L’affaire de Kertch: montre-t-elle les limites de la verticale du pouvoir et du cartel des siloviki?

L’affaire de Kertch ayant conduit à l’assaut sur des bâtiments de guerre ukrainiens ainsi qu’à la capture de ces navires et de leurs équipages est considérée par de nombreux observateurs comme une escalade délibérée dans la guerre d’agression que la Russie mène contre l’Ukraine depuis mars 2014. Ici, il sera présenté un point de vue différent en examinant le fait qu’il pourrait s’agir d’un dérapage du FSB dont le pouvoir russe sort largement perdant et qui permet à l’Ukraine de révéler au grand jour, sur le plan international, l’annexion larvée de la mer d’Azov par le Kremlin ainsi que le blocus économique des ports ukrainiens de Berdyansk et Marioupol.

Publicités
Détroit de Kertch
Cette carte de la zone permet de voir les points suivants; En jaune, Marioupol et Berdiansk. En rouge, les territoires sous contrôle russe. En mauve, le détroit de Kertch.

Le dimanche 25 novembre 2018, des navires du FSB ont éperonné et tiré sur des bâtiments de guerre ukrainiens qui désiraient rallier Marioupol, Mer d’Azov, depuis Odessa, Mer Noire, via le détroit de Kertch. Deux patrouilleurs ukrainiens, le  Berdyansk et le Nikopol, ainsi qu’un remorqueur, le Yany Kapu, ont été capturés par le FSB, sous la menace, voire sous le tir de canons de 30 mm. Les 24 hommes d’équipages ont été emmenés en captivité dans la Crimée occupée. Certains d’entre eux ont été blessés par les tirs russes. Comme seul alibi, la Russie invoque le viol de «ses» eaux territoriales, non reconnues par le droit international car elles appartiennent juridiquement à la Crimée ukrainienne. Il s’agit de la première fois, depuis près de 5 ans d’agressions, que la Russie commet un acte ouvert de guerre contre l’Ukraine, sous ses propres couleurs, au lieu d’appliquer ses techniques de guerre hybrides. C’est aussi la première fois qu’une telle affaire a pu accumuler autant de preuves incontestables alors que le Kremlin, en difficulté, a mis plusieurs jours à travailler ses éléments de langage.


Le Monde: Violences en mer entre la Russie et l’Ukraine

La diplomatie russe prise de court ne sait que dire et n’utilise pas le scénario présenté par le FSB

Le représentant de Poutine embarrassé à l’ONU

On constate l’embarras de l’ambassadeur russe lors de son exposé devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, saisi en urgence le 26 novembre (vers 18:00) alors que la « chronologie » du FSB était déjà prête et a été, moins de deux heures après, publiée en français par Sputnik, ce même 26 novembre. Pourtant l’ambassadeur russe ne l’utilise pas.
Sputnik: « Le FSB diffuse la chronologie des événements liée à l’incident dans le détroit de Kertch »
Si l’on compare la prestation très détaillée de l’ambassadeur ukrainien (00:48:00 de la vidéo) avec la banalité et l’indigence du discours de l’ambassadeur russe (01:04:42), on comprend le désarroi du Kremlin.
ONU: Ukraine – Security Council, 8410th meeting
Le fait est d’autant plus remarquable que la marine ukrainienne ne dispose pas du témoignage de ses marins mis au secret en Russie, ni des documents et enregistrements présents à bord de ses navires capturés par le FSB. Ayant absolument toutes les informations en main l’ambassadeur russe ne trouve rien à dire de concret. C’est dire à quel point l’affaire pose problème. 

Des « ordres » qui ressemblent plus à briefing d’une bande de casseurs qu’à des consignes d’une opération de police des frontières

La reconstruction de la chronologie par le FSB (article Sputnik, ci-dessus) est trafiquée. Il manque, à titre d’exemple, la collision de deux patrouilleurs du FSB, le Don et l’Izoumroud. Depuis lors, le FSB pourrait être dans une importante opération « d’ass-covering », non pas à destination des Occidentaux, mais vis a vis de son propre pouvoir. Le FSB parlerait en son nom et non pas au nom de la Fédération de Russie.

