Pakistan: leproblème du panislamisme

Imran Khan, élu Premier ministre du Pakistan en juillet 2018, a fait de la lutte contre l'islamophobie et du respect du prophète de l'islam l'une des principales, sinon la principale priorité nationale et internationale. En conséquence, depuis septembre 2020, il existe une affaire Pakistan/France sur ces questions religieuses. Elle est largement ignorée dans notre pays alors que les tensions sont très fortes au Pakistan. La plupart des analystes politiques français ne s'y penchent guère. Ils ne disposent ni d'informations précises ni de la compréhension culturelle nécessaire leur permettant d'y travailler.
Imran Khan, élu Premier ministre du Pakistan en juillet 2018, a fait de la lutte contre l’islamophobie et du respect du prophète de l’islam l’une des principales, sinon la principale priorité nationale et internationale. En conséquence, depuis septembre 2020, il existe une affaire Pakistan/France sur ces questions religieuses. Elle est largement ignorée dans notre pays alors que les tensions sont très fortes au Pakistan. La plupart des analystes politiques français ne s’y penchent guère. Ils ne disposent ni d’informations précises ni de la compréhension culturelle nécessaire leur permettant d’y travailler.

L’article suivant, mettant l’accent sur le rôle joué par des considérations relatives à l’oumma et au panislamisme pourrait être d’une grande aide. Il provient d’un fil Twitter, daté du 22 avril 2021. Il a été conservé sans aucune modification à l’exception de cette introduction, des images, des titres et des notes. Il est publié avec l’accord de son auteur, ★ ℍ @_hilaI, citoyen pakistanais et musulman.

Définitions préalables :

  • L’oumma désigne la communauté, l’unité spirituelle, des croyants de l’islam. Lorsque l’auteur l’utilise entre guillemets, il indique le détournement de cette « oumma » dans un sens politique.
  • Le panislamisme est une idéologie politique qui vise à l’unité des musulmans dans un pays ou dans un Etat islamique – souvent un califat.

Ce document est une traduction de l’article en anglais : The « Pan-Islamism » problem for Pakistan

Il existe de grandes différences d’opinions, de culture, de besoins de sécurité, d’inégalité, etc. entre des pays limitrophes, sans même parler du monde musulman dans son entier.

Les aspirations des musulmans laïcs pour un islam politique, se portant au-delà des frontières, et pour un islam en tant qu’outil de politique étrangère, se sont transformées en problèmes géopolitiques et sociétaux pour le Pakistan.
Le panislamisme fait beaucoup de mal au Pakistan. L’Islam devrait (et voudrait) dépasser les frontières en tant que force unificatrice de croyances et de morales partagées, y compris avec les non-musulmans. Cette connexion spirituelle/morale devrait se limiter à l’oumma.[note : c’est-à-dire, selon l’auteur, ne pas intégrer le panislamisme, qui est politique]

L’oumma, contiguë d’Ouest en Est, va du Maroc au Pakistan. Je suis pakistanais, mon meilleur ami est marocain – nous avons un lien spirituel et moral profond [note : c’est-à-dire un lien relatif à l’oumma] . Pourtant, nous comprenons la grande différence des deux pays dans la plupart des choses et avons des opinions différentes sur beaucoup de sujets [note : ce qui veut dire, pour l’auteur, que leur lien, n’ayant rien à voir avec l’islam politique, n’est pas panislamique].

Les valeurs sont communes à de nombreuses identités. Valorisez les autres en tant qu’êtres humains – comme le veut l’islam :

« … Nous vous avons créé à partir d’un seul (couple) composé d’un homme et d’une femme, et nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous vous connaissiez (non pas pour que vous vous méprisiez) … »

L’oumma (en vert), communauté spirituelle du monde musulman

Il existe de grandes différences d’opinions, de culture, de besoins de sécurité, d’inégalité, etc. entre des pays limitrophes, sans même parler du monde musulman dans son entier. Il y a des problèmes sectaires (par exemple chiites/sunnites) et même des désaccords entre sunnites. [note : « secte » est entendue, dans ce document, comme une des différentes branches d’une même confession, non pas dans le sens attribué en France].

