Sabordage des Mistral: les métastases de la maskirovka Kremlin – Front National dans les médias occidentaux

Sabordage des Mistral: les métastases de la propagande Kremlin/FN dans les médias occidentaux

Les textes que nous examinerons pour cette analyse se trouvent dans Sabordage des Mistral: anthologie d’une intox Kremlin – Front National, mai 2015 – septembre 2015

Sabordage des Mistral, réprobation ou dénégation de la presse pro-Kremlin, résilience occidentale, 6 et 7 mai 2015.

Une recherche Google sur les termes russes « Затопить » & « Мистрали » (couler, Mistral) donne une liste impressionnante de réponses. Sputnik et RT publient, aussi dans les différentes langues européennes et bien sûr, en français. Dans les parutions occidentales, le 6 et le 7 mai 2015, seuls se joignent au concert désapprobateur russe des medias de mauvaise qualité et/ou de la poutinosphère: Zakon (Kazakhstan), Schweiz Magazin, Tasnim New Agency (Iran), Daily Mail Co.

En France, depuis la calamiteuse affaire du porte-avions Clémenceau, on sait très bien que l’on n’océanise pas les navires militaires, y compris ceux dont on ne sait plus du tout que faire. Ajoutons que la déconstruction du porte hélicoptères Jeanne d’Arc a commencé en novembre 2014 . Quant au croiseur Colbert, en mai 2015, il est lui-même en attente de démantèlement au cimetière des bateaux de Landévennec (rade de Brest) pour prendre la suite de la Jeanne d’Arc dans le bassin bordelais de démolition. Notons que ces deux derniers navires, assez similaires, avaient une longueur de 170 mètres pour le premier et de 181 mètres pour le second, des dimensions proches de celles des Mistral, 199 mètres. À aucun moment, il n’a été question de les couler ou même de les utiliser comme cibles. Ce qui cause tant d’émois sincères ou hypocrites de la part du kremlin ainsi que des poutinophiles est un non-événement à l’Ouest de l’Europe. Cela n’y fait pas partie du champ des possibles.

Les populations russes sont ignorantes de cette réalité française. L’abandon ou l’immersion des navires et des sous-marins sans emploi, ou sans financement pour leur exploitation, est une pratique qui a été largement appliquée depuis l’effondrement de l’URSS. Le long des côtes nord et extrême-orientale de leur pays se sont ainsi constituées d’effarantes décharges maritimes et nucléaires. Cette pratique peut aider à comprendre pourquoi le sabordage des Mistral a pu être considéré comme une hypothèse envisageable, mais particulièrement révoltante, de la part des concitoyens de Vladimir Poutine.

Unian, un média ukrainien patriote, voire nationaliste, reprend l’information dès le 6 mai au matin. En dépit ou en raison de sa kremlinophobie, Unian publie parfois des papiers plus émotionnels que des articles de fond, quitte à reprendre mot pour mot les productions de Moscou. Ici, on peut parfaitement imaginer que le sabordage des Mistral est pour eux une option apte à satisfaire leur lectorat. La caution d’un journal comme le Figaro, même avec des termes déformés, enlève les derniers scrupules que ce média pourrait avoir à copier le texte d’un organe de propagande russe. Unian avait été précédé à 9:55 par RBC Ukraine News Agency qui a fait, aussi, son titre du sabordage. Ce deuxième média est-il un relais ukrainien du Kremlin? Nous n’avons pas d’information allant dans ce sens. Mais on peut s’interroger sur l’existence ou la non-existence de liens avec le russe RBC Group (RosBiznesConsulting). Le cas d’Ukrainian News Agency, qui prend la relève 24 heures après, est simple. Il s’agit d’un discours russe, lui aussi. Ce média appartenait au tandem Firtash / Lyovoshkin avant de passer dans les mains de Medvechuk, tous représentants du camp russe en Ukraine. Il est d’ailleurs la filiale d’une société russe, GDF Media Ltd.