En effet, il semblerait que l’ordre fut seulement d’aborder et de heurter les bâtiments ukrainiens afin de leur occasionner le maximum de dégâts voire de les capturer Le centre opérationnel russe paraissait même être prêt à accepter la seule capture du remorqueur, navire beaucoup plus lent que les patrouilleurs. En dépit de l’extrême brutalité du langage et des ordres russes on ne peut pas soutenir que l’instruction «tirer à tuer» fut explicitement donnée par le quartier Général. Bien au contraire, à l’annonce des tirs, à terre, le commandement réagi avec consternation. Encore pense-t-il probablement que l’action s’est déroulée dans les eaux qu’il considère russes. 

A l’ONU, le représentant de Poutine sollicite des questions mais ne trouve rien à répondre

Toujours concernant l’ambassadeur de Russie à l’ONU, celui-ci après la réunion du 26 novembre, en conférence de presse, invite à poser des questions. Pourtant il ne répond sur rien alors que son pays dispose de toutes les informations des trois bâtiments capturés et des prisonniers. L’ambassadeur de Russie dit attendre les « résultats de l’enquête ». Le fait qu’il n’utilise pas, là non plus, les éléments de son service de renseignement en dit long.

Planté par sa famille guébiste, Poutine est aux abonnés absent

Autre fait montrant l’embarras du Kremlin: Poutine refusera de prendre Petro Porochenko puis Angela Merkel au téléphone, l’administration présidentielle n’ayant pas encore sa version des faits. Le pouvoir pris de court semble avoir « disjoncté » comme pour le Koursk, la Doubrovka ou Beslan. Le fait que Poutine ne sache pas quoi répondre laisse penser que cette «escalade», au moins en ce qui concerne son étape ultime, la plus choquante, n’avait été ni anticipée, ni voulue.

Finalement, le chef du Kremlin attendra trois jours pour s’exprimer: Tass: «Путин назвал инцидент в Керченском проливе провокацией в преддверии выборов на Украине » (Poutine a qualifié l’incident du détroit de Kertch de provocation à la veille des élections en Ukraine). Toujours est-il, qu’il ne peut pas exploiter cette « démonstration de force » à des fins intérieures. Bien au contraire, il tente de minimiser l’affaire. 

De pire révélations sont elles à venir? 

Et si les « tirs pour tuer », la capture des équipages et des bâtiments avaient eu lieu dans les eaux internationales?

Il faut revenir à l’ambassadeur. Dans sa conférence de presse du 26 novembre à l’ONU, celui-ci affirme que l’attaque a été réalisée dans les eaux territoriales (version russe de la territorialité, bien sûr) sans que la question ne fusse posée. Pourquoi une telle précision? Parce qu’il y a doute effectivement. Cela se joue à quelques petits miles nautiques mais il n’est pas impossible que l’attaque ait eu lieu dans les eaux internationales. Si tel est le cas, de pénible, la situation deviendrait critique car même l’alibi, inacceptable en droit international, de la Russie serait inepte. Circonstance aggravante, ajoutons que les trois navires ukrainiens capturés n’ont pas franchi le détroit de Kertch et qu’ils étaient en route retour vers Odessa. Quoi qu’il en soit, lors du mayday du Berdyansk ukrainien après le tir de l’Izoumroud du FSB, ce bâtiment se trouvait à 23 km du rivage (14 miles nautiques) alors que les eaux territoriales se terminent à 12 miles nautiques du rivage.

