Anne de Bretagne et François II, embrasent le coeur de Nantes, 14 juillet 2017

Quelques réflexions bretonnes sur une Fête Nationale, célébrant la Révolution dans le château des derniers souverains de la Bretagne indépendante. Quand un feu d’artifice, du 14 juillet, est inconsciemment détourné par ses auteurs pour rendre hommage à Anne de Bretagne et à son père François II.

Feu d'artifice, Nantes, Bernard Grua
Feu d’artifice du 14 juillet au châteaux des ducs de Bretagne Nantes, Bretagne, 14/07/2017

Un spectacle magnifique; un cadre historique et emblématique

Nantes, le 14 juillet 2017, à la tombée de la nuit, sous un ciel superbe, dans un cadre majeur, historique et emblématique de la Bretagne, le spectacle fut magnifique. Voilà qui changeait du lieu habituel face aux éléphantesques hangars, abris de coûteuses et éphémères machines. Selon la majorité des spectateurs, ce fut le plus beau feu d’artifice jamais vu à Nantes. Les motifs de sécurité, imposant cette re-localisation, ont conduit à un heureux choix. Mais est-ce tout? Au delà de sa dimension esthétique, cette fête ne pouvait pas laisser indifférent et ne pas conduire à d’autres visions, enracinées dans la substance même d’un pays qui, aujourd’hui, est amputé et orphelin de son propre Etat.

Fin de l'heure bleue et début du feu d'artifice du 14 juillet, Nantes © Bernard Grua

La Fête Nationale française ne célèbre pas les mêmes événements que ceux généralement honorés dans de nombreux pays. Chez nous, il n’est pas question de paix retrouvée, de ré-unification, d’indépendance, de libération. Surtout pas! Initialement il s’agissait de la fête de la Fédération tenue sur le Champs de Mars, en 1790. Les Anglo-saxons, pragmatiques, l’appellent « Bastille day ». A vrai dire, nous ne savons pas réellement quoi y mettre.

Gracieux et légers bouquets du feu d'artifice sur le château, 14 juillet, Nantes © Bernard Grua

Une fête de la Révolution?

Au choix, on célèbre les Droits de l’Homme, les « valeurs de la République » : « liberté, égalité, fraternité » et, pourquoi pas, la Révolution commencée avant même que Louis XVI ne perde la tête. Cette Révolution, dont la Bretagne fut à l’avant-garde, a été redessinée comme une gravure d’Epinal, un trop peu colorée. Elle fut rapidement dévoyée. Toutes les clauses de l’édit du Plessis Massé, signé le 21 septembre 1532, actant du l’union de la Bretagne à la France, ont été violées par la nuit du 4 août 1789.

Pancarte des noyades de Nantes

Par la suite des milliers d’hommes, de femmes, de prêtres et d’enfants noyés dans la Loire, quasiment au centre de la ville, portent à 20 000 le nombre de victimes de la Terreur à Nantes. Elles n’ont pas de monument, juste un petit écriteau bricolé. Jusqu’à l’an passé, le feu d’artifice du 14 juillet était tiré sur le lieu même de ces noyades, véritable crime de masse. « Fête Nationale » dites vous? « Baignoire Nationale » disait, de la Loire, l’infâme Carrier, « représentant en mission » de la Convention.

Un fête nationale?

La suite de l’histoire ne prête pas à plus de réjouissances. L’armée bretonne levée pour secourir Paris pendant la guerre de 1870 a été abandonnée, désarmée dans le camp de Conlie, et livrée volontairement par Gambetta à la maladie, la vermine et la mitraille prussienne. Cette armée n’a pas de place dans le récit national. On lui préfère l’image de Gambetta quittant Paris en ballon.

Le 5 juillet 1940, passant en revue les Forces Françaises Libres (FFL) réunies à Londres, le général de Gaule aurait dit : « Mais l’île de Sein, c’est donc le quart de France ! » En Bretagne, on a résisté dès la première heure. Pendant ce temps, à Paris, rompu à s’accommoder avec tous les pouvoirs, on collabore, quitte à se délocaliser dans une ville d’eau, dont le parc hôtelier de luxe procure un exil doré. Pour faire bonne mesure, un décret de Vichy, conçu sur le plan des Kommandanturs allemandes, détache le département nantais de la Bretagne, amputant le pays de 40% de son PIB et d’une grande partie de sa population.