Du 7 mai au 20 mai: offensive conjointe de Sputnik et du Front National pour inscrire la pseudo « décision » du sabordage dans le bruit de fond, début des métastases occidentales.

Nous avons examiné les réactions en Russie et dans la poutinosphère Sabordage des Mistral: comment le Kremlin a offert des armes contre sa propagande et pourquoi elles n’ont pas été utilisées? Nous avons démonté le mécanisme selon lequel Sputnik et le Front National de Saint-Nazaire ont mis en place leur modèle de désinformation: Sabordage des Mistral: « Comment le kremlin a instrumentalisé l’opinion francaise ». Nous avons tenté d’en cerner les objectifs, Sabordage des Mistral: pourquoi le Kremlin et le Front National exigeaient-ils leur immersion? On n’en reprendra pas les termes. On se contentera d’observer le feu roulant de publications pro-Poutine sur ce sujet à partir du 7 mai 2015. « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété dix mille fois, il devient une vérité », est une loi de propagande souvent attribuée au nazi Joseph Goebbels. La poutinosphère, plus ou moins ouverte, va reproduire ce pilonnage à tel point que la propagande va être blanchie. La désinformation va devenir une information. L’information deviendra une vérité établie, imprégnant le bruit de fond.

Le 15 mai 2015, RBC Ukraine News Agency reprend l’incantation du sabordage en cas de non-livraison. Le 17 mai, le journal La Croix est la première recrue de choix. La campagne Sputnik Front National en faveur du sabordage s’arrête le 20 mai 2015. La « vérité » de la « décision » de l’immersion est établie.

À partir du 20 mai 2015, les métastases vont poursuivre leur chemin dans un environnement médiatique intoxiqué.

No Mistrals for Putin (NMFP) a mis du temps à réaliser l’ampleur et la portée de la mystification relative à une option tellement délirante, qu’elle ne semblait pas mériter d’attention. C’est le triomphalisme et, il faut l’avouer, l’irréalité des « arguments » de Jean-Claude Blanchard et de son camarade du Front National Saint-Nazaire, Gauthier Bouchet, sur les réseaux sociaux, qui nous ont alerté.

Nous avons, alors, lancé une bordée de boulets contre l’oeuvre des associés Front National et Sputnik par le biais de différentes publications: le 15 mai 2015 (site NMFP), le 19 mai (St Nazaire Info) , le 20 mai (site NMFP) , le 21 mai (site NMFP) le 24 mai (site NMFP) , le 25 mai (St Nazaire Info) et le 26 mai (L’Express)

Il est difficile de savoir si ces articles ont, à eux seuls, arrêté les naufrageurs Sputnik/Jean-Claude Blanchard/Gauthier Bouchet. Il y a plutôt lieu de croire que l’arrivée à Moscou, le 15 mai 2015, de Louis Gautier, le négociateur de l’Elysée a figé le caractère non-livrable des Mistral et a fait passer le Kremlin de la préoccupation du sabordage au montant de l’indemnisation à recevoir. Même si le tandem Front National/Sputnik a eu du mal à s’extraire de son juteux filon, le 20 mai 2015, comme indiqué précédemment, il cesse ses publications sur ce sujet. De son côté, Roman Sushenko « d’Ukrinform« , agence de presse officielle ukrainienne reprend en russe, dans deux articles, le 25 mai et le 27 mai, les points de « No Mistrals for Putin » torpillant ainsi, dans son pays, l’intox relative au sabordage.

Il n’empêche que les métastases continuent à s’étendre dans la poutinosphère, ouverte ou non et, de là, contaminent le reste de l’environnement. Un des résultats les plus inquiétants est une sidérante dépêche Reuters datée du 2 juin 2015: Couler ou vendre? Le rejet de la Russie a laissé la France avec des navires de guerre à revendre (Sink or sell? Russia spat leaves France with warships to spare). Elle est une copie conforme de la propagande du Kremlin avec plusieurs semaines de retard. Une demande de rectification documentée envoyée par « No mistrals for Putin » n’obtient aucun résultat.