L’Iran a utilisé le concept « d’oumma« /panislamisme pour obtenir le soutien des Pakistanais / Afghans, tout en recrutant leurs chiites pour les utiliser comme auxiliaires [note : l’auteur dit « proxies »] du CGRI [note : Corps des Gardiens de la Révolution Islamique]. Le même Iran ne recrutera pas d’Iraniens via « l’Islam » pour une utilisation en tant qu’auxiliaires. Voyez comment le régime iranien traite aussi ses propres musulmans.

Un autre voisin, l’Afghanistan, a des problèmes de racisme sans égal à l’égard ses coreligionnaires musulmans (en particulier les minorités et les Penjabis pakistanais). Pourtant, certains Pakistanais continuent à rechercher l’unité islamique avec eux. Personne en Afghanistan ne le désire, pas même les talibans afghans. Aucun besoin de sécurité ne l’impose.

Le Pakistan ne peut même plus gagner le soutien de lIoJK [note : Indian occupied Jammu & Kashmir], bien qu’il ait combattu bec et ongles pour eux. Le Bangladesh est devenu indépendant. Il ne peut pas mobiliser les Pachtounes d’Afghanistan. Il n’a repris le contrôle de ses propres Waziristan [note : zones tribales] et Baloutchistan que récemment. Il est peu utile de parler de « l’oumma » à orientation politique si vous pouvez à peine garder votre propre pays uni. Pourquoi la Bosnie et la Malaisie voudraient-elles coopérer avec le Pakistan ? Le Pakistan a-t-il un pouvoir financier ou pétrolier ?

Les Pakistanais se préoccupent du panislamisme alors qu’ils ne peuvent même pas prendre en charge leur propre population et donner satisfaction à ses besoins de base, comme l’eau et l’éducation. 

Les ambitions spirituelles ne tiennent pas compte du caractère tangible de la diversité des besoins humains. Le Pendjab, avec ses nombreuses rivières et ses terres plates, est luxuriant et en sécurité alimentaire, mais le Balouchistan aride et montagneux a de graves problèmes d’eau. Ainsi, au sein d’un même pays, les citoyens et croyants ont d’énormes différences en ce qui concerne leurs besoins.

AkbariSarai !!!
Penjdab, AkbariSarai: Photo Imran Sohail Flickr
DAM BALOCHISTAN
Baloutchistan: Photo Syed M.Rafiq Flickr

Les Pakistanais se préoccupent du panislamisme alors qu’ils ne peuvent même pas prendre en charge leur propre population et donner satisfaction à ses besoins de base, comme l’eau et l’éducation.

Ce manque de ressources et les nécessités géopolitiques sont les raisons pour lesquelles les pays musulmans sont en désaccord. Les musulmans pourraient se faire des concessions, mais même dans un monde du plus parfait, il y a des implications économiques, quant au fait de « partager » / faire des concessions à la hâte, qui affecteront les personnes concernées et leur porteront préjudice . Pour de légitimes motifs, les habitants d’une province/d’un pays peuvent ne pas vouloir abandonner des ressources.

Même dans un seul pays, l’instinct de survie des populations et le désir de sécurité conduisent à mettre la préoccupation pour les ressources (à juste titre) bien au-dessus de la considération du partage de l‘« oumma » avec des concitoyens éloignés..

C’est pourquoi il y a des conflits au Balouchistan et au Waziristan. C’est pourquoi il y en a eu au Bangladesh. Le Pakistan doit se concentrer sur son propre développement. Ses citoyens devraient abandonner ces idées de panislamisme pour faire croître l’économie de leur pays, ainsi que pour améliorer la situation en matière de sécurité du Pakistan. Le Pakistan devrait donner à son peuple la liberté et la sécurité – les traits d’un grand pays.

