ports de 5 pays au cours du mois de juillet, puis de deux autres pays en septembre ? Comment une seule personne pourrait-elle faire interdire le Shtandart aux Tall Ships Races, au Royaume-Uni, en Norvège et au Danemark, alors qu’elle n’a pas pu s’opposer à sa participation à la Semaine du Golfe du Morbihan, dans le département voisin ? La réalité observable dément radicalement cette fable.

Lisez le récent article de Visegrád24 dont une partie figure sur le site du Shtandart : « How A Replica Russian 18-Century Ship Exposed UK Border Chaos ». C’est une belle illustration de la déviance que j’explique ici. Vous pourrez lire aussi comment elle a été tranquillement et paisiblement contrée par le texte suivant : « Clarifying the Russian Ship « Shtandart » Situation in the UK: A Collective Effort and Rule of Law »

Mais il en existe bien d’autres exemples, y compris dans les médias propagandistes russes, où Vladimir Martus a table ouverte. À ma connaissance, cela a commencé le 14 juillet 2024 par une interview donnée à Ria Novosti.

Une telle notoriété peut être pénible. Toutefois, quand on croit à une cause. Il faut avoir le courage d’apparaître à visage découvert, sous son vrai nom sans utiliser un pseudonyme. C’est une condition minimale de crédibilité lorsque l’on prétend intervenir dans le débat public, a fortiori sur des sujets juridiques et politiques sensibles. 

Il faut, parallèlement, s’organiser pour faire face aux conséquences inéluctables :

  • verrouiller ce qui doit l’être, notamment pour protéger ses proches ;
  • conserver un plein contrôle sur sa réputation numérique ;
  • savoir mobiliser les effets boomerang et Streisand pour dissuader les agressions ;
  • maîtriser l’écrit ;
  • comprendre les techniques de référencement (SEO).

Il est nécessaire d’ajouter, néanmoins, que citer en permanence la même personne, comme seul et unique adversaire, n’est pas un choix stratégiquement pertinent pour Vladimir Martus. Il pousse ainsi les médias à solliciter cet interlocuteur tout en le crédibilisant. On peut s’interroger sur la vraie finalité de cette démarche.

7. Les quotidiens régionaux comme agrégateurs 

Comme vous le soulignez, il est vrai qu’il m’arrive d’utiliser les papiers de Ouest-France ou du Télégramme plutôt que les miens, en tant qu’agrégateurs. Je le fais quand c’est possible. Ils ont un plus fort impact que mon blog.

D’ailleurs, quand nous avons des scoops, nous ne les livrons plus qu’à eux. Éventuellement, les autres suivent, voire copient. Cela leur évite de présenter trop d’erreurs factuelles et cela nous épargne de demander des corrections.

Vous en avez un exemple récent. L’article du Télégramme sur la croisière Kombat-Tour de juin 2026 a été repris par Le Parisien. Par la suite, TF1 a repris Le Parisien. C’est ainsi que cela doit se passer. Il faut trouver les bons points d’entrée, savoir où et à qui glisser les informations de valeur. Vous constaterez exactement le même enchaînement pour le jugement de la CJUE du 22 août 2025. Nous n’avons informé aucun autre journaliste.

8. Une presse nationale absente ?

Vous parlez de la presse nationale qui paraît absente. La France est un pays continental, centralisé et parisien. Ce n’est pas une nation maritime comme le Royaume-Uni, l’Irlande ou le Portugal. Il faut ajouter, qu’à la différence d’autres pays, aucun homme politique significatif ne s’est exprimé publiquement sur le Shtandart. Cela explique le manque d’intérêt. C’est un constat, non un reproche. C’est ainsi que fonctionne notre pays. Il faut s’en accommoder.

Toutefois, Libération, l’AFP, France 3 ou Charlie Hebdo ont publié sur le navire russe. Malheureusement, ils se sont contenté d’encourager le processus fictionnel et créatif de Vladimir Martus. Ils voulaient une belle histoire à raconter. Je connais d’excellents journalistes de la presse nationale depuis l’affaire des Mistral, mais ils sont difficiles à faire bouger. Je ne désespère néanmoins pas de les faire venir sur le Shtandart.

