Le poutinisme s’est déplacé, et nous sommes aveugles

Que ferons-nous demain, quand un continent entier nous haïra? Soit qu’il soit Salafiste, soit qu’il soit Poutiniste, et qu’il sera trop tard pour s’en inquiéter.

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Le poutinisme s'est déplacé et nous sommes aveugles - Bernard Grua

En France, nous tentons de combattre la propagande de Poutine de manière plus systématique mais avec les mêmes méthodes que celles utilisées en 2013 et en 2014. Pourtant, à une très large majorité, les Français ne font pas confiance à Poutine et il n’est guère à espérer que les efforts déployés y changent quelque chose, de façon autre que marginale. Ce faisant nous négligeons totalement des millions de francophones chez qui cette propagande gagne chaque jour de nouveaux adeptes. Cette prise de conscience ne se fait pas. Pourtant, elle est urgente. Je reprends ici la dernière partie d’un papier écrit en avril 2018, qui parait de plus en plus d’actualité: « La pénétration du poutinisme en France, progression ou endiguement? »

Hors d’Europe, le poutinisme recule en certains endroits du monde. C’est le cas au Moyen Orient, où le Russe commence à être aussi haï que l’Américain, le tout en beaucoup moins de temps. Néanmoins, il reste une région où le poutinisme prospère et à laquelle nous ne prêtons pas assez attention. Il s’agit du Maghreb.

La propagande kremlino-syrienne y a le champ libre. Toutes ses « thèses » sont reprises par la population, y compris par les catégories les plus instruites. Dimitri Halby a mis en évidence un phénomène lourd de menaces.

Récemment la page Facebook de RT France  a doublé, en quelques jours, son nombre de fans, passant de 400000 à 800000 . La progression s’explique par le continent africain. On peut illustrer la diffusion de cette propagande par différents relais tels que « l’Institut Tunisien des Relations Internationales », soit disant basé à Sousse et qui n’a d’institut que le nom, se contentant de reprendre les écrits de la poutino-fachosphère. Il est intéressant de noter que ce site, foncièrement anti-occidental, se proclamant anti-Daesh, exprime, de plus, un antisémitisme forcené. « Manifeste judéophile et islamophobe ou pure diversion ? »

Ribat de Sousse, Sahel, Tunisie - Photo de Bernard Grua
Ribat de Sousse, Sahel, Tunisie – Photo B. Grua

L’antisémitisme n’est donc pas seulement le résultat de prêches islamistes. Il est, aussi, avec bien d’autres vices, le fruit des assado-poutinophiles. Nul doute que cette propagande pro-Kremlin visant le Maghreb se diffuse largement dans une population française d’origine nord-africaine.

La France a mis des années à prendre la mesure de l’ingérence du Kremlin dans l’opinion nationale. Elle commence à y réagir. Toutefois, on ne peut qu’être très pessimiste quant à l’indifférence dont cette ingérence est l’objet et quant à l’immunité dont elle jouit à l’égard de dizaines de millions de francophones résidant hors de l’hexagone ou y vivant et ayant une origine d’outre méditerranée. Le risque s’est décalé.Il y a trouvé une virulence accrue notamment, mais non exclusivement, du fait qu’il est ouvertement anti-sémite.

En France, 80% des personnes interrogées (plus qu’aux USA, au Canada et au Royaume Uni) ne font pas confiance à Poutine alors qu’elles ne sont que 32% à ne pas lui faire confiance en Tunisie A titre de comparaison, elle sont 92%, en Jordanie, c’est  à dire près du conflit syrien, à ne pas lui faire confiance selon le Pew Research Center 

Confiance en Poutine - article Bernard Grua

Conclusion:
Demain, si nous ne donnons pas, aujourd’hui, les moyens de lutter contre la propagande du Kremlin qui gangrène l’autre rive de la Méditerranée, nous aurons un continent qui nous haïra soit qu’il soit Salafiste, soit qu’il soit Poutiniste, soit qu’il soit les deux mais seulement les deux. Cette haine et ce désir de chaos se retrouveront nécessairement, dans l’hexagone, parmi les populations originaires des pays que cible, aujourd’hui, le Kremlin. Notre indifférence est suicidaire.

Lire aussi: « A mes amis tunisiens: après Alep, Tunis? » décembre 2016

Auteur : Bernard Grua

Bernard Grua a une large expérience internationale. ll réside à Nantes et est expert en conseil, réalisation et analyse d'inventaires, préalablement manager dans un cabinet d'audit anglo-saxon , Diplômé de Sciences Po Paris, officier de Marine de réserve. Hobbies: photographie, géopolitique, patrimoine maritime, reportages dans des pays lointains

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