Après la guerre, en guise de remerciement pour une Bretagne combattante, les barons du Gaullisme, Marcellin et Guichard, se taillent leurs fiefs en se gardant bien de remettre en cause le démembrement, par Pétain, du seul pays d’Europe dont les frontières ont été stables pendant plus d’un millénaire. La dé-bretonnisation systématique de la péninsule armoricaine trouve son point d’orgue dans la création d’une région artificielle, les «Pays de la Loire », qui s’inventent une histoire et une culture factice faite de buzz médiatique. Jean Blaise qui tient en main la culture nantaise n’a pas hésité à proclamer, au cours de ce mois de juillet 2017: « Nantes a de la culture (celle de Jean Blaise Nda) mais n’a pas de patrimoine ».

On aurait pu croire qu’une telle injustice pouvait être rachetée par la réforme des 10154417_10152376789719803_2131571498690254796_nrégions voulue par François Hollande. Elle restera une des seules actions d’importance de son quinquennat. Avant d’être un échec spectaculaire, elle fut l’espoir des dizaines de milliers de Bretons, foules les plus importantes à s’être mobilisées dans le cadre de cette grande partie de Monopoly hexagonal. A leurs manifestations ont répondu l’indifférence ou le mépris. Les grandes régions, qui constituent le cœur de la réforme Hollande, ont été créées dans une improvisation de potache. Comme l’écrit, dans l’Express, Jacques Lescoat, administrateur territorial et docteur en géographie, on peut y voir: « Précipitation », « ignorance coupable », « négation de la géographie française ».

Tout simplement une belle soirée d’été

Ainsi, lors du 14 juillet, la Révolution n’est pas ce qui emplit de joie les Bretons en cette journée de réjouissances formelles. Même le caractère « national » de cette fête de la République, laisse un goût amer. Alors pourquoi aime-ton le 14 juillet? Ici, on l’aime parce qu’il signifie généralement une douce et longue soirée familiale de beau temps. C’est un jour férié pour ceux qui ne sont pas encore en vacances. On y observe de belles pyrotechnies et, parfois, de beaux défilés. Certains profitent de réjouissances gratuites telles que concerts, pièces de théâtre, bal populaire municipal, bal des pompiers…

Bouquets colorés sur le château,14 juillet Nantes,Bernard Grua

Mais surtout, un hommage aux derniers souverains de la Bretagne libre et unie

Le château comme un volcan coloré lors du feu d'artifice du 14 juillet, Nantes © Bernard GruaHenri IV, devant le château de Nantes se serait exclamé: « Ventre Saint-Gris, ce n’étaient pas de petits compagnons, ces Ducs de Bretagne ». Cet été, la Fête Nationale jacobine s’est inclinée, sans bien le mesurer, devant une des forteresses de la dernière souveraine de la Bretagne indépendante. Quelle ironie mais aussi quelle splendeur que cette sublime mise en valeur! Quelle évocation d’Anne de Bretagne (1), et de son père François II (2)! Quelle puissante image encore aujourd’hui! Le 14 juillet 2017, nous étions fiers d’être nantais et bretons. Nous étions dans notre mémoire. La vraie, la nôtre, pas celle d’une mise en scène de commande au discours fabriqué.

Gerbe de lumière et bouquets sur le château, feu d'artifice, 14 juillet, Nantes, Bernard Grua

Naoned e Breizh!

Bernard Grua, Nantes, 19/07/2017
Photos de Bernard Grua, DR
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(1) Anne de Bretagne fut la dernière souveraine d’une Bretagne indépendante, qui rivalisait avec les Pays-Bas Hollandais dans les échanges internationaux du début de la Renaissance. Le pays qui l’a colonisé, en le fermant au monde, en a fait un ensemble géographique de ploucs, d’attardés, de Bécassine et, plus récemment, de caricatures de Bigoudènes.
(2) C’est au Duc François II que l’on doit la majeure partie de l’actuel château de Nantes. L’étiquette pratiquée à sa cour prestigieuse a largement été copiée par la cour des rois de France. Aujourd’hui il n’est pas possible d’entrer dans le château d’Anne et de François II avec un drapeau breton. C’est un « geste politique » interdit.

Des rideaux de feu cascadent du haut des remparts du château, 14 juillet, Bernard Grua

Notre Dame de la belle verrière un merveilleux ensemble du XIIe qui participe à la renommée internationale de la cathédrale de Chartres

Notre Dame de la Belle Verrière est un exceptionnel vitrail roman, pièce majeure, des merveilles de la cathédrale de Chartres.

