Prétendre que le navire Shtandart, son capitaine-propriétaire ou son équipage, seraient russo-ukrainiens est un des maronniers de la fable destinée à « justifier », auprès de l’opinion, le contournement des sanctions européennes. François Cuillandre, maire de Brest, s’est récemment joint au choeur des camelots propageant ce boniment. Voici la réponse ciconstanciée qui lui a été adressée.
A: Monsieur Francois Cuillandre, maire de Brest
Monsieur le Maire de Brest,
Le journal Le Télégramme du 1er septembre 2023 rapporte que vous avez confirmé l’inscription du navire russe « Shtandart » aux prochaines « Fêtes Maritimes de Brest 2024 ». Depuis notre courrier du 27 août 2023, vous savez pourtant qu’il s’agit d’une violation des sanctions européennes prises à la suite des crimes russes de Boutcha. Vous n’ignorez pas le délit pénal que représente cette infraction, malgré la fable promue sans relâche par cet ambassadeur de Poutine et de Choïgou, ainsi que par son réseau d’influence. Vous connaissez les liens étroits de Vladimir Martus, capitaine-propriétaire du « Shtandart », avec le pouvoir russe.
Voir: Très prochaines escales illégales du navire russe « Shtandart »: Brest, Camaret, ou Douarnenez et Concarneau, Quiberon, Belle-Île ou l’Île d’Yeu ainsi que Saint-Nazaire.
Pourtant, vous avez semblé « justifier » cette fraude par une contrevérité qui vous a été soufflée à destination de la presse et de vos concitoyens. Vous avez affirmé : « la moitié de l’équipage (du »Shtandart ») est ukrainienne ». Vous devez comprendre que, par cette imposture, les victimes ukrainiennes sont instrumentalisées au profit des intérêts de leur bourreau russe. Il s’agit d’une contribution à la propagande d’un État meurtrier. La ville de Brest entre, ainsi, dans une collaboration que l’on croyait réservée à un âge sombre révolu.
- Une typologie inapplicable
- Qu’iraient faire des Ukrainiens dans cette galère ?
- Ulyana, l’égarée
- Une responsabilité devant la loi et devant l’histoire
Une typologie inapplicable
Jusqu’à une époque récente, les « officiers » du « Shtandart » étaient très largement de nationalité russe. Mais, à partir du début de la pandémie de Covid et jusqu’en mai 2022, les autorités sanitaires européennes ont interdit l’entrée sur leur territoire aux personnes munies des seuls vaccins russes. Depuis lors, l’invasion de l’Ukraine a rendu plus difficile, pour les Russes, l’obtention de visas Schengen ainsi que les conditions de leurs voyages. La composition des cadres du « Shtandart » en a été affectée. Par ailleurs, les matelots non rémunérés du « Shtandart », comme Arthur Gazzarin de Douarnenez, appelés des « bénévoles », sont acceptés selon leur disponibilité et selon leurs compétences. Les autres équipiers sont des passagers payants, nommés « stagiaires ». Ils embarquent pour une ou plusieurs étapes en fonction du temps et des ressources financières dont ils disposent. Ainsi, il est impossible d’établir une typologie, par nationalité, d’un équipage du « Shtandart » en permanente évolution. Il est illusoire de prétendre pouvoir affirmer quelle en sera sa composition lors des « Fêtes Maritimes de Brest », en juillet 2024.
Qu’iraient faire des Ukrainiens dans cette galère ?
La Seconde Guerre mondiale a rasé Brest et a causé 541 000 morts en France. Peut-on imaginer, à cette époque, la réplique d’un navire de Bismarck dont l’équipage serait pour moitié composé de Français acceptant volontairement de naviguer sous pavillon et flamme de guerre nazis ? Non, bien sûr. En un an et demi, l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine a déjà fait plus de 500 000 victimes. Elle a été à l’origine de destructions massives dans ce pays martyr. Elle a causé d’innombrables crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité.


Il est extravagant de prétendre que des Ukrainiens composeraient 50% de l’équipage d’un navire réplique de celui Pierre Le Grand. En effet, Vladimir Poutine revendique l’héritage impérialiste de ce tsar afin de mener son entreprise génocidaire en Ukraine. Seuls l’ignorance et le manque d’humanité ainsi que d’empathie peuvent faire dire que des Ukrainiens seraient prêts à promouvoir le pavillon et la flamme de guerre russe à bord du yacht privé d’un employé de Sergueï Choïgou.

La position majoritaire des Ukrainiens est la suivante – A Saint-Nazaire, le 17 août 2023, Vladimir Martus voulait faire monter Liliana, une Ukrainienne, à son bord. Celle-ci lui a répondu : « Je ne mettrai jamais les pieds en Russie. Votre navire, rouge du sang des Ukrainiens, est un territoire russe. Pour toutes les souffrances de mon peuple, je ne souhaite qu’une chose, c’est que la Russie brûle, et votre bateau avec ! » – A Kyiv, Lviv et Odessa, il y a un an déjà, l’auteur de cette lettre a entendu des propos identiques. Ce même 17 août 2023, nous avons observé, qu’à bord du « Shtandart », on parle russe, anglais et français. On n’utilise pas l’ukrainien. Vladimir Martus, lui-même, ne comprend ni ne parle l’ukrainien.
Il n’est pas impossible qu’on puisse, à l’occasion, y trouver quelques collaborateurs ukrainiens, voire une Ukrainienne, qui serait proche des Russes. En France, nous savons bien que cela a existé pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris à Brest. En faire une généralité est un artifice rhétorique de propagande russe rappelant les discours tenus lors de l’occupation allemande.

