La guerre hybride du Pakistan dans le Pandjchir afghan

L'implication du Pakistan dans le conflit du Pandjchir afghan a permis aux Taliban de prendre le contrôle de la vallée en écrasant le Front National de Résistance d'Hamad Massoud. Pourtant, cette victoire pakistanaise peut être remise en question si les Occidentaux menacent l'Etat terroriste d'Islamabad de bombarder les établissements Taliban dans les zones tribales pakistanaises. Sans soutien aérien pakistanais, les Taliban ne pourront pas tenir le terrain qu'ils occupent aujourd'hui.
L’implication du Pakistan dans le conflit du Pandjchir afghan a permis aux Taliban de prendre le contrôle de la vallée en écrasant le Front National de Résistance d’Hamad Massoud. Pourtant, cette victoire pakistanaise peut être remise en question si les Occidentaux menacent l’Etat terroriste d’Islamabad de bombarder les établissements Taliban dans les zones tribales pakistanaises. Sans soutien aérien pakistanais, les Taliban ne pourront pas tenir le terrain qu’ils occupent aujourd’hui.

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Le Pakistan partie prenante du terrorisme des Taliban

Alors que le silence ou la consternation internationale ont accompagné la prise de Kaboul par les Taliban*, un seul pays s’est ouvertement réjoui. La twittosphère pakistanaise s’est enflammée de ce qu’elle considérait comme une victoire semblant rompre la malédiction d’un pays qui a perdu toutes ses guerres depuis sa création, en 1947. Faut-il s’en étonner ? Déjà, en 2015, le Général Asad Duranni, ancien chef de l’ISI, les services secrets pakistanais, justifiait les dizaines de milliers de victimes du terrorisme, dans son pays, comme des dommages collatéraux d’une guerre visant à débarrasser l’Afghanistan d’une occupation étrangère.

Général Asad Duranni ustifiant le recour au terrorisme au prix de victimes « collatérales » au Pakistan
  • C’était avouer le peu valeur accordée par les dirigeants pakistanais à la vie humaine de leur concitoyen.
  • C’était afficher le fait que le Pakistan envisage l’Afghanistan comme sa propre dépendance.
  • C’était reconnaître que le Pakistan considérait les Etats-Unis comme un ennemi, alors que ces derniers croyaient avoir en eux des alliés dans leur « war on terror ».

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Un général pakistanais en chef de guerre des Taliban contre le Panchir

À partir de la mi-août 2021, la vallée du Pandjchir (dit aussi Panchir) sous la conduite du Tadjik afghan Ahmad Massoud, fils d’Ahmad Chah Massoud, a refusé de se soumettre au nouvel ordre Taliban en créant le NFR (National Front of Resistance – Front National de Résistance).

Ses bataillons, auxquels se sont joints certains éléments des forces régulières afghanes, ont repoussé les premiers assauts conjoints des Taliban et d’Al Qaida, dont les groupes armés étaient principalement d’origine pachtoune. C’est alors que, le 4 septembre 2021, l’actuel chef de l’ISI Pakistanais, le général Faiz Hameed est arrivé à Kaboul, officiellement pour discuter de paix et d’échanges commerciaux.

Le chef des services secrets pakistanais, le général Faiz Hameed, est arrivé à Kaboul le 4 septembre 2021

Concernant les affrontements du Pandjchir, les deux camps font assaut de communiqués, propagandistes. Les rares journalistes présents sur place sont « embedded » par les nouveaux maîtres de Kaboul et relaient les communiqués qui leur sont remis, quand ils ne prennent pas directement parti pour « la paix et la stabilité » talibane.

Des journalistes aux ordres des Taliban

Les journalistes non affiliés aux Taliban risquent leur vie.

La violence pour les journalistes non « embarqués »

Il est difficile de démêler le faux du vrai dans ce brouillard de guerre où foisonnent, des deux cotés, les fausses nouvelles. Il en est de même pour les images et les vidéos, qui concernent, bien souvent, d’autres théâtres d’opération.