Demandez si les Bosniaques ou les Kosovars voudraient s’unifier avec vous. Quel avantage en retireraient-ils ? Envoyez de pauvres Pakistanais du Tharparkar [note: désert du Thar] en Bosnie et voyez ensuite comment ils sont traités. Si vous aviez déjà consulté les publications musulmanes sur Twitter, vous sauriez comment ils seront accueillis.

Il y a trop de problèmes dramatiques au Pakistan pour que les jeunes de 16 à 25 ans essaient de s’unifier dans l’oumma. Souciez-vous de trouver un emploi et de montrer une certaine loyauté dans vos propres foyers/amitiés avant d’en exiger de la part de la Bosnie et du Bangladesh.

Le Pakistan est pauvre, incapable de changer quoi que ce soit dans le monde, mais il fait la leçon à un pays comme la France sur le blasphème. 

Le développement économique et l’intégration peuvent améliorer les régions frontalières du Pakistan et promouvront massivement la vie des musulmans. Le bien-être musulman (en tant qu’être humain) commence à la maison, avec des personnes que vous pouvez réellement aider et à l’égard de qui vous avez des devoirs. Un Pakistan fort est bon pour tous les musulmans : l’armée pakistanaise est puissante. Notre pays est un territoire d’une grande valeur géopolitique. Un Pakistan fort pourrait aider les musulmans diplomatiquement et peut-être même militairement – mais en ce moment, il en est incapable.

Le Pakistan est pauvre, incapable de changer quoi que ce soit dans le monde, mais il fait la leçon à un pays comme la France sur le blasphème. Il se cause inutilement d’énormes problèmes. Même l’Iran évite de prendre des décisions aussi folles. Voilà ce qu’il résulte de « l’oumma » politique.

Personne que ce soit de Palestine, de Turquie, du Bangladesh ou du peuple Ouïghour, etc. ne sauvera le Pakistan de l’Inde ou de tout autre ennemi. Vous devez comprendre que tout le monde place ses intérêts avant les vôtres.

Les Pakistanais doivent abandonner l’idée qu’ils sont responsables de changer le monde au nom de l’islam, car ce n’est pas leur devoir. Pour l’instant, leur projet fait que le Pakistan est détesté même dans le monde musulman, en raison de son interférence dans des affaires qui ne sont pas celle de ce pays.

Cette même mentalité visant à s’impliquer dans les affaires des autres peuples, comme c’est le cas, par exemple, du TLP avec la France, montre que les Pakistanais ont des ambitions malavisées et irréalistes. Ils doivent laisser tomber leur recherche de l’unité musulmane et, a fortiori, ne pas se préoccuper de la France, pour se concentrer sur le Pakistan. [note : le TLP est le parti extrémiste Tehreek-e-Labbaik Pakistan]

Le panislamisme et l’extrémisme religieux, quels qu’ils soient, non seulement nuisent directement à la réputation du Pakistan et de l’islam, mais détournent les Pakistanais de ce qui est important : le bonheur et la prospérité de leur peuple. 

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Imran Khan, élu Premier ministre du Pakistan en juillet 2018, a fait de la lutte contre l'islamophobie et du respect du prophète de l'islam l'une des principales, sinon la principale priorité nationale et internationale. En conséquence, depuis septembre 2020, il existe une affaire Pakistan/France sur ces questions religieuses. Elle est largement ignorée dans notre pays alors que les tensions sont très fortes au Pakistan. La plupart des analystes politiques français ne s'y penchent guère. Ils ne disposent ni d'informations précises ni de la compréhension culturelle nécessaire leur permettant d'y travailler.

Publié par Bernard Grua

Photographe: mariages, portraits, événements, reportages, contributeur Getty Images - Rédacteur blogs et contributeur medias grands publics: géopolitique, histoire, patrimoine - Créateur et administrateur de sites web - Community manager - Multilingue

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