25/11/2018 – 22h04’28’’ 
– Russes : « Stoppez immédiatement tous mouvements. Sinon j’ouvre le feu. Terminé. » 
25/11/2018 – 22h04’28’’ 
– Ukrainiens : « Neuf neuf cinq (pas clair) Quatre neuf. Suis sorti de la zone des 12 miles. Armes non utilisées (brouillé). » 
Note BG : C’est à dire qu’il est en eaux internationales.
25/11/2018 – 22h04’29’’ 
– Russes : « Combien de blessés avez-vous, terminé »
– Ukrainiens : « J’ai besoin de secours. J’ai besoin de secours. Mayday, mayday. Position géographique : 44 51 0. 36 23 4. Mayday, mayday. Nous avons besoin de secours. Nous avons besoin de secours. » 
Note BG : position à 14,39 miles de la côte. C’est à dire en eaux internationales.
25/11/2018 – 22h04’29’’
– Ukrainiens : « Nous avons un (des ?) blessé(s ?) allongé (s ?) »
25/11/2018 – 22h04’29’
– Russes : « Les mains en l’air. Tout le monde sur le bateau (sur le pont ?), les mains en l’air. Si vous avez des armes en main ou sous vos vêtements nous ouvrirons le feu pour tuer. »  

Position, en eaux internationales,  du bâtiment ukrainien, Berdyansk, lorsqu’il a été touché par le tir du bâtiment du FSB, Izoumroud, à 22:04 le 25/11/2018

Ce que l’on apprend sur les fissures de la maison Poutine

L’affaire de Kertch introduit un nouvel élément de compréhension sur la situation en Russie. Il met à jour un important problème de coordination dans le cartel mafieux des siloviki (ressortissants des ministères de force: armée, intérieur, services secrets, justice), qui tiennent le pays. D’autant plus grave que son épine dorsale, le FSB, est aujourd’hui celui qui cause le trouble. L’affaire de Kertch, en tout cas son dénouement criminel, n’est fort probablement pas un choix. Il s’agit plus certainement d’une énorme erreur. Une opération illégale de police afin de montrer ses muscles s’est transformée en une affaire internationale. On peut avoir voulu dépasser les souhaits supposés du maître dans le cadre d’un discours de violence et de haine promu par le Kremlin.

Il faut faire le lien avec les propos de Françoise Thom (Comprendre le Poutinisme) disant que le pouvoir russe est instable car il ne s’appuie pas sur des institutions mais sur des liens informels et occultes. L’affaire de Kertch contribue à la démonstration que la « verticale du pouvoir » peut conduire à la catastrophe, par servilité, sur-interprétation des ordres et manque d’autocontrôle. Kertch met en évidence la vulnérabilité de l’Etat Russe mais aussi le risque que représente, pour les autres nations, ce pays depuis qu’il est dans les mains de Poutine le tchékiste.

L’Ukraine sort gagnante de cette confrontation

Qu’y aurait-il de provoquant à naviguer dans ses eaux territoriales reconnues par le droit international? Néanmoins, si l’on suppose que cette affaire est une «provocation» de l’Ukraine, alors on ne peut qu’admettre que le Kremlin s’est fait piéger.

Le FSB n’a pas compris que, mécaniquement, l’affaire de Kertch deviendrait mondiale

 L’accusation d’une pénétration dans des eaux territoriales russes,
si elles étaient reconnues internationalement, ne serait pas d’une grande importance. Il s’agit pourtant de la seule ligne de défense du Kremlin. En effet l’action du FSB touche aux intérêts de l’ensemble des pays du monde.

Aucune nation ne peut cautionner l’opération russe. En obturant le détroit de Kertch avec un cargo, en bloquant puis en attaquant des navires d’un autre pays, la Russie s’est opposée au libre transit prévu à la Convention des Nations Unies signée en 1982. Il n’est concevable pour aucune nation d’accepter ce type d’initiatives en eaux resserrées sinon demain ce seront les détroits du Bosphore, du Skagerak, de Gibraltar, de la Sonde, de la Malacca, de la Manche (en raison des rails montants et descendants) qui dépendront du bon vouloir des Etats riverains. Rappelons que 80% du pourcentage du trafic mondial et 70% de sa valeur transitent par la mer. D’un conflit local dont le monde se soucie fort peu, le FSB, par un raisonnement de guerre terrestre et un aveuglement sidérant, a fait un enjeu mondial. En conséquence, l’Ukraine n’a jamais eu autant de soutiens, au moins oraux car ces soutiens défendent leur propre intérêt.
Le prochain sommet du G20 risque donc d’être, pour Poutine, une redite du sommet de Brisbane (novembre 201), où il était totalement isolé et qu’il a quitté précipitamment.