On peut néanmoins considérer comme réaliste que le général pakistanais Faiz Hameed, a participé à la coordination de l’assaut Taliban/Al Qaida sur le Pandjchir, voire qu’il en serait le principal chef d’orchestre.

« Il s’agit d’un assaut dirigé par l’ISI, employant des éléments du SSG pakistanais (Commandos, Forces Spéciales du Pakistan), sous le commandement du général Faiz Hameed, qui est venu à Kaboul dans ce but exprès ».

C’est le support de l’armée pakistanaise et de ses drones (livrés par Pékin) qui auraient fait basculer le sort de la bataille en détruisant, en altitude, les postes d’observation et d’artillerie du NFR.

Attaque des drones pakistanais sur le Pandjchir


Il n’est pas impossible que du personnel militaire pakistanais ait piloté des hélicoptères et d’autres aéronefs abandonnés aux Taliban par l’aviation afghane, même si l’information n’est pas correctement sourcée.

Gravitas, media indien: les Taliban se sont constitué une force aérienne grâce aux avions américains livrés à l’armée afghane.
Cette image largement partagée, en ce moment, ne concerne pas le conflit en cours. Elle date, au minimum, de 2015.
https://nltimes.nl/2015/05/08/two-ambassadors-killed-pakistan-helicopter-crash-dutch-ambassador-hurt

La résistance annonce avoir aussi tué et capturé des commandos pakistanais au sein des « Taliban » ayant donné l’assaut. Il s’agirait, somme toute, d’un mode opératoire que le Pakistan a commencer à appliquer dans le Cachemire indien dès 1947.

« Après la défaite humiliante des groupes terroristes Taliban+Al-Qaïda+etc au Pandjchir, en ce moment notre combat est contre l’ARMÉE PAKISTANAISE, SES DRONES ET SES COMMANDOS »
Gravitas, media indien: « La chute du Pandjchir a été intégralement écrite par le Pakistan »

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Le Pakistan en territoire hostile

Même si ces informations imposent la circonspection, il est de plus en plus clair que le Pakistan du Pendjab mène une guerre coloniale hybride en Afghanistan, dont elle entend faire un Etat vassal, avec l’aide armée des Pachtounes.

Pakistan: les Pathans (Pachtounes pakistanais) résident dans les régions tribales (vert foncé) et dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (rose)

Que le bellicisme pakistanais soit encouragé par la Chine, son donneur d’ordre, ne saurait pas être exclu tant le gouvernement d’Imran Khan est une marionette tributaire de Pékin et tant ce dernier est pressé d’exploiter les ressources, les voies de transit et le marché afghan « stabilisés par les Taliban ».

  • À la différence de la twittosphère pakistanaise, la Twittosphère afghane ne montre aucune approbation pour la domination talibane ni pour l’action militaire pakistanaise dans son pays. Au contraire, une aversion afghane durable s’installe contre le Pakistan et ses supplétifs, considérés ouvertement comme des ennemis et des envahisseurs.
  • Les Pachtounes (terme dari) afghans ne sympathisent guère avec les Pathans (terme ourdou pakistanais pour « Pachtoune ») dont ils redoutent l’impérialisme.
  • Les Kirghizes, une minuscule minorité isolée, les Ouzbeks et les Tadjiks sont de confession sunnite, comme les Pachtounes. Mais ils redoutent, de la part de ces derniers, la conduite autoritaire, centralisée, corrompue, népotique et parfois violente des affaires du pays pratiquée, quasiment sans interruption, depuis Abdur Rahman Khan. Ils peuvent être tentés de rechercher l’appui de Tachkent (Ouzbekistan) et/ou de Douchanbé (Tadjikistan), même s’il semble logique de penser que ce dernier pays ne bougera pas sans l’accord de Moscou, tant il en dépend pour sa défense.
  • Quant aux Hazaras de confession chiite, victimes de massacres réguliers, ils peuvent devenir un cheval de Troie iranien.
  • Plus complexe est le cas des Pamiris chiites ismaéliens. Ils partageant avec leurs immédiats voisins, des Pamirs tadjiks, chinois et pakistanais, la même confession ainsi que les même racines ethniques et linguistique persanes. Ils sont trop minoritaires pour peser dans l’équilibre général. Mais ils contrôlent les hauts passages de confins montagneux, dont les Taliban ne peuvent espérer avoir la maîtrise et par où peuvent cheminer des renforts et des matériels à destination de la Résistance, comme le montre les trafiquants d’opium.
Groupes ethno-linguistiques en Afghanistan