Il faut lire Anna Colin Lebedev : « Jamais frères ? ». Vouloir considérer que Russes et Ukrainiens sont embarqués sur le même bateau, c’est faire fi de l’évolution divergente de ces deux peuples au cours des trente dernières années. C’est ignorer la rupture créée, en 2014, par l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass. C’est être aveugle quant au gouffre que creuse l’horreur du conflit meurtrier lancé par la Russie depuis février 2022.
Ulyana, l’égarée
À supposer qu’il existe quelques Ukrainiens qui collaborent avec le « Shtandart », symbole de l’impérialisme russe, ceci resterait mécaniquement marginal. Vous le savez bien, Monsieur le Maire, et le journaliste qui a rapporté vos propos le sait aussi, les hommes ukrainiens âgés de 18 à 60 ans ont interdiction de quitter le pays. Ils doivent contribuer à l’effort de guerre. .
Cela explique pourquoi les reconstitutions historiques telles que la tchaïka cosaque, « Presvyata Pokrova« , et le canot médiéval, « Anna Yaroslavna« , habituées de nos rassemblements maritimes bretons, n’y participent pas depuis l’été 2022. Elles sont au sec à Châteaulin et à Portsall.


La solidarité des gens de mer devrait conduire à s’intéresser au sort de leurs équipages, qui se font mutiler ou tuer afin de repousser les hordes barbares et/ou wagnéristes voulant anéantir leur nation, leur langue, leur patrimoine et leur culture. Un tel intérêt aurait plus de sens que celui de remplir l’escarcelle d’un camelot mystificateur menant ses affaires et sa propagande toxique dans les événements maritimes des ports du seul pays européen où il peut frauder les sanctions. Par ailleurs, nous ne présumons pas des éventuelles autres missions que ce proche du pouvoir russe aurait pu se voir confier par ses donneurs d’ordre. Nous nous bornons à constater qu’il aime, dorénavant, faire fréquemment escale dans la presqu’île de Crozon et dans la rade de Brest. Il les fréquentait beaucoup moins avant le 24 février 2022.
À défaut d’Ukrainiens, il n’existe qu’une seule Ukrainienne permanente à bord. Il s’agit d’Ulyana, une trentenaire que Vladimir Martus a rencontrée sur une plage de Nice en avril 2022. Nous ignorons les réelles motivations qui l’ont conduite à renoncer au dispositif de protection temporaire offert par la France à tout ressortissant ukrainien. Une guerre crée trop de traumatismes pour que nous puissions accabler Ulyana en ajoutant à sa peine. Mais il faut reconnaître qu’elle est l’« idiote utile » mise en avant par Vladimir Martus. Elle est le miroir aux alouettes de nos médias et l’arbre qui cache une chimérique forêt.

Une responsabilité devant la loi et devant l’histoire
Dans cette guerre, il n’a pas de zone grise. Il y a un agresseur et un agressé, un bourreau et une victime. Tenter de louvoyer dans un no man’s land inexistant ne peut que conduire à se faire drosser à la côte après avoir servi les intérêts russes et après avoir collaboré avec le représentant d’un État reconnu sponsor du terrorisme, dont le dirigeant fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Il viendra un moment où l’histoire jugera le scandale du « Shtandart ». Chaque jour nous en approche. Le résultat de nos investigations, documenté de sources russes, dont certaines de la main de la main de Vladimir Martus, est disponible en ligne. Il attend seulement qu’un journaliste local s’y penche ou qu’un journaliste d’investigation l’exploite. D’ores et déjà, nous sommes en relation avec des autorités ukrainiennes, avec la Commission européenne et avec des parlementaires français. Nous ne céderons pas à ceux qui, animés par des préoccupations mercantiles, voire pro-russes, veulent souiller notre Bretagne et le patrimoine maritime par une abjecte compromission jetant aux orties les engagements internationaux de notre pays.
Il existe un moyen pour Brest de sortir avec honneur et dignité de cette affaire en s’inspirant de l’exemple donné par David Samzun, maire de Saint-Nazaire. Il est nécessaire d’appliquer le règlement européen au cas du « Shtandart » et d’écarter les fallacieux arguments, dénués de toute valeur juridique, qui sont invoqués, sur ordre, par nombre de préfets, afin de couvrir son contournement. Cette décision étant prise, les « Fêtes Maritimes de Brest 2024 » peuvent devenir un modèle de solidarité des gens de mer en déclarant « invitées d’honneur » les villes sœurs de Brest, à savoir les grandes cités portuaires de Marioupol, Mykolaïv et Odessa. La guerre actuelle est une tragédie, mais elle donne l’opportunité de découvrir de grands talents parmi les ressortissants ukrainiens bénéficiant, chez nous, de la protection temporaire. Ces talents peuvent se produire à Brest, comme ils l’ont fait récemment à Cosmopolis Nantes pendant un mois. Les villes ukrainiennes concernées, l’ambassade d’Ukraine en France, l’Institut Culturel Ukrainien, l’Académie du Cinéma ukrainien, les associations culturelles de Bretagne et du reste de la France peuvent contribuer à la réalisation d’animations et de spectacles de qualité. Notre collectif #NoShtandartInEurope est à la disposition de votre municipalité pour en parler.
Je vous prie, Monsieur le Maire, de bien vouloir agréer l’expression de mes salutations distinguées.
Bernard Grua, Nantes
Porte-parole du collectif #NoShtandartInEurope, Lieutenant de Vaisseau (R), Breton, navigateur féru de patrimoine maritime, cofondateur et ex porte-parole du collectif « No Mistrals for Putin », contributeur à l’ouvrage de Laurent Chamontin « Ukraine et Russie pour comprendre », contributeur à « Russia Beyond », « Ukraine Crisis Media Center », « Ukrinform », etc.







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