Détroit de Kertch barré par un cargo, Bernard Grua
Une action qui ne peut que soulever des inquiétudes dans le monde. Le détroit de Kertch volontairement fermé par un cargo.

Au passage rappelons que la Russie ayant très peu d’accès aux mers libres seraient extrêmement vulnérable à la mise en place, ailleurs, des procédures qu’elle exige pour Kertch. Il serait particulièrement intéressant d’examiner ce type de sanctions qui auraient un effet immédiatement dissuasif.  Voir l’article: « Comment sanctionner l’affaire de Kertch et lever l’asphyxie rampante des ports de Berdyansk et de Marioupol? »
Il faudra se pencher rapidement sur cette éventualité compte tenu du fait qu’il semble, à ce jour, le 29/11/2018, que le blocus maritime de Marioupol et de Berdyansk soit devenu quasi total.

Plusieurs dizaines de navires empêchés de sortir / d’entrer dans la mer d’Azov. Les ports de Berdiansk et Marioupol font état de retards prolongés. Source Українська правда

Les agissements et méthodes russes ont émergé de la clandestinité dans la réprobation mondiale

  • Il ne s’agit plus de la guerre hybride formalisée par  Guerassimov. Pour la première fois la Russie a commis sous son propre drapeau un acte de guerre contre l’Ukraine. Cet acte de guerre est très largement documenté par des preuves tangibles. Les responsabilités sont bien plus aisées à déterminer que dans le Donbass.
  • La Russie de Poutine passe ouvertement pour un état voyou sans pouvoir se cacher derrière des mercenaires, des agitateurs, des « touristes », ou des militaires en « vacances » voire en « retraite », comme elle en a pris l’habitude en Ukraine. Elle en devient, un peu plus, un paria international.
  • L’annexion rampante de la Mer d’Azov et l’asphyxie programmée des ports de Marioupol et de Berdyansk est sortie de l’ombre où Poutine voulait les cantonner. Elles ont été exposées dans une réunion urgente du Conseil de Sécurité de l’ONU. De nombreux pays intervenant lors de cette séance ont, de plus,rappelé les autres actions reprochées par la communauté internationale à la Russie vis a vis de l’Ukraine. L’ambassadeur russe en a montré une contrariété certaine espérant contenir les exposés à l’affaire de Kertch.
  • Les pays européens réfléchissent à de nouvelles sanctions.

Une remobilisation du sentiment national en Ukraine

Au coeur d’une interminable guerre hybride dont les morts et les destructions se suivent dans le désespoir des populations concernées, mais dans l’indifférence, voire la fatigue des autres, l’Ukraine se remobilise.
Sans même parler de l’état d’urgence, la bavure du FSB est un élément qui peut contribuer à la ré-élection de Petro Poroshenko, qui déplairait tant à Vladimir Poutine. Les Ukrainiens sont divisés et d’opinions politiques radicalement différentes. Néanmoins ils savent faire taire leurs divergences, en Ukraine et à l’étranger, en cas d’agression explicite pour faire front à un ennemi commun explicitement désigné. Plus les jeunes marins resteront en captivité, plus leur « confessions » arrachées par le FSB seront diffusées par la Russie, plus l’opinion ukrainienne sera chauffée à blanc.

Poroshenko a de nouvelles cartes en main. Espérons qu’il en jouera pour le bien de son pays et de ses concitoyens.

Bernard Grua, Nantes, 28/11/2018

ADDENDUM

Que penser de l’accusation disant que l’Ukraine avait violé, aussi, les eaux déjà territorialement russes avant l’annexion de la Crimée?