Toutes ces différentes composantes de la population afghane partagent une détestation unanime à l’égard des Pendjabis pakistanais (Lahore, Islamabad). Ainsi, la victoire d’Islamabad au Pandjchir pourrait n’être qu’un succès sans lendemain, s’il existe une volonté internationale de s’y opposer.

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Il est possible d’effacer la victoire Pakistanaise dans le Panchir

La guerre afghane contre l’Union Soviétique a prouvé qu’il était temporairement envisageable, pour des forces extérieures, de conquérir le Pandjchir, mais qu’il était quasiment impossible de s’y maintenir. Pour conforter ce scénario, les puissances occidentales doivent s’assurer que les Taliban ne disposent plus, à l’avenir, de l’appui aérien du Pakistan. Les Occidentaux ne sont plus présents en Afghanistan. Ils n’ont plus besoin du « support » logistique du Pakistan. Ils ont les mains libres.
Les sanctions ne seront d’aucune utilité contre un Etat terroriste, hystérisé par son islamo-nationalisme suicidaire. Il ne faut pas chercher, non plus, à ménager cet ennemi déclaré du monde occidental, comme la campagne de haine lancée contre la France et la vague d’attentats terroriste de l’automne 2020 l’ont montré.

Hussain Haqqani, ancIen ambassadeur du Pakistan aux USA : « Si quelqu’un prétend que nous avons besoin du soutien du Pakistan pour essayer de modérer le comportement des Taliban, je pense qu’il doit se rappeler que nous n’avons jamais eu ce soutien pendant 20 ans. Il est donc improbable de l’avoir maintenant que les Taliban sont au pouvoir en Afghanistan « 

Les occidentaux doivent répondre à chaque bombe pakistanaise sur le Pandjchir par une riposte équivalente sur des cibles talibanes dans la zone tribale pakistanaise, voire dans certains secteurs du Baloutchistan.

Le Pakistan serait ainsi forcé de laisser tomber ses alliés Taliban. Mais ce n’est pas tout.

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Une « victoire » qui peut se retourner contre le Pakistan

Dans la partie de poker menteur qui se joue en Haute Asie, les Taliban afghans, une fois qu’ils auront consolidé leur pouvoir sur tout ou partie de leur pays, peuvent se retourner contre leur géniteur et allié de circonstance. Ils disposeront d’une large base pour reprendre leurs activités terroristes au Pakistan sous le couvert du PTT (Parti Taliban du Pakistan). Pendant ce temps, l’instable Baloutchistan méprisé et opprimé par le pouvoir central continuera à évoluer vers une sécession de fait. Quant aux populations du Gilgit-Baltistan (montagnes du Nord Pakistan), où couve le séparatisme, il viendra un temps où elles ne supporteront plus le pouvoir colonial pendjabi contre eux-mêmes et contre leurs frères d’Afghanistan.

En décidant de s’impliquer ouvertement dans le bourbier afghan, le voisin pakistanais a beaucoup à perdre. Sa défaite sera autrement plus dommageable, pour lui, que celle récente des lointains Occidentaux.
Habib Khan: « Le Pakistan et son supplétif regretteront ce qu’ils ont fait à notre pays. L’Afghanistan sera à nouveau libre, et ce serait leur fin. »


*« Taleb » ou « Talib » est le singulier « d’étudiants en religion ». « Taliban » en est le pluriel.

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Publié par Bernard Grua

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