9. Gestion des risques 

J’ai compris que vous ne naviguerez pas sur le Shtandart en Europe. Cela vous évitera des déconvenues, des pertes financières, voire des risques juridiques personnels. C’est un choix encore plus prudent que vous ne l’imaginez. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant. Les questions sur les escales hors d’Europe relèvent de votre conscience individuelle et de votre responsabilité personnelle.

Bien cordialement,

Bernard Grua


Troisième courrier reçu de « Caeso Fabius Gallus», auquel il est répondu

De: Fabio Caeso caeso.fabius.gallus@gmail.com
à: No Shtandart In Europe noshtandartineurope@gmail.com
Date: 19 déc. 2025 22:01
Objet: Re: Demande de documentation & preuves du lien Shtandart-Russie

Je vous remercie pour votre réponse et pour avoir partagé la FAQ du collectif. Je n’avais jamais croisé ce document en lisant vos articles, et je vous suis reconnaissant de me l’avoir partagée.

Vu que le sujet est pour moi doublement sensible, j’ai lu votre FAQ avec attention, j’ai noté quelques points qui, je pense, méritent réflexion si vous souhaitez continuer à échanger sur le sujet. Je vous les partage, non pas pour remettre en cause votre travail, mais pour montrer que j’ai cherché à comprendre tout ce que cela implique ! 
Aussi, vu la position du collectif, je trouvais intéressant de vous partager ce qui me fait prendre ma décision afin de peut-être enrichir votre réflexion.

La notion de soft power, que j’ai creusé un peu, semble reposer sur une notion souvent floue et subjective. Son application dans un cadre juridique strict soulève des interrogations sur la précision du droit applicable et sur sa capacité à mesurer de manière objective ce type d’influence. Transformer une notion théorique, conçue pour analyser les dynamiques culturelles et diplomatiques, en fondement d’une décision administrative ou juridique comporte un risque d’arbitraire, car elle manque de critères mesurables et de seuils clairement définis. J’ai tenté donc d’ignorer cette notion dans ma prise de décision.

Votre collectif se présente comme une autorité en affirmant que sa documentation est abondante et sourcée. Cependant, j’ai remarqué que les sources fréquemment citées, notamment des articles de Ouest France ou des publications rédigées par le collectif lui-même, limitent la diversité des perspectives et qui affaiblit le crédit qu’on pourrait y porter. Je trouverais intéressant que vous partagiez plus d’articles de sources variées. Avez-vous essayé de contacter Mediapart ? Je pense qu’une investigation de la qualité dont ces journalistes sont capables serait d’une inestimable qualité !

En conclusion, je me dis que l’action du collectif No Shtandart in Europe, bien qu’elle se présente comme strictement juridique, démontre principalement un langage externe qui présente beaucoup d’interprétations et de théories. Etant assez féru de dialogue et d’esprit critique, je vous avait contacté car je voulais justement voir ce qui amenait à ces mécanismes. Je suis malheureusement sur ma faim de ce côté là.

Je vais donc suivre votre conseil. Je ne chercherai pas à embarquer en Europe, où le cadre juridique est clair, même si je ne comprends toujours pas pourquoi il a été fait ainsi. Dura lex sed lex comme on dit.
Mais je vais explorer les options en Méditerranée orientale ou méridionale, là où le navire peut naviguer librement. Et là-bas, je pourrai, en toute conscience, juger par moi-même ce qu’il représente.

Je vous remercie encore pour votre temps. Nos échanges m’ont aidé à mieux comprendre les enjeux, même si je dois maintenant me faire mon propre avis.

Bonne continuation,
Fabio

Capture écran du troisième courrier reçu de « Fabio Caeso Gallus »

Shtandart : capture écran du troisième courrier reçu de "Fabio Caeso Gallus"

Publié par Bernard Grua

Graduated from Paris "Institut d'Etudes Politiques", financial auditor, photographer, founder and spokesperson of the worldwide movement which opposed to the delivery of Mistral invasion vessels to Putin's Russia, contributor to French and foreign media for culture, heritage and geopolitics.

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