Le 26 novembre, à l’ONU, l’ambassadeur d’Ukraine signalait que la Russie reproche aussi aux marins ukrainiens d’être entrés dans les eaux qui étaient territorialement et réellement russes (à savoir celles d’avant l’annexion, non reconnue, de la Crimée). Monsieur l’ambassadeur disait à juste titre que venant de Marioupol (c’est à dire de l’Ouest) il n’est pas logique de dévier à l’Est pour franchir un détroit orienté Sud-Nord.

Le représentant de Poutine n’a pas répondu à ce point. Il avait probablement de bonnes raisons, là aussi.

Il semblerait que les bâtiments ukrainiens aient essayé d’éviter les collisions directement recherchées par les bâtiments du FSB. Ils se seraient retrouvés coincés dans la zone d’ancrage 471 qui est à cheval sur la frontière maritime reconnue internationalement entre l’Ukraine et la Russie (carré rouge sur la carte). Attention se sont des informations russes à prendre au conditionnel. 

Il peut paraitre incompréhensible que le FSB invoque sa propre turpide. Toutefois dans le jugement des marin ukrainiens en Russie, cela a du sens. On ne parlera pas de la cause mais du résultat, à savoir le « viol » de la frontière maritime « historique » russe.

Notons que ce « viol » est intervenu bien avant les « tirs pour tuer » de l’Imzouroud (22h04’28’’ )

description de l’ENSEMBLE DES Bâtiments russes ayant participé à l’opération de piraterie ainsi que de leur armement

Russia Beyond (média russe) – Voir l’article d’Igor Rozin paru le 26 novembre 2018: « Gros plan sur les bâtiments russes ayant arraisonné des navires ukrainiens dans le détroit de Kertch »

Investigations de Bellincat

30 novembre, 2018 par Michael Cruickshank: « Investigating The Kerch Strait Incident »

La cathédrale de la Dormition à Iaroslavl, Russie d’Europe

Pourquoi une photo de la cathédrale de la Dormition à Iarosolavl est-elle si populaire?

De façon relativement inexplicable,  une photo de la cathédrale de la Dormition prise en été, à Iaroslavl, est la troisième prise de vue en terme de popularité de ma galerie comptant plus de deux milles clichés. Continuer à lire … « La cathédrale de la Dormition à Iaroslavl, Russie d’Europe »

La Sibérie, terre si méconnue et pourtant si ancrée dans l’imaginaire collectif

Les paysages et le froid extrême de la Sibérie fascinent. Les images qui en sont rapportées attirent bien plus que celles d’autres parties du monde à l’exotisme aujourd’hui banalisé.

Certains espaces russes sont ancrés dans l’imaginaire et correspondent à un désir de découverte ou de dépaysement bien réel, même si, pour beaucoup d’entre nous, cette aspiration peine à se réaliser. Nous allons en obtenir, ici, la démonstration. Il est particulièrement intéressant de voir qu’au sein d’une galerie rassemblant plus de deux mille prises de vues  réalisées dans les principaux pays d’Europe et en Asie ce sont huit photos prises en Russie, qui sont les plus populaires[1]. Sur ces huit photos russes, sept ont été prises dans un autre monde, très différent de notre quotidien et de bien des destinations «exotiques» largement fréquentées et connues.
Cet autre monde est celui de la Sibérie orientale, en hiver par grand froid, voire par froid extrême. Plus étonnant encore, plus de la moitié de ces photos a été prise en moins de vingt quatre heures, alors qu’elles font partie d’une collection s’étalant sur une dizaine d’années. Nous tenterons de comprendre les causes de cette attractivité particulière en restituant les images dans leur environnement.

Continuer à lire … « La Sibérie, terre si méconnue et pourtant si ancrée dans l’imaginaire collectif »

Sibérie: la mine perdue de Batagol et le pays secret des Soyots

A la différence de leurs confrères étrangers, les découvreurs français ont peu participé à l’exploration de la Sibérie. Pourtant, il en existe un, aujourd’hui méconnu, qui mériterait, tant en France qu’en Russie, d’être étudié. Au milieu du dix-neuvième siècle, l’aventure romanesque mais bien réelle, de Jean-Pierre Alibert a laissé, localement, d’importants souvenirs qui ne demandent qu’à être partagés.

