Voici une petite chronique de mes jours passĂ©s devant la cheminĂ©e, sous l’arbre de ce NoĂ«l 2007. En fait Ă Douz, oasis saharienne, la plus grande palmeraie de Tunisie, oĂą je me trouvais, les cheminĂ©es, il n’y en a pas.
Et puis les arbres avec feuilles persistantes sont un peu hauts pour accrocher les guirlandes.
ArrivĂ© le 25 en dĂ©but d’après-midi au pays de Sidi Mansour, j’ai dĂ©posĂ© mon sac au sympathique hĂ´tel « Maison dorĂ©e ». J’y suis revenu en fin de journĂ©e pour dĂ®ner avant de prendre le bus de nuit pour aller de Tunis Ă Douz. C’est long, mais il y a des stops le long de la route oĂą, en pleine nuit, on voit des centaines de personnes qui se dĂ©gourdissent autour de tous les autocars qui descendent vers le Sud. Certains se restaurent. A n’importe quelle heure. Les locaux font griller des escalopes, des brochettes, des cĂ´telettes Ă l’extĂ©rieur des restaurants. D’arrĂŞts en re-dĂ©parts, 9 heures après quittĂ© Tunis, on est dĂ©chargĂ©s, hĂ©bĂ©tĂ©s, Ă Douz. A 5 heures 15, il fait nuit le sable s’est transformĂ© en boue et les rues sont des oueds, version saison humide.
Allez trouver l’hĂ´tel de la tente… Allah Ouakbar, il n’est pas dans la zone touristique, très excentrĂ©e, mais dans le centre. Dans le noir, tu-longes-le-mur-du-cimetière-tu-tournes-Ă -droite-puis-Ă -gauche-puis-tout-droit. Tu n’as pas vu les immenses flaques. Tant pis pour tes pieds!
HĂ´tel de la tente… Radeau de la mĂ©duse plutĂ´t. En fait de chambre rĂ©servĂ©e-confirmĂ©e-par-fax-et-par-tĂ©lĂ©phone, makach! Monsieur Ali l’avait louĂ© Ă un autre pèlerin. J’ai donc Ă©tĂ© invitĂ© Ă dormir sur le canapĂ© crasseux de la rĂ©ception Ă la place du veilleur de nuit. En compagnie de deux autres personnes. « T’inquiète pas M. Bernard, Ă 6 heures ta chambre, un placard, sera libre ». Je prĂ©fère attendre que mon grabat se libère, je laisse mon sac sur place et retourne, dans l’obscuritĂ©, au coeur des Ă©lĂ©ments dĂ©chaĂ®nĂ©s. Je me redirige vers la gare routière pour prendre un cafĂ© allongĂ© et un truc Ă grignoter Ă la « cafĂ©tĂ©ria ». Après ce que j’ai vu et ressenti dans l’hĂ´tel de la tente, et pendant que je sirote lentement mon cafĂ© dans la cafĂ©tĂ©ria ouverte Ă tous les vents et Ă toutes les eaux, je comprends effectivement, que le froid dehors c’est supportable… quand il fait chaud Ă l’intĂ©rieur. Je me prends Ă rĂŞver au confort douillet des jolies petites isbas sibĂ©riennes au poĂŞle monumental et aux Ă©pais murs de troncs d’arbres.
A 6 heures et demie, une fois que le pèlerin eu fini sa nuit et ses prières j’ai pu intĂ©grer « mon » lit. Surprise hallucinante, voire choquante, j’ai eu des draps propres. Ce n’était pas forcĂ©ment logique. Vive l’hospitalitĂ© trĂ©buchante des Berbères! Et ça a Ă©tĂ© comme ça pendant environ quatre jours. MouillĂ© dans la journĂ©e, ne sĂ©chant pas la nuit. En consĂ©quence, la seule « salle commune » Ă©tait la rĂ©ception trop petite oĂą les naufragĂ©s s’entassaient comme dans le carrĂ© ruisselant d’un voilier breton au coeur de l’hiver. Cela crĂ©e des liens et une fraternitĂ© qu’on ne trouve pas dans les hĂ´tels avec tĂ©lĂ©-chauffage-douche dans les chambres. Oui parce que les sanitaires… bon on n’en parlera pas.
Au fait, le festival ? Point intéressant, tout est totalement gratuit. Cela se passe l’après-midi. Les spectateurs sont dans des tribunes qui regardent vers le désert. Le long des tribunes, il y a une large piste où passent les chevaux, les chameaux et les danseurs. De l’autre côté de la piste (vers le désert) il y a un grand demi-cercle de tentes de nomades, dans lesquelles se trouve tout un petit monde charmant et costumé. Ses habitants jouent un ensemble de scènes (caravane du désert, arrivée au puit, mariage traditionnel, « combat » de chameaux, chasse au lièvre par des lévriers etc..). C’est malgré tout bien loin des spectateurs pour en profiter et pour faire des photos. D’autant qu’il est difficile de zoomer fortement en raison de la faible lumière. Les commentaires n’aident guère.
Ils sont tous en arabes. Si l’on a raté un épisode, ce n’est pas grave car les mêmes scènes sont rejouées tous les après-midi pendant 4 jours. Il paraît que c’est le même programme depuis 20 ans. Les intempéries peuvent, malgré tout introduire quelques variantes. Un journaliste italien m’a prêté sa carte de presse pendant deux heures. J’ai pu un peu roder autour des tentes.