Il est utile de comprendre comment on a pu arriver à un tel fourvoiement de la part d’une grande agence de presse. La responsable de l’AFP Nantes/Rennes qui traite l’affaire Mistral de Saint-Nazaire, en 2014-2015, est Alexandra Turcat, une professionnelle qui connaît bien le dossier et qui, de plus, familialement, a une excellente connaissance du monde de la Marine Nationale. Guillaume Frouin, correspondant Reuters à Nantes, se singularise par une parfaite maîtrise du sujet. Il est incompréhensible de lire que Reuters a confié la rédaction d’une dépêche Mistral à des journalistes tels que John Irish (Paris), Cyril Altmeyer (Paris) et Gabriela Baczynska (Moscou) qui visiblement ne disposent d’aucune information vérifiée. Leur caution technique, le sulfureux général Christian Quesnot, en retraite depuis des décennies, a tout de l’idiot utile.

De son côté, le « JDD, » le 31 mai 2015, expose à juste titre :

Hypothèse évoquée un moment dans la presse, couler les deux Mistral serait une des solutions possibles si la revente ou la récupération par l’armée échouaient. Mais mettre à l’eau 1,2 milliards d’euros risque d’être un choix politique difficile à faire pour le gouvernement. D’autant que des soupçons ont pesé sur une tentative de manipulation du gouvernement russe pour déstabiliser le gouvernement français lors des négociations sur les remboursements en distillant dans l’opinion cette idée impopulaire.

On peut légitimement penser que l’article publié le 26 mai par « No Mistrals for Putin » dans L’Express a été entendu. Mais, ailleurs, l’infection n’est pas éradiquée. Aussi tard que le 5 août 2015, France Inter reste dans l’obscurantisme et continue a parler de frais de gardiennage s’élevant 5 millions d’Euros ainsi que d’un éventuel sabordage. Puis, alors que l’affaire avec la Russie est totalement dénouée, Military Watch Magazine ressert le 7 septembre 2015 (!) la soupe du sabordage.

Conclusion

Depuis 2015, des progrès ont été réalisés dans l’identification de les origines des Fake News. Des modules tels que le « Decodex » peuvent être installés sur les ordinateurs afin de signaler les sources non-fiables. Les journalistes sont bien plus alertés sur le caractère non-informatif mais bien propagandiste de RT et de Sputnik. Pourtant, la désinformation, une fois blanchie et passée dans le bruit de fond, continuera à être présente et non décelée d’autant que ses relais sont loin de péricliter. Le vivier de la poutinosphère ne s’est pas réduit. L’environnement complotiste prospère plantureusement touchant quasiment toutes les catégories de la population. De leur côté, les vrais journalistes disposent de ressources de plus en plus limitées. L’heure est plus au scandale et à l’audimat, source de revenus publicitaires, qu’à la publication d’un véritable travail d’information réalisé selon l’éthique de leur métier. Les animateurs prennent le pas sur les journalistes. On peut être raisonnablement inquiet. Les dépêches, aussi lamentables que celle diffusée par Reuters le 2 juin 2015, restent promises à un avenir radieux.

Quoi qu’il en soit, on ne peut que re-souligner l’importance qu’il y a de vérifier les liens et les références d’un texte que l’on s’apprête à partager, a fortiori, quand l’information a un caractère spectaculaire voire provocateur. Qui plus est quand on envisage d’en faire le titre d’une publication. Si tous ceux qui ont mentionné le Figaro concernant la « décision » du sabordage avaient eu le bon sens d’effectivement lire ce qui était écrit dans ce journal, alors la « maskirovka » Sputnik – Front National aurait été tuée dans l’œuf.

Publié par Bernard Grua

Bernard Grua, auditeur, expérience internationale, Sciences Po Paris, officier de Marine de réserve. Langues: français, anglais, allemand, espagnol. Hobbies: photographie, géopolitique, patrimoine maritime, reportages

3 commentaires sur « Sabordage des Mistral: les métastases de la maskirovka Kremlin – Front National dans les médias occidentaux »

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