Caravane de traineaux transportant les provisions, près du poste Kanginsky, aux frontières de la Chine, 18 mars 1849. Album : Souvenirs de Sibérie, 1840-1862 Jean-Pierre Alibert, 1820-1905 Géologue, découvreur et exploitant de mines de graphite en Sibérie. Gouache signée Carl. Wolff Expédition scientifique / Paysage
Caravane de traîneaux transportant les provisions, près du poste Khanginsky, aux frontières de la Chine, 18 mars 1849. – Album : Souvenirs de Sibérie, 1840-1862 Jean-Pierre Alibert – Gouache signée Carl. Wolff  © Musée des arts et métiers-Cnam, Paris / photo M. Favareille  (Note: à cette époque, la Mongolie faisait partie de l’empire chinois)

Batagol, une mine perdue au fond des monts Saïan orientaux

Intérieur de la mine de graphite de Batougol (monts Saïan, Sibérie), découverte en 1847 et exploitée par Jean-Pierre Alibert. Planche tirée de La mine de graphite de Sibérie découverte en 1847 par M. J.-P. Alibert, Paris, Poitevin, 1865.
Intérieur de la mine de graphite de Batagol (monts Saïan, Sibérie), découverte en 1847 et exploitée par Jean-Pierre Alibert. Planche tirée de La mine de graphite de Sibérie découverte en 1847 par M. J.-P. Alibert, Paris, Poitevin, 1865. CC Hadrianus13

En Sibérie, près de la frontière mongole, sur le plateau de l’Oka (Okinksy Rayon), au cœur de la solitude des monts Saïans orientaux, le temps ne s’est pas arrêté. Mais, au cours de nos pérégrinations, dans le pays secret des Soyots je n’ai pas croisé un seul habitant, connaissant ma nationalité, sans qu’il ne mentionne la mine de Batagol fondée par le Français, Jean-Pierre Alibert, en 1847. On n’oubliait pas non plus de me rappeler qu’un des descendants de ce découvreur a cherché la mine, sans succès.

Sans même connaitre cet épisode historique, voilà plus de deux ans que je souhaitais aller dans l’Okinsky Rayon, le « petit Tibet russe ». On le disait ignoré des touristes et des Occidentaux. Aucun de mes amis et contacts russes, y compris ceux d’Irkoutsk, n’y avait jamais posé les pieds. Sans réseau, en Russie, le voyageur étranger n’est rien. A l’inverse, un bon tissu relationnel y ouvre des horizons insoupçonnés.  A force d’écrire et d’en parler, j’ai été recommandé à Andreiy Bezlepkin, un photographe de Tver, qui, en juillet 2008, pour la deuxième fois consécutive, retournait dans ce lieu étonnant. J’ai donc eu la chance de rejoindre son équipe russe mais j’étais loin d’imaginer ce que j’allais y apprendre. Continuer à lire … « Sibérie: la mine perdue de Batagol et le pays secret des Soyots »

Reblog: À Marinka, vivre sur la ligne de contact – Ioulia Shukhan

Très bel article d’Ioulia Shukhan sur la vie en zone de guerre dans le Donbass.

carnets de terrain de Ioulia Shukan

Depuis que la guerre s’est invitée, le 11 juillet 2014, à Marinka, commune pavillonnaire en plein cœur des steppes de l’Est ukrainien, ses 10 000 habitants (près de 6 000 aujourd’hui) subissent quotidiennement les inconvénients de leur nouvelle vie. La contre-offensive donnée alors par l’armée ukrainienne contre les forces séparatistes, s’est arrêtée à la sortie Est de la ville, à une dizaine de kilomètres de la métropole de Donetsk. La ligne de contact, redessinée quelque peu par de violents combats du début juin 2015, s’est plus au moins fixée depuis. Elle traverse, du Nord au Sud, la partie orientale de Marinka, bordant certaines rues, courant parallèlement à d’autres, annexant quelques unes. Elle laisse plusieurs terrils, ces collines formées par l’amoncellement des déblais de mines, en territoire séparatiste ou en « zone grise » visitée par les deux parties. Au lieu de constituer des obstacles naturels et protéger les habitations, ces terrils servent…