Tous les soirs, il y a un spectacle différent à la maison de la culture, animé par les groupes qui participent au festival. C’est l’occasion de voir des danses, d’écouter des chansons et de la musique des différents pays sahariens (Tunisie évidemment, Libye, Algérie, Mali, Egypte). Il est difficile d’en juger pour une oreille occidentale à qui cela peut paraître, parfois, un peu ennuyeux. C’est, de toute façon, culturellement intéressant.
La diversité des spectacles, la qualité des costumes et des danses du groupe tunisien du premier soir ont été unanimement salué par l’ensemble des spectateurs. La salle était complètement déchaînée. Il fallait voir l’air effaré d’un jeune couple lithuanien qui y assistait avec moi ! Pas d’inquiétude, les sbires de Ben Ali veillent, un policier tous les trois mètres le long des murs de la salle. Ce fut véritablement un très grand moment de communion musicale populaire. Le 3ème jour, j’ai aussi assisté au départ du marathon des 60 dromadaires de différents pays. Je n’ai pas eu le courage d’attendre l’arrivée, deux heures après. Le temps était trop mauvais. Le lendemain, je suis reparti au Nord.
Il me reste de Douz le souvenir que les commerçants sont très discrets et accueillants. Les adultes et les enfants sont vraiment gentils et souriants et ne manifestent aucun envahissement à l’égard des touristes (juste une petite frayeur causée par un groupe d’adolescents agressifs dans la palmeraie en rentrant du festival). Bref l’ambiance est sans aucun rapport avec la médina de Tunis ou de Kairouan. Last but not least. Il y a une multitude de petits restaurant servant, pour pas cher, de la bonne cuisine tunisienne.
PlutĂ´t mourir que prendre le bus pour remonter. Je suis allĂ© Ă Gabès en louage (minibus). De Gabès Ă Sousse en train. C’Ă©tait gĂ©nial! Je me suis mis contre le chauffage et j’ai commencĂ© Ă sĂ©cher. Voyant mon Ă©tat une tunisienne m’a mĂŞme donnĂ© son cafĂ© qu’elle avait entamĂ©.
A Sousse, hĂ´tel MĂ©dina, bien, bâtiment ancien et intĂ©ressant. Mais, si vous avez un radiateur et que vous ne l’avez pas fait marcher pendant une semaine n’espĂ©rez pas qu’en le mettant Ă fond vous n’allez pas claquer des dents dans votre lit. C’est drĂ´le, il me semble que les murs et le sol carrelĂ©s ont prioritĂ© sur les humains en ce qui concerne l’allocation calorifique. Pas d’inquiĂ©tude, on finit quand mĂŞme par s’endormir au milieu de la nuit après avoir posĂ© son sac de couchage (certifiĂ© pour tempĂ©ratures au-dessous de 0°c) sur les couvertures. C’est juste le moment que trouve une meute hurlante de touristes pour envahir l’hĂ´tel en cognant ses valises Ă roulettes dans les escaliers et dans les grands couloirs qui rĂ©sonnent. Je vous souhaite LE bienvenue en Tunisie!
De Sousse, un petit louage matinal pour me rendre Ă Kairouan. Oui, moi j’ai FAIT Kairouan, ville situĂ©e au milieu d’une steppe aride, sous une tempĂŞte de pluie. C’est vrai que les marchands de tapis y sont extraordinairement pĂ©nibles et ont des rabatteurs aussi indĂ©collables qu’exaspĂ©rants. Les timides et polis vendeurs de souvenirs du lac Baikal seraient profondĂ©ment choquĂ©s. Par contre, l’hĂ´tel Tunisia est impec. La grande mosquĂ©e vaut le coup d’oeil. C’est la première mosquĂ©e Ă avoir Ă©tĂ© construite en Afrique du Nord. J’ai mĂŞme fait connaissance avec un tisserand charmant, chez qui j’ai trouvĂ© une Ă©charpe pour faire un cadeau familial. Et le coiffeur qui m’a coupĂ© les cheveux avait une conversation très agrĂ©able. Il n’a rien tentĂ© de me vendre. Il ne parlait pas le français.
Dernier jour, louage Kairouan-Tunis et taxi pour La Marsa, banlieue chic et rĂ©sidentielle de Tunis, quartier des expatriĂ©s et des ambassades. J’avais cassĂ© ma tirelire pour me rendre au Plaza Corniche. Endroit sublime, disco gratuite pour les rĂ©sidents. Mais la soirĂ©e du 31, ce n’Ă©tait pas pour votre serviteur qui Ă©tait rĂ©duit Ă l’Ă©tat de loque voire de serpillière.
Hélas, les séjours les plus enchanteurs ont une fin. Le 1er janvier au matin J’ai pris mon charter au terminal 2, le terminal pour la Mecque. Essayez de dépenser la monnaie locale qui vous reste dans cet endroit, à cette date, entre 6 heures et 8 heures. Tout est fermé. Je fais bureau de change pour ceux qui souhaitent se rendre au pays de la peinture bleue et du soleil. Je-te-fais-un-bon-prix-mon-ami. Pas chers les dinars !
ArrivĂ© Ă Nantes, toujours le 1er, rendez-vous familial pour « fĂŞter NoĂ«l » en voyageur dĂ©calquĂ© qui tient Ă peine debout. Dès que j’ai pu rentrer Ă l’appartement je me suis couchĂ© pour ne pas quitter mon lit pendant 48 heures, les yeux exorbitĂ©s, un nez en fontaine et une bonne bronchite.
© Auteur: Bernard Grua