Chartres, Notre Dame de la belle verrière © Bernard Grua 2010

Un vitrail admiré depuis des siècles

Depuis l’origine, cette représentation de Marie fut l’objet d’une grande vénération, mais ce n’est qu’à partir du XVe siècle que ce vitrail fut appelé « Belle Verrière ». Cette appellation reflète l’admiration qu’on a toujours eue pour ce merveilleux ensemble qui participe à la renommée internationale de la cathédrale de Chartres.

Le bleu de Chartres

Au premier regard, on est ébloui par le bleu lumineux du vêtement de la Vierge, bleu obtenu au XIIe siècle par l’emploi d’oxyde de cobalt pur au moment de la fabrication du verre. Ce verre est encore éclairci par la présence de nombreuses bulles d’air qui le rendent encore plus éclatant et mis en valeur par le rouge intense du fond.

Rescapée de l’incendie

Cette Vierge, qui occupe trois panneaux, date de 1180 et a été sauvée de l’incendie de 1194 qui détruisit la cathédrale de Fulbert. Il est vraisemblable que ce vitrail, tout neuf, était en place d’honneur dans le chœur de la cathédrale, qui était voûté – c’est pourquoi le vitrail a été protégé des flammes.

Lors de la construction de la nouvelle cathédrale, ces trois panneaux ont été enchâssés dans une composition du XIIIe siècle qui prit place à l’entrée sud du déambulatoire. L’image de la Vierge, qui tient l’enfant Jésus sur ses genoux, a été entourée d’anges, et au dessus d’elle, une colombe symbolise la présence de l’Esprit Saint. Dans la partie inférieure, des médaillons narratifs évoquent, sur trois registres, les tentations du Christ au désert, puis le miracle des noces de Cana, où Jésus changea l’eau en un vin nouveau, pour la joie des convives.

Son fils, vrai homme, vrai Dieu

La Vierge Marie nous présente ainsi son fils, vrai homme et vrai Dieu. Vrai homme, en proie aux tentations ; il en triomphe par sa fidélité à Dieu, son Père. Et, à ses premiers disciples, il manifeste sa « gloire » divine par le signe de Cana (Jn 2, 11).Sous l’image de la Vierge à l’enfant, vénérée depuis comme Notre-Dame de la Belle Verrière, est évoquée la tentation du Christ au désert. Peut-être que notre vitrail indique ainsi que Marie, par un privilège unique, a été (dès sa conception, comme le définira plus tard le dogme de l’ « Immaculée Conception »), exempte de tout péché ; et, vigilante, elle n’a succombé à aucune tentation, comme l’affirmait déjà à cette époque Pierre de Celle, évêque de Chartres, après avoir été longtemps abbé de Saint-Rémi de Reims (lettre CLXXIII-P.L.CCII, 630).

Quand les vitraux se répondent

Marie était présente aux noces de Cana … Au cours du repas, elle s’aperçoit que les hôtes sont dans un grand embarras, car il n’y a plus de vin. Elle en parle discrètement à son fils, Jésus : ils n’ont plus de vin. Puis, très confiante, elle dit aux serviteurs : faites tout ce qu’il vous dira (Jn 2, 1-12).Marie nous apparaît ainsi, dès les premières pages de l’évangile de Jean, comme celle qui intercède, auprès de son Fils, en notre faveur.
Les messages des vitraux s’éclairent les uns les autres : le vitrail voisin évoque les tentations de saint Antoine dans le désert égyptien, auxquelles il a résisté, nourri par le pain du Christ.

Pêche aux poulpes à Kerkennah

Tunisie, petite pêche côtière, à la drina, sur le plateau sous-marin des Kerkennah. Un métier en évolution d’où disparaissent les outils traditionnels dans un environnement fragilisé.

Une voûte bleue, des étoiles filantes plongeant dans la brume

Il est cinq heures et demi du matin ce vendredi 30 septembre 2016. Le Raïs kerkennien Fathi Djebel, d’El Attaya, est en route depuis plus d’une heure sur sa felouque motorisée.Dès le départ, son premier geste a été d’allumer son canoun, avec du charbon de bois, sur lequel il préparera en permanence un thé très sucré. Outre son charbon, il a l’essentiel a porté de main: eau, biscuits, cigarettes. Son téléphone portable lui sert de lampe de poche. Dans une heure et demi, il sera sur les lieux où il a placé ses centaines de « drinas » (nasses) en plastique qui ont remplacé les gargoulettes en terre cuite de Djerba pour piéger le poulpe. Des étoiles filantes chutent du ciel constellé mais une brume basse mouille le bateau. Fathi n’a pas de carte, pas de compas de route. Pour l’instant il fait cap plein Est. Il retrouvera ses pièges grâce à un petit GPS de voiture indiquant que son diesel le propulse à une vitesse de 8 km/h. Continuer à lire … « Pêche aux poulpes à Kerkennah »