Voir l’article original 2 929 mots de plus

Qui est Taras Beniakh, l’Otaman de la tchaïka cosaque « Presviata Pokrova »? Interview par bernard Grua

Taras Beniakh s’intéresse aux autres. Quand il parle, il s’agit généralement de l’Ukraine, de création artistique, de la tchaïka (appelée la « galère ukrainienne, à Pont-Aven), de son équipe, re-devenue équipage, ou de nombreux lieux et connaissances, qui lui sont chers. Cet homme, grand par l’esprit et petit par la taille, court toujours et partout. Il ne prend pas le temps de donner de détails sur lui-même. Communiquant chaleureux et extraverti mais personnalité discrète, peut-être ne le juge-t-il pas nécessaire? Pourtant, aujourd’hui, cet « étonnant voyageur » a accepté de répondre aux questions que nous sommes nombreux à nous poser.

Taras halant sur l’étai pour le mâtage de la tchaïka, Pont-Aven 19/08/2017

Le Ruthène d’Europe centrale, familier des forêts et des montagnes, devenu loup de mer, constructeur naval reconnu par ses pairs ainsi que Breton de cœur, nous raconte sa genèse de citoyen du monde. Il nous décrit son intégration dans une grande communauté maritime, qui n’a pas de frontière. L’Otaman nous fait entrer dans l’intimité humaine d’un chantier mené à des milliers de kilomètres de son foyer, dans ce Finis Terrae pontavénien, où il retrouve une partie de ses racines. Il nous fait part des difficultés qu’il lui reste à surmonter avant de pouvoir accomplir la vision qu’il a pour « Presviata Pokrova », armée par une sotnia de Cosaques, ambassadrice marine du pays héritier de la noble et ancienne Rous’ Kiévienne, gardienne de la route des Varègues aux Grecs.

Continuer à lire … « Qui est Taras Beniakh, l’Otaman de la tchaïka cosaque « Presviata Pokrova »? Interview par bernard Grua »

Open letter to DSNEWS.UA

This is a pro-Ukraine French activist’s reaction about the misleading and unfair interview, regarding France, given by Anna Jaillard-Chesanovska to M. Aleksei Kaftan on DSNEWS about the condamnation for defamation against Paul Moreira.

Request for clarifications about: « У ФРАНЦІЇ РЕТРАНСЛЮЮТЬ ПУТІНСЬКУ ПРОПАГАНДУ,БО ДОСІ НЕ ЗМИРИЛИСЯ ЗІ СВОЇМ МИНУЛИМ »

Dear Madam, dear Sir,

I have read the interview of Ms Jaillard-Chesanovska by M. Aleksei Kaftan. I would like to express, here, the way I understand it.

Like Moreira’s movie, this interview gives just one partial aspect of the issue and leads to confusing generalisations. First of all, we have to remember that it was not the trial of Moreira’s movie. It was a personal case between M. Moreira and Ms. Jaillard-Chesanovska. The court did not pronounce itself about Moreira’s movie. It was not the question. It was not the goal. It is not a question of freedom of speech. It is a question of defamation from Ms. Jaillard-Chesanovska. It is the reason why Moreira sued Ms Jaillard-Chesanovska. The court decision is only about this defamation..

Readers of this article have to know that a very large number of respected actual journalists and researchers from France took documented positions against M. Moreira’s movie. They made it on a professional way and not only emotional positions. They relied on facts and not personal animosity, frustrations and assumptions. These professional journalists and researchers have been heard. They sunk Moreira’s credibility. They have not been sued.
Continuer à lire … « Open letter to DSNEWS.UA »