La population ukrainienne ne cesse, depuis 2014, d’affirmer sa volonté de rejoindre l’Union européenne et de réclamer l’application de ses règles de gouvernance. Dans le même temps, la corruption réelle ou supposée pourrait provoquer une remise en cause du soutien occidental à l’Ukraine victime d’une agression génocidaire sans équivalent, sur notre continent, depuis la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, un invraisemblable imbroglio mélangeant affairisme, flatterie, duplicité, népotisme, intrigues de couloir, fausses promesses, voire réseaux pro-russes, semble rappeler les pratiques qui avaient cours à l’époque de Victor Ianoukovitch. Alors que de courageux défenseurs sont mutilés ou tués pour défendre leur pays dans la boue et le gel d’Avdiivka, certains de leurs compatriotes s’apprêtent à festoyer, à Nantes, dans un clinquant pour nouveaux riches.
C’est ce que nous révèle le capharnaüm du projet de visite de l’ambassadeur d’Ukraine à Nantes. Ses services, à force d’ignorer les avis de grand frais qui leur sont adressés, risques de l’exposer à un des forts coups de vent de suroît détrônant régulièrement, en cette période de l’année, l’aimable crachin breton.
Nantes, le 28 octobre 2023
Cher Monsieur B…,
Je vous rends compte des informations qui ont été portées très récemment à ma connaissance concernant la visite de M. l’Ambassadeur d’Ukraine à Nantes, les 27 et 28 novembre prochains. Je vous fais part de mon étonnement et des conclusions qui s’en dégagent.
Selon votre demande orale, les fort respectées associations Tryzub et Toloka sont pleinement décidées à organiser l’accueil et la rencontre de M. l’Ambassadeur avec les associations ukrainiennes de la région. J’ajoute qu’elles sont parfaitement capables d’en assurer la réussite. Néanmoins, pour ce faire, il est indispensable que cette mission leur soit confiée explicitement par un email officiel de l’ambassade, comme Tryzub vous le réclame depuis trois semaines. C’est pourquoi, il est urgent que vous leur envoyiez votre demande, par écrit, ainsi que le programme précis de la visite de M. l’Ambassadeur. Vous voudrez bien mettre en copie les destinataires qu’elles vous ont indiqués ainsi que moi-même, à qui vous avez exprimé une requête similaire, si ce n’est redondante.
C’est seulement à réception de ce document authentique, qu’il sera possible de relayer diligemment l’invitation de M. l’Ambassadeur, auprès des associations, et de sortir de l’inconcevable confusion qui prévaut actuellement. Le temps presse. L’événement a lieu dans tout juste un mois. De surcroît, les lundi 27 et mardi 28 novembre sont des jours travaillés. Les représentants des associations devront déposer une demande de congé afin de pouvoir être présents. Il en est de même pour les artistes qui seront conviés. Tout délai dans votre réponse en amoindrit les chances de succès. Les délégués qui se déplaceront viendront d’un espace géographique compris entre Brest et Le Mans ainsi qu’entre Rennes et Les Sables d’Olonne. Ce type de déplacements ne peut pas être improvisé, qui plus est dans l’incertitude. Il en est de même pour la mise en place des rencontres avec la presse dont vous m’avez attribué la responsabilité et pour lesquelles j’ai commencé à activer mes contacts.
Par ailleurs, je souhaite recevoir ou apporter, d’ores et déjà, quelques précisions.
Selon des informations émanant de l’Hôtel de Ville, il semblerait que la rencontre de Mme Johanna Rolland, maire de Nantes, avec M. l’Ambassadeur, ne soit pas inscrite à son agenda. Êtes-vous bien certain d’en avoir reçu la confirmation protocolaire ?
Je vous rappelle, aussi, que vous m’avez demandé, le 27 octobre, de trouver une salle pour la réception de M. l’Ambassadeur. Pourtant, vous avez indiqué à Mme Victoria Atamanenko-Egorov, présidente de l’association Tryzub, que la rencontre avec M. l’Ambassadeur devrait se dérouler au château de La Poterie sous l’orchestration de *** et du couple à la tête de ***, l’association croupion dont vous connaissez parfaitement les turpitudes, y compris judiciaires.

En ce qui concerne ***, au cas peu crédible où vous seriez toujours dans l’ignorance du côté obscur du personnage, je vous invite à contacter la DSI (Direction de la Sécurité Intérieure) de Nantes, voire à lancer une simple recherche Google. Pour ma part, je vous ai très clairement fait savoir, par oral et par écrit, que je ne veux en aucun cas être impliqué dans un projet dont l’organisation serait soumise à l’ingérence d’individus aussi sulfureux, de surcroît et comble de l’ironie, dans un environnement évoquant Mezhyhirya.
En outre, je suis témoin du fait que les associations s’investissent sans compter dans un travail de fourmi pour collecter des dons à l’attention des populations ukrainiennes en grande souffrance. Leurs premiers retours me montrent qu’elles n’ont aucune envie de participer à des festivités qui se tiendraient dans un cadre somptuaire. Elles considèrent comme inapproprié, en temps de guerre, le fait de se livrer à des dépenses inutiles. Je ne serais pas étonné que le choix désastreux du château de la Poterie et l’entremise de l’affairiste *** soient une cause de mobilisation. Mais ceci ne devrait pas être une surprise pour vous. On trouve ce type de préoccupation, s’exprimant de plus en plus ouvertement, au sein de la société civile d’Ukraine, où une telle mobilisation nantaise trouverait un écho certain. Je vous invite à prendre ce risque au sérieux.
Bref, le scénario qui se déroule sous nos yeux est aux antipodes de la lecture que j’ai faite du courrier (ndr: pièce jointe) m’ayant été adressé, le 26 octobre dernier, par Son Excellence, M. Vadym Omelchenko. Dans l’attente de clarifications formelles et d’un discours franc de votre part, je mets en suspens mes propositions d’assistance exprimées dans mon mail du 27 octobre à 14 h 49.
Je vous prie de bien vouloir croire, Cher Monsieur B…, à mon dévouement concernant la cause du peuple ukrainien ainsi qu’à l’expression de mes meilleures salutations.
Bernard Grua
https://bernardgrua.net