Tchaïka, travaux nécessaires et contraintes rencontrées avant une remise en eau

English Summary  (Article en français, ci-dessous)
According to Taras Beniakh, 70% of the reconstruction work was carried out between the middle of June 2016 and the end of July 2016. The 30% last part should be performed on March 2017 if the team can obtain the mandatory visas from the French Embassy in Kyiv, which is hardly eager, even reluctant, to do so, despite the encouraging tweet posted on August, 4, 2016. It should be added that 60 000 Grivnas (or 2 100 Euros) are required to cover the last costs. The main part of theses expenditures concerns the cost of the crane to put back the chaïka on to the water. Gifts can be done, here (in Ukrainian): https://biggggidea.com/p…/kozatska-chajka-presvyata-pokrova/
If the last issues are lifted, then the Cossacks reconstruction work can be completed during the spring of 2017, so that the tchaika « Presviata Pokrova » will be able to sail off shore during next summer and to attend maritime festivals in Ireland, one of the only two countries (the other one being Estonia), which she did not already visit as of today. Ukraine friends from Ireland, can you please share this information to Irish sailors aware of the maritime festivals schedule in their country next summer? Any information is welcome. Continuer à lire … « Tchaïka, travaux nécessaires et contraintes rencontrées avant une remise en eau »

Quelques confidences de la tchaïka Presviata Pokrova

En cet été 2016, à Palette-Aven, l’Otaman, c’est Tarass. Il est épaulé par le savoir-faire de Myron Humenetskyy et par une équipe de jeunes volontaires ukrainiens. Au cours d’un rare instant de repos qu’ils s’autorisent, en face d’une tasse de café, à tour de rôle, Myron et Tarass racontent ce qu’ont été et ce que continuent à représenter, pour eux, les expéditions de Presviata Pokrova. Continuer à lire … « Quelques confidences de la tchaïka Presviata Pokrova »

Quand un Français du XVIIe siècle nous parle de la tchaïka cosaque

Description de la tchaïka ukrainienne par le cartographe français du XVIIe siècle, Levasseur de Beauplan

* Les astérisques renvoient au glossaire en fin d’article

1. Mode de construction des tchaïkas

Description d'Ukraine
Титульний аркуш першого видання «Опису України» (Руан, 1651)

On dispose de peu d’éléments d’informations sur les tchaïkas, navires des Cosaques zaporogues du XVème au XVIIème siècle. Il est assez intéressant d’observer que nous devons ces renseignements à un ingénieur français,   Guillaume Le Vasseur de Beauplan, qui fut au service du roi de Pologne entre 1630 et 1647. Dans sa « Description d’Ukranie, qui sont plusieurs provinces du Royaume de Pologne. Contenues depuis les confins de la Moscovie, jusques aux limites de la Transilvanie. » Il en fait une présentation fort précieuse.

« Quand ils (les Cosaques) ont dessein d’aller en mer… ils s’acheminent à leur Sczabenisza Worskowa (quartier général dans la Sitch, leur forteresse située sur une île en aval des chutes du Dnipro) qui est leur rendez-vous. Continuer à lire … « Quand un Français du XVIIe siècle nous parle de la tchaïka cosaque »

Tchaïka, la diplomatie fraternelle des Cosaques en Bretagne

A Pont-Aven, petite ville bretonne du Finistère, une équipe d’Ukrainien a entrepris la restauration d’une Tchaïka, bateau emblématique de l’histoire ancienne et contemporaine de leur pays.

Article rédigé par Bernard Grua pour Ukraine Crisis Media Center (UCMC)

L’Ukraine est aujourd’hui victime d’un conflit oublié. Les épreuves qu’elle traverse se noient dans les infortunes qui frappent certaines parties du monde et les aléas de la vie quotidienne, auxquels chacun est confronté. C’est pourquoi l’Ukraine doit se faire connaître. Pour y arriver, elle a besoin d’espoirs, de victoires pacifiques et d’amis. Gagner les cœurs et le respect, c’est bien ce qu’ont réussi à faire, dans une petite ville bretonne, les bénévoles de l’association « Tovarystvo Kish » venus de Lviv. Continuer à lire … « Tchaïka, la diplomatie fraternelle des Cosaques en